Jardin d'agrément de la villa Valetta à Cannes (06)
Catégorie : Jardin d'agrémentaire d'étude : Cannes centreadresse : Métropole (boulevard) 71édifice contenant : villa Valettaparties constituantes : kiosque ; jardin d'agrément (étudié) ; miroir d'eau ; goulette de jardin ; bassin ; fontaine ; fausse rivière ; étang ; île artificielle ; avenue de jardin ; entrée de jardin ; conciergerieépoque de construction : 3e quart 19e siècle ; 2e quart 20e siècleauteur(s) : Dognin Camille (auteur commanditaire)Riffaud (jardinier)Lambourg (jardinier)Guillin (jardinier)Le Bel Léon (architecte)Lavigne (paysagiste)personnalité(s) : Falbe Christian, veuve (habitant célèbre)Hachette Louis (commanditaire)historique : Jardin créé vers 1875 par Camille Dognin, industriel lyonnais, pour lui-même, avec son chef-jardinier Riffaud, puis amélioré par Lavigne, paysagiste lyonnais, sans doute vers 1879. Avant son décès en 1888 C. Dognin en cède la partie sud à Gaston Menier, qui fait démolir le pont de liaison au-dessus du chemin de Mauvarre, pour y construire sa villa Camille-Amélie (IA06000701) . Le parc très réputé contient alors une admirable collection de plantes exotiques, notamment toute la gamme des cactées, 50 ans avant le jardin exotique de Monaco. Riffaud est remplacé par Lambourg en 1890 auquel succède Guillin en 1906. Les héritiers de Dognin vendent la propriété à Mme veuve Christian Falbe qui fait analyser ses terrains en 1903. Dans les années 1930 Louis Hachette, nouveau propriétaire, rénove le parc longtemps négligé, simplifie ses tracés et y fait ajouter des compositions régulières dans le goût méditerranéen. Réunie à celle du château Saint-Michel (IA06000456) , la propriété a été dénaturée en 1958, mais conserve des éléments.description : Jardin paysager de 1, 9 ha avec de nombreux végétaux exotiques dont de remarquables dracaenas et 32 pritchardias, considérés comme les plus beaux de Cannes, disposés en groupes et bosquets sur des pièces de gazon bordés de plates-bandes fleuries autour de la maison tapissée de glycines, auxquelles on ajouta des bougainvillées. De part et d' autre convergent 2 avenues bordées de gazons talutés et de groupes et rangées de palmiers habillés de rosiers grimpants. Le relief très vallonné et rocheux sert de cadre à des scènes tropicales. Vers l' est, une allée régulière bordée de cyprès qui remplace des allées sinueuses conduit à un point de vue entouré de balustrades, centré sur un bassin avec une fontaine à 3 vasques. A proximité, une mare avec une cascade et une île. Une fausse rivière se jette dans une autre mare. Vers 1930 des allées sont supprimées et les plantations aérées. De nouveaux aménagements réguliers dessinés à la manière italienne, le principal est étudié séparément, accompagnent la grande allée de cyprès qui a pris du corps. On la prolonge à l' emplacement d' une pépinière par une perspective en escalier encadrée de cyprès et relevée à son extrémité par une oeuvre décorative. Au sud du point de vue est tracé un parterre régulier compartimenté.plan : jardin irrégulierdécor : sculpturereprésentation : urne ; fruitDes urnes de pierre bondées de fruits ornent l' hémicycle du jardin italien.état : vestigespropriété privéedate protection MH : édifice non protégé MHtype d'étude : recensement du patrimoine balnéairedate d'enquête : 1987
rédacteur(s) : Fray FrançoisN° notice : IA06000669
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Saturday, 6 March 2010
La villa Thuret, 1889

Henry L. de Vilmorin,
Non loin des embouchures du Var, entre le golfe Jouan et la baie de Nice, s’étend vers
le sud une langue de terre presque complètement entourée par les eaux bleues de la
Méditerranée : c’est la presqu’île ou cap d’Antibes, un des sites les plus gracieux de la côte de
Provence, si riche pourtant en beautés naturelles. Du sommet des mamelons dont se hérisse la
surface rocheuse et ondulée de la presqu’île, l’oeil découvre un des plus admirables paysages
qu’il soit possible de contempler. Tournant le dos à la haute mer, on voit devant soi les plis du
terrain s’élever les uns par-dessus les autres, revêtus au premier plan de la verdure cendrée
des oliviers, puis de bois sombres qui dominent au loin des crêtes âpres et dénudées. A
gauche, derrière les îles de Lérins, le massif de l’Estérel profile sur le ciel ses sommets
élégamment découpés, et à droite, par-dessus la ligne blanche des constructions de Nice, se
dressent les hauts sommets des Alpes couverts de neige pendant les trois quarts de l’année. Ce
rempart de hauteurs garantit la campagne d’Antibes des vents glacés du Nord ; la mer qui
l’environne y entretient un climat exceptionnellement doux et égal. En même temps l’air y est
plus chargé d’humidité que sur la plupart des autres points de la côte, où l’extrême chaleur est
achetée au prix d’une sécheresse excessive. Le sol, conquis sur le rocher par un travail
séculaire, est riche et profond ; les nombreuses plantations d’orangers dont le cap est parsemé
indiquent bien que la localité est éminemment propre à la culture de cette catégorie
nombreuse de végétaux, ligneux ou herbacés, qu’on réunit sous la dénomination générale de
plantes d’orangerie.
C’est la beauté incomparable de la vue dont on y jouit qui fixa au cap d’Antibes
Monsieur Gustave Thuret, amené sur les côtes de Provence par l’état de sa santé. En 1856, il
choisit, pour l’emplacement de sa future résidence d’hiver, un terrain situé vers le milieu de la
presqu’île, au pied du monticule qui porte le sanctuaire de Notre-Dame d’Antibes et le phare
de la Garoupe, terrain s’élevant d’un côté jusqu’à l’arête qui forme la limite entre les deux
versants et s’abaissant de là par des pentes assez rapides dans la direction du Nord-Est, vers la
ville d’Antibes et le golfe de Nice. Une addition faite un peu plus tard à la propriété l’étendit
jusqu’aux terres basses et fraîches de la Salis, où sont situés les principaux jardins maraîchers
d’Antibes. Plusieurs des propriétés qui avoisinent la villa Thuret peuvent donner l’idée de ce
qu’elle était alors. Des champs de médiocre étendue dans les parties relativement planes, des
terrasses superposées partout où la pente du sol était plus accusée, le tout planté en vignes et
en cultures morcelées, avec des lignes d’oliviers bordant les champs et les terrasses.
Le terrain, une fois choisi, fut promptement transformé. L’emplacement de
l’habitation fut marqué sur le point culminant ; les terrasses firent place à des pentes douces
ou rapides, mais toujours harmonieuses. Homme de goût en toutes choses, doué d’un
penchant héréditaire pour le jardinage dans toutes ses formes les plus artistiques, connaissant
de vue les plus beaux jardins de la France, de l’Angleterre, de l’Italie et de l’Orient, Monsieur
Gustave Thuret chercha dans la création de sa résidence d’Antibes à tirer le meilleur parti des
beautés pittoresques du pays encadrées dans une végétation appropriée aux sites ; on peut
même dire qu’au début la préoccupation artistique et pittoresque domina pour lui toutes les
autres.
Mais, savant botaniste et véritable amateur de plantes, il ne pouvait tarder à apprécier
les avantages du climat d’Antibes au point de vue de la formation d’une sorte de musée
végétal des plantes provenant de pays analogues par leur température aux rivages français de
la Méditerranée.
Quand il se fixa à Antibes, Monsieur Gustave Thuret avait quarante ans. Héritier d’un
nom respecté, possesseur d’une belle fortune, il n’avait d’autre ambition que de consacrer le
reste de sa vie aux études scientifiques auxquelles il se livrait depuis sa jeunesse. Ce qu’il
demandait avant tout à sa nouvelle résidence, c’était la retraite en compagnie de bons amis, lecalme, le loisir au milieu des sujets d’étude que lui offraient son jardin et les rochers de la
côte ; c’était aussi des aspects gracieux et des points de vue variés, lui permettant de satisfaire
sans fatigue son goût prononcé pour les grands spectacles de la nature.
Pendant que dans un coin du jardin étaient plantés des pins parasols destinés à former
voûte au-dessus de l’échappée par où l’on voit Nice couronnée de pics neigeux et se reflétant
dans l’azur foncé de la mer, d’autres tableaux gracieux ou sévères étaient ménagés en avant
de la terrasse qui règne des deux côtés de l’habitation, et du rez-de-chaussée même de celle-ci
la vue pouvant s’étendre sur les deux golfes, tous deux si beaux, quoique de caractères si
différents. Les diverses parties du jardin étaient ensuite disposées, chacun avec son caractère
spécial, en vue des groupes de plantes qui s’adaptaient le mieux à chaque exposition
différente.
Dans le Midi, la plantation d’un jardin n’est pas chose aussi simple que dans nos pays
plus frais des environs de Paris. Les sécheresses terribles de l’été, les intempéries irrégulières
de l’hiver, les vents violents en toute saison, sont des obstacles contre lesquels on ne lutte pas
toujours heureusement. Une des conditions essentielles du succès, c’est la création d’abris
sous la protection desquels les végétaux délicats peuvent se développer et acquérir assez de
force pour résister ensuite au vent et aux coups de soleil. Les oliviers sont, à ce point de vue,
des arbres précieux : leur feuillage rare et léger tamise la lumière plutôt qu’il ne l’arrête ; il
empêche l’excessif rayonnement nocturne sans retenir l’eau des pluies, et en même temps
leurs racines n’épuisent pas assez le sol pour qu’on ne puisse cultiver d’autres plantes à leur
pied. Tous les oliviers qui existaient sur la propriété, sauf ceux qui se rencontraient sur le
passage des allées, furent donc conservés avec soin et existent encore pour la plupart. Dans
les portions découvertes l’abri fut constitué au moyen de chênes verts et de pins d’Alep,
arbres rustiques et d’une végétation plus rapide que celle de l’olivier.
Sous ces plantations, destinées à disparaître, après avoir rempli leur rôle de protection
temporaire, furent installés, dans un heureux mélange qui n’excluait pas l’ordre ni la méthode,
les divers genres de plantes vivaces et d’arbustes à feuillage persistant et à floraison hivernale.
Il était inutile, en effet, de planter dans une propriété habitée seulement d’octobre en mai des
végétaux fleurissant en été, et, quant aux arbres et arbustes à feuilles caduques, leur mélange
avec ceux à feuillage persistant eût été du plus malheureux effet, en suggérant l’idée
d’arbres morts au milieu d’autres pleins de vie.
Petit à petit vinrent se grouper dans le jardin Thuret les plus beaux palmiers rustiques
de l’ancien et du nouveau monde ; une collection choisie de Cycadées ; la plupart des acacias
de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande ; les Eucalyptus, les Pittosporum, les Rhus, les
Bougainvillea ; les passiflores et les Tasconia ; les diverses espèces d’orangers et de
citronniers ; puis les innombrables Protéacées, Grevillea, Hakea, Banksia, ainsi que de
nombreuses espèces d’agave et d’aloès, de Sedum et de Mesembrianthemum. Des conifères,
pins, sapins, cyprès, Araucaria, y trouvaient aussi leur place, et sous l’ombre épaisse de leur
feuillage se détachaient gaiement les fleurs éclatantes des Tecoma ou des rosiers grimpants et
celles des innombrables anémones dont les gazons étaient et sont encore émaillés.
Il faut se souvenir qu’à l’époque où Monsieur Thuret créait son jardin, il n’avait pas
encore de modèle à suivre sur cette côte où l’horticulture a fait depuis lors de si grands
progrès. De rares constructions faites isolément par des voyageurs et des marins donnaient
bien déjà quelques indications sur les plantes qui convenaient le mieux au climat, mais en
somme, presque tous les essais étaient à faire. C’est principalement par la voie des semis que
le jardin de Monsieur Thuret a été peuplé, et les espèces à essayer étaient choisies le plus
souvent sur les indications des Flores ou des grands ouvrages de botanique horticole, comme
le Botanical magazine et la Flore des serres et des jardins. Beaucoup provenaient d’échanges
faits avec les jardins botaniques et d’envois du muséum d’histoire naturelle de Paris.
Toutes ne réussissaient pas, et les registres, admirablement tenus, des expériences
faites accusent un chiffre d’insuccès à peu près égal à celui des résultats heureux. Il serait fortintéressant d’en avoir la liste, dont la connaissance dispenserait bien des amateurs du littoral
de recommencer en pure perte des essais longs et coûteux.
Au bout de quelques années, la transformation de la propriété en un jardin féerique
était complète. Les arbres du pourtour avaient grandi, formant une muraille de verdure qui
l’isolait de tout voisinage immédiat, et en faisait, suivant l’expression de Georges Sand, qui a
consacré à la description du jardin Thuret une page admirable1, un vallon fermé par delà les
bords boisés duquel on ne voyait que la Méditerranée et la chaîne des Alpes. Pour le
voyageur, amateur des beautés naturelles, la villa Thuret était dès lors une merveille ; pour le
botaniste, c’était un écrin précieux renfermant des trésors.
C’est que le créateur de ce beau domaine, en même temps qu’il cherchait à étendre ses
collections, se préoccupait avec raison de les tenir toujours dans l’ordre le plus parfait et
d’avoir toutes ses plantes correctement nommées. L’étude de tous les catalogues botaniques et
commerciaux, la comparaison de chaque plante reçue ou obtenue de semis avec la description
et les figures authentiques, l’étiquetage définitif de chaque végétal mis en place, la révision
annuelle des collections, constituaient un travail considérable, surtout si l’on réfléchit qu’il
s’ajoutait à ces recherches laborieuses sur les algues qui ont fait de tant de communications
intéressantes. Le temps ni les forces d’un seul homme n’auraient pas suffi à cette double
tâche.
Heureusement Monsieur Gustave Thuret avait auprès de lui le savant collaborateur et
l’ami dévoué, compagnon fidèle de sa vie et de ses travaux, Monsieur le docteur Edmond
Bornet, que la société de botanique était heureuse, l’année dernière, de saluer comme son
président. Le travail commun se divisait entre les deux amis, aussi instruits, aussi judicieux,
aussi scrupuleusement exacts l’un que l’autre, et, grâce à ce concours soutenu de deux
intelligences d’élite, l’oeuvre commune progressait constamment, aussi bien dans le domaine
de la science pure que dans celui de la botanique expérimentale et de l’horticulture
scientifique. La très grande part personnelle prise par Messieurs Thuret et Bornet à tous les
travaux de création et d’entretien des collections explique comment un résultat aussi complet
a pu être obtenu relativement à aussi peu de frais ; tellement, qu’en admirant leur création
commune, on ne sait si l’on doit s’étonner davantage de la perfection de l’oeuvre, ou de la
simplicité et de la modicité des moyens employés pour l’accomplir.
Mais, hélas ! Rien n’est complètement durable en ce monde. Après avoir fait de son
jardin un des joyaux du littoral ; après y avoir reçu la visite de nombreux savants français et
étrangers, de voyageurs illustres et d’amateurs distingués devant qui s’ouvraient
gracieusement les portes fermées seulement à la curiosité banale, Monsieur Thuret fut enlevé
presque subitement, le 10 mai 1875, à l’affection de sa famille et de ses amis et à la sympathie
universelle du monde scientifique.
Il n’entre pas dans notre plan de redire le tribut de louanges qui fut payé alors dans
toute l’Europe à son mérite et à son caractère. Plusieurs voix s’élevèrent alors, mais aucune
avec plus d’autorité que celle de son ami et collaborateur Monsieur le docteur Bornet2, pour
faire connaître le large esprit et le grand coeur de celui qui, modeste autant que savant, venait
de mourir presque inconnu de son public, sauf de quelques intimes qui voyaient en lui un
maître. Certes sa mémoire fut alors dignement honorée ; mais l’hommage le plus éclatant et le
plus honorable ne lui fut rendu que plus tard, lorsque sa famille et ses amis, réunis dans une
même pensée de pieux souvenir et de dévouement à la science, assurèrent la perpétuité de sa
belle création, voilà le plus beau monument qu’on pouvait élever au botaniste et au savant.
C’est ce qui fut fait.
Monsieur Thuret avait dans sa famille une personne d’un esprit élevé et ouvert aux
grandes choses. Madame Henri Thuret, éloignée de Paris par les funestes événements del’année 1870, avait passé l’hiver de la guerre à Antibes, du mois de décembre au mois d’avril,
au milieu des riches collections, alors dans tout leur éclat, de la propriété de son beau-frère.
L’impression produite sur elle par cette création fut profonde et durable ; aussi, quand cinq
ans plus tard on put craindre que la villa Thuret, passant des mains du frère de son fondateur
dans celles d’étrangers, ne vint à être perdue pour les études botaniques et horticoles, Madame
Henri Thuret pensa-t-elle immédiatement à assurer la conservation de ce monument des
travaux et des recherches de son beau-frère.
Après qu’on eut essayé de diverses combinaisons successivement abandonnées, des
négociations furent entamées avec le Ministère de l’instruction publique en vue de
l’acquisition de la propriété par l’Etat et de sa transformation en un établissement d’études
supérieures. Mais le Ministre d’alors, ménagers des deniers de l’Etat, hésitait à entreprendre
une création qui impliquait une charge pour le budget. C’est alors que Madame Henri Thuret
fit don de la somme nécessaire pour acheter la villa Thuret, somme fixée à 200 000 francs, et
ne laissa de la sorte au Ministre que la charge des dépenses annuelles de personnel et
d’entretien. Il fallut de longues et patientes négociations pour mener l’affaire à bonne fin.
Monsieur le docteur Bornet, que l’on trouve toujours quand il s’agit de bien à faire ou de
services à rendre, s’y employa plus que personne ; enfin, grâce à la bienveillance de Monsieur
du Mesnil, directeur de l’enseignement supérieur, toutes les difficultés furent successivement
levées. Un traité définitif fut signé le 24 octobre 1877, faisant de la villa Thuret un
établissement de l’Etat sous le titre de Laboratoire d’enseignement supérieur, attaché comme
annexe à l’enseignement des chaires de botanique et de culture des Facultés et du Muséum
d’histoire naturelle de Paris, et la dotation dut accepter par décret du 8 novembre 1877, inséré
au Journal officiel du 10 du même mois.
Délégué provisoirement dans la fonction de directeur du nouvel établissement,
Monsieur le docteur Bornet fut chargé de prendre possession de la villa Thuret au nom du
Ministre de l’instruction publique, de l’organiser à nouveau et d’en préparer le règlement. Sur
sa demande, il fut relevé de cette fonction aussitôt que la maison fut prête à recevoir son
directeur définitif. Mais en quittant la villa, il ne se désintéressa point de ce qui s’y passait. Il
savait que le laboratoire était bien dépourvu, qu’on n’y trouvait ni bibliothèque, ni herbier.
Héritier des livres et des collections de Monsieur Thuret, il sut, malgré ses goûts de
bibliophile, en détacher un choix d’ouvrages magnifiques de botanique illustrée (356 volumes
contenant près de 20 000 planches), qu’il joignit à l’herbier phanérogamique pour en faire don
à la villa Thuret. La donation fut acceptée par décret du 23 juin 1879. Il abandonna, entre
autres ouvrages principaux, ceux de Jacquin, le Botanical magazine, le Botanical register, la
Flore des serres et des jardins de l’Europe, ouvrages dont la valeur commerciale représente
une fraction considérable de la somme donnée par Madame Thuret. Il est bien juste que les
savants et amateurs qui les trouvent et en peuvent user à la villa Thuret sachent à qui ils sont
redevables de ces guides presque indispensables pour la détermination des plantes du jardin.
Acquis par l’Etat, pourvu des ouvrages nécessaires aux recherches, le laboratoire de la
villa Thuret devait être mis entre les mains d’un directeur capable d’en tirer tout le parti qu’on
était en droit d’en attendre. Le choix eût peut-être présenté des difficultés, si les circonstances
n’avaient semblé au contraire le déterminer de la façon la plus évidente. Il se trouvait à ce
moment, dans le midi de la France, éloigné de Paris par son état de santé, un savant botaniste,
membre de l’Institut, Monsieur Charles Naudin, à qui l’élévation de son esprit et l’originalité
de ses recherches faisaient une place éminente dans la science. Monsieur Decaisne, professeur
au Jardin des plantes, qui connaissait et appréciait Monsieur Naudin, l’ayant eu longtemps
pour collaborateur, le proposa et le fit accepter comme directeur de la villa Thuret. On ne
pouvait souhaiter mieux. D’une part c’était mettre à la tête d’une création nouvelle un esprit
large et ouvert, capable d’en comprendre toute l’utilité et de la diriger vers son but véritable,
et de l’autre c’était donner à un des expérimentateurs les plus habiles et les plus entreprenants
de notre temps un champ d’études digne de son activité. La suite a montré combien le choixdu Ministre avait été heureux. Les relations personnelles de Monsieur Naudin avec presque
tous les jardins botaniques du monde, son assiduité à se tenir au courant de tous les progrès de
la botanique et de l’horticulture en France et à l’étranger, ont fait depuis cinq ans affluer à la
villa Thuret directement, au moins autant que par l’intermédiaire du Muséum, toutes les
espèces ou races de végétaux qui peuvent avoir un intérêt pour le midi de la France, et celles
dont l’étude peut se faire aux bords de la Méditerranée mieux que sous un autre climat. Grâce
à des dons nombreux et à de fréquents échanges, les collections n’ont pas cessé de
s’accroître ; et si la culture de quelques espèces a dû être abandonnée, celles-là ont été
remplacées par des introductions nouvelles en plus grand nombre.
Outre ses études de toute sorte sur les plantes nouvelles et ses observations
météorologiques et climatologiques, Monsieur Naudin a entrepris, depuis qu’il est à la villa
Thuret, un travail de longue haleine, qui promet d’être aussi utile pour l’Etat et pour les
particuliers qu’il est pour l’auteur hérissé de difficultés. Nous vous parlons de la révision des
Eucalyptus et de leur classification et description. A peine entrées depuis trente ans dans la
pratique des plantations forestières, ces précieuses myrtacées de l’Océanie sont actuellement
l’objet d’un engouement bien justifié. Mais, dans ce genre comme ailleurs, il y a à choisir, et
toutes les espèces ne conviennent pas également bien à tous les terrains ni à tous les emplois.
Malheureusement et en dépit des efforts les plus consciencieux, une grande confusion règne
dans la nomenclature des Eucalyptus, et cela même dans les ouvrages botaniques, qui
devraient servir de guide aux importateurs de graines et au pépiniéristes. La grande variabilité
des caractères d’une même espèce depuis le plus jeune âge jusqu’à l’âge adulte est une des
grandes causes de l’obscurité qui règne dans l’histoire de beaucoup d’eucalytus. Pour les
connaître à fond, il faut voir germer, grandir, fleurir et fructifier chaque espèce. C’est ce
travail de patience que Monsieur Naudin n’a pas craint d’entreprendre : au prix de longues
recherches en Provence et en Algérie, ainsi que par correspondance, il a réuni à la villa Thuret
environ 130 espèces ou formes distinctes d’Eucalyptus, dont une bonne partie a déjà fructifié
et dont l’étude comparative lui fournira les matériaux d’un travail qui sera aussi intéressant
pour le botaniste qu’instructif pour le planteur.
La visite que la société va faire des jardins de la villa Thuret lui montrera qu’ils
continuent à mériter leur ancienne réputation et sont toujours les plus soignés et les mieux
tenus du cap d’Antibes. Peu de propriétés, même à Cannes et à Nice, peuvent rivaliser sous ce
rapport avec la villa Thuret, et ici le directeur est grandement assisté par le jardinier en chef,
Monsieur Marchais, aussi habile semeur et multiplicateur que connaisseur consommé de la
flore provençale spontanée et introduite. Et pourtant, jusqu’à ces derniers temps, tenir le
jardin frais et vert en toutes saisons n’était pas chose aisée ; on peut dire qu’il y fallait des
prodiges de soin et d’habileté prévoyante, car en été l’eau manquait absolument et ne pouvait
être obtenue qu’à grands frais et en quantités fort insuffisantes. L’année dernière il a pu être
installé un service de distribution d’eau qui porte la fraîcheur et la fécondité dans le jardin tout
entier. On doit espérer que cette amélioration ne restera pas isolée, et qu’il pourra être fait
plus encore pour un établissement qui le mérite si bien à tous égards.
Il n’est pas possible de faire dans une après-midi, quelque bien employée qu’elle soit,
l’inventaire de toutes les richesses végétales de la villa Thuret, et la seconde partie de cette
notice, qui sera consacrée à l’énumération des principaux végétaux de l’établissement, n’en
pourra signaler que les plus remarquables. Elle est surtout destinée à renseigner ceux de nos
collègues et des lecteurs du Bulletin qui n’ont pu prendre part à la session actuelle. Quant à
ceux qui sont présents, un quart d’heure de promenade leur en apprendra plus que toutes mes
descriptions.
1 Voyez Revue des deux mondes, numéro du 15 juillet 1868, p. 280.
2 Voyez la notice biographique sur Monsieur Gustave Thuret, Annales des sciences naturelles, 6° série, 1875,
botanique t. II, p. 308.
http://www.cg06.fr/cms/cg06/upload/decouvrir-les-am/fr/files/dossier-peda-histoiredesjardins.pdf
Non loin des embouchures du Var, entre le golfe Jouan et la baie de Nice, s’étend vers
le sud une langue de terre presque complètement entourée par les eaux bleues de la
Méditerranée : c’est la presqu’île ou cap d’Antibes, un des sites les plus gracieux de la côte de
Provence, si riche pourtant en beautés naturelles. Du sommet des mamelons dont se hérisse la
surface rocheuse et ondulée de la presqu’île, l’oeil découvre un des plus admirables paysages
qu’il soit possible de contempler. Tournant le dos à la haute mer, on voit devant soi les plis du
terrain s’élever les uns par-dessus les autres, revêtus au premier plan de la verdure cendrée
des oliviers, puis de bois sombres qui dominent au loin des crêtes âpres et dénudées. A
gauche, derrière les îles de Lérins, le massif de l’Estérel profile sur le ciel ses sommets
élégamment découpés, et à droite, par-dessus la ligne blanche des constructions de Nice, se
dressent les hauts sommets des Alpes couverts de neige pendant les trois quarts de l’année. Ce
rempart de hauteurs garantit la campagne d’Antibes des vents glacés du Nord ; la mer qui
l’environne y entretient un climat exceptionnellement doux et égal. En même temps l’air y est
plus chargé d’humidité que sur la plupart des autres points de la côte, où l’extrême chaleur est
achetée au prix d’une sécheresse excessive. Le sol, conquis sur le rocher par un travail
séculaire, est riche et profond ; les nombreuses plantations d’orangers dont le cap est parsemé
indiquent bien que la localité est éminemment propre à la culture de cette catégorie
nombreuse de végétaux, ligneux ou herbacés, qu’on réunit sous la dénomination générale de
plantes d’orangerie.
C’est la beauté incomparable de la vue dont on y jouit qui fixa au cap d’Antibes
Monsieur Gustave Thuret, amené sur les côtes de Provence par l’état de sa santé. En 1856, il
choisit, pour l’emplacement de sa future résidence d’hiver, un terrain situé vers le milieu de la
presqu’île, au pied du monticule qui porte le sanctuaire de Notre-Dame d’Antibes et le phare
de la Garoupe, terrain s’élevant d’un côté jusqu’à l’arête qui forme la limite entre les deux
versants et s’abaissant de là par des pentes assez rapides dans la direction du Nord-Est, vers la
ville d’Antibes et le golfe de Nice. Une addition faite un peu plus tard à la propriété l’étendit
jusqu’aux terres basses et fraîches de la Salis, où sont situés les principaux jardins maraîchers
d’Antibes. Plusieurs des propriétés qui avoisinent la villa Thuret peuvent donner l’idée de ce
qu’elle était alors. Des champs de médiocre étendue dans les parties relativement planes, des
terrasses superposées partout où la pente du sol était plus accusée, le tout planté en vignes et
en cultures morcelées, avec des lignes d’oliviers bordant les champs et les terrasses.
Le terrain, une fois choisi, fut promptement transformé. L’emplacement de
l’habitation fut marqué sur le point culminant ; les terrasses firent place à des pentes douces
ou rapides, mais toujours harmonieuses. Homme de goût en toutes choses, doué d’un
penchant héréditaire pour le jardinage dans toutes ses formes les plus artistiques, connaissant
de vue les plus beaux jardins de la France, de l’Angleterre, de l’Italie et de l’Orient, Monsieur
Gustave Thuret chercha dans la création de sa résidence d’Antibes à tirer le meilleur parti des
beautés pittoresques du pays encadrées dans une végétation appropriée aux sites ; on peut
même dire qu’au début la préoccupation artistique et pittoresque domina pour lui toutes les
autres.
Mais, savant botaniste et véritable amateur de plantes, il ne pouvait tarder à apprécier
les avantages du climat d’Antibes au point de vue de la formation d’une sorte de musée
végétal des plantes provenant de pays analogues par leur température aux rivages français de
la Méditerranée.
Quand il se fixa à Antibes, Monsieur Gustave Thuret avait quarante ans. Héritier d’un
nom respecté, possesseur d’une belle fortune, il n’avait d’autre ambition que de consacrer le
reste de sa vie aux études scientifiques auxquelles il se livrait depuis sa jeunesse. Ce qu’il
demandait avant tout à sa nouvelle résidence, c’était la retraite en compagnie de bons amis, lecalme, le loisir au milieu des sujets d’étude que lui offraient son jardin et les rochers de la
côte ; c’était aussi des aspects gracieux et des points de vue variés, lui permettant de satisfaire
sans fatigue son goût prononcé pour les grands spectacles de la nature.
Pendant que dans un coin du jardin étaient plantés des pins parasols destinés à former
voûte au-dessus de l’échappée par où l’on voit Nice couronnée de pics neigeux et se reflétant
dans l’azur foncé de la mer, d’autres tableaux gracieux ou sévères étaient ménagés en avant
de la terrasse qui règne des deux côtés de l’habitation, et du rez-de-chaussée même de celle-ci
la vue pouvant s’étendre sur les deux golfes, tous deux si beaux, quoique de caractères si
différents. Les diverses parties du jardin étaient ensuite disposées, chacun avec son caractère
spécial, en vue des groupes de plantes qui s’adaptaient le mieux à chaque exposition
différente.
Dans le Midi, la plantation d’un jardin n’est pas chose aussi simple que dans nos pays
plus frais des environs de Paris. Les sécheresses terribles de l’été, les intempéries irrégulières
de l’hiver, les vents violents en toute saison, sont des obstacles contre lesquels on ne lutte pas
toujours heureusement. Une des conditions essentielles du succès, c’est la création d’abris
sous la protection desquels les végétaux délicats peuvent se développer et acquérir assez de
force pour résister ensuite au vent et aux coups de soleil. Les oliviers sont, à ce point de vue,
des arbres précieux : leur feuillage rare et léger tamise la lumière plutôt qu’il ne l’arrête ; il
empêche l’excessif rayonnement nocturne sans retenir l’eau des pluies, et en même temps
leurs racines n’épuisent pas assez le sol pour qu’on ne puisse cultiver d’autres plantes à leur
pied. Tous les oliviers qui existaient sur la propriété, sauf ceux qui se rencontraient sur le
passage des allées, furent donc conservés avec soin et existent encore pour la plupart. Dans
les portions découvertes l’abri fut constitué au moyen de chênes verts et de pins d’Alep,
arbres rustiques et d’une végétation plus rapide que celle de l’olivier.
Sous ces plantations, destinées à disparaître, après avoir rempli leur rôle de protection
temporaire, furent installés, dans un heureux mélange qui n’excluait pas l’ordre ni la méthode,
les divers genres de plantes vivaces et d’arbustes à feuillage persistant et à floraison hivernale.
Il était inutile, en effet, de planter dans une propriété habitée seulement d’octobre en mai des
végétaux fleurissant en été, et, quant aux arbres et arbustes à feuilles caduques, leur mélange
avec ceux à feuillage persistant eût été du plus malheureux effet, en suggérant l’idée
d’arbres morts au milieu d’autres pleins de vie.
Petit à petit vinrent se grouper dans le jardin Thuret les plus beaux palmiers rustiques
de l’ancien et du nouveau monde ; une collection choisie de Cycadées ; la plupart des acacias
de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande ; les Eucalyptus, les Pittosporum, les Rhus, les
Bougainvillea ; les passiflores et les Tasconia ; les diverses espèces d’orangers et de
citronniers ; puis les innombrables Protéacées, Grevillea, Hakea, Banksia, ainsi que de
nombreuses espèces d’agave et d’aloès, de Sedum et de Mesembrianthemum. Des conifères,
pins, sapins, cyprès, Araucaria, y trouvaient aussi leur place, et sous l’ombre épaisse de leur
feuillage se détachaient gaiement les fleurs éclatantes des Tecoma ou des rosiers grimpants et
celles des innombrables anémones dont les gazons étaient et sont encore émaillés.
Il faut se souvenir qu’à l’époque où Monsieur Thuret créait son jardin, il n’avait pas
encore de modèle à suivre sur cette côte où l’horticulture a fait depuis lors de si grands
progrès. De rares constructions faites isolément par des voyageurs et des marins donnaient
bien déjà quelques indications sur les plantes qui convenaient le mieux au climat, mais en
somme, presque tous les essais étaient à faire. C’est principalement par la voie des semis que
le jardin de Monsieur Thuret a été peuplé, et les espèces à essayer étaient choisies le plus
souvent sur les indications des Flores ou des grands ouvrages de botanique horticole, comme
le Botanical magazine et la Flore des serres et des jardins. Beaucoup provenaient d’échanges
faits avec les jardins botaniques et d’envois du muséum d’histoire naturelle de Paris.
Toutes ne réussissaient pas, et les registres, admirablement tenus, des expériences
faites accusent un chiffre d’insuccès à peu près égal à celui des résultats heureux. Il serait fortintéressant d’en avoir la liste, dont la connaissance dispenserait bien des amateurs du littoral
de recommencer en pure perte des essais longs et coûteux.
Au bout de quelques années, la transformation de la propriété en un jardin féerique
était complète. Les arbres du pourtour avaient grandi, formant une muraille de verdure qui
l’isolait de tout voisinage immédiat, et en faisait, suivant l’expression de Georges Sand, qui a
consacré à la description du jardin Thuret une page admirable1, un vallon fermé par delà les
bords boisés duquel on ne voyait que la Méditerranée et la chaîne des Alpes. Pour le
voyageur, amateur des beautés naturelles, la villa Thuret était dès lors une merveille ; pour le
botaniste, c’était un écrin précieux renfermant des trésors.
C’est que le créateur de ce beau domaine, en même temps qu’il cherchait à étendre ses
collections, se préoccupait avec raison de les tenir toujours dans l’ordre le plus parfait et
d’avoir toutes ses plantes correctement nommées. L’étude de tous les catalogues botaniques et
commerciaux, la comparaison de chaque plante reçue ou obtenue de semis avec la description
et les figures authentiques, l’étiquetage définitif de chaque végétal mis en place, la révision
annuelle des collections, constituaient un travail considérable, surtout si l’on réfléchit qu’il
s’ajoutait à ces recherches laborieuses sur les algues qui ont fait de tant de communications
intéressantes. Le temps ni les forces d’un seul homme n’auraient pas suffi à cette double
tâche.
Heureusement Monsieur Gustave Thuret avait auprès de lui le savant collaborateur et
l’ami dévoué, compagnon fidèle de sa vie et de ses travaux, Monsieur le docteur Edmond
Bornet, que la société de botanique était heureuse, l’année dernière, de saluer comme son
président. Le travail commun se divisait entre les deux amis, aussi instruits, aussi judicieux,
aussi scrupuleusement exacts l’un que l’autre, et, grâce à ce concours soutenu de deux
intelligences d’élite, l’oeuvre commune progressait constamment, aussi bien dans le domaine
de la science pure que dans celui de la botanique expérimentale et de l’horticulture
scientifique. La très grande part personnelle prise par Messieurs Thuret et Bornet à tous les
travaux de création et d’entretien des collections explique comment un résultat aussi complet
a pu être obtenu relativement à aussi peu de frais ; tellement, qu’en admirant leur création
commune, on ne sait si l’on doit s’étonner davantage de la perfection de l’oeuvre, ou de la
simplicité et de la modicité des moyens employés pour l’accomplir.
Mais, hélas ! Rien n’est complètement durable en ce monde. Après avoir fait de son
jardin un des joyaux du littoral ; après y avoir reçu la visite de nombreux savants français et
étrangers, de voyageurs illustres et d’amateurs distingués devant qui s’ouvraient
gracieusement les portes fermées seulement à la curiosité banale, Monsieur Thuret fut enlevé
presque subitement, le 10 mai 1875, à l’affection de sa famille et de ses amis et à la sympathie
universelle du monde scientifique.
Il n’entre pas dans notre plan de redire le tribut de louanges qui fut payé alors dans
toute l’Europe à son mérite et à son caractère. Plusieurs voix s’élevèrent alors, mais aucune
avec plus d’autorité que celle de son ami et collaborateur Monsieur le docteur Bornet2, pour
faire connaître le large esprit et le grand coeur de celui qui, modeste autant que savant, venait
de mourir presque inconnu de son public, sauf de quelques intimes qui voyaient en lui un
maître. Certes sa mémoire fut alors dignement honorée ; mais l’hommage le plus éclatant et le
plus honorable ne lui fut rendu que plus tard, lorsque sa famille et ses amis, réunis dans une
même pensée de pieux souvenir et de dévouement à la science, assurèrent la perpétuité de sa
belle création, voilà le plus beau monument qu’on pouvait élever au botaniste et au savant.
C’est ce qui fut fait.
Monsieur Thuret avait dans sa famille une personne d’un esprit élevé et ouvert aux
grandes choses. Madame Henri Thuret, éloignée de Paris par les funestes événements del’année 1870, avait passé l’hiver de la guerre à Antibes, du mois de décembre au mois d’avril,
au milieu des riches collections, alors dans tout leur éclat, de la propriété de son beau-frère.
L’impression produite sur elle par cette création fut profonde et durable ; aussi, quand cinq
ans plus tard on put craindre que la villa Thuret, passant des mains du frère de son fondateur
dans celles d’étrangers, ne vint à être perdue pour les études botaniques et horticoles, Madame
Henri Thuret pensa-t-elle immédiatement à assurer la conservation de ce monument des
travaux et des recherches de son beau-frère.
Après qu’on eut essayé de diverses combinaisons successivement abandonnées, des
négociations furent entamées avec le Ministère de l’instruction publique en vue de
l’acquisition de la propriété par l’Etat et de sa transformation en un établissement d’études
supérieures. Mais le Ministre d’alors, ménagers des deniers de l’Etat, hésitait à entreprendre
une création qui impliquait une charge pour le budget. C’est alors que Madame Henri Thuret
fit don de la somme nécessaire pour acheter la villa Thuret, somme fixée à 200 000 francs, et
ne laissa de la sorte au Ministre que la charge des dépenses annuelles de personnel et
d’entretien. Il fallut de longues et patientes négociations pour mener l’affaire à bonne fin.
Monsieur le docteur Bornet, que l’on trouve toujours quand il s’agit de bien à faire ou de
services à rendre, s’y employa plus que personne ; enfin, grâce à la bienveillance de Monsieur
du Mesnil, directeur de l’enseignement supérieur, toutes les difficultés furent successivement
levées. Un traité définitif fut signé le 24 octobre 1877, faisant de la villa Thuret un
établissement de l’Etat sous le titre de Laboratoire d’enseignement supérieur, attaché comme
annexe à l’enseignement des chaires de botanique et de culture des Facultés et du Muséum
d’histoire naturelle de Paris, et la dotation dut accepter par décret du 8 novembre 1877, inséré
au Journal officiel du 10 du même mois.
Délégué provisoirement dans la fonction de directeur du nouvel établissement,
Monsieur le docteur Bornet fut chargé de prendre possession de la villa Thuret au nom du
Ministre de l’instruction publique, de l’organiser à nouveau et d’en préparer le règlement. Sur
sa demande, il fut relevé de cette fonction aussitôt que la maison fut prête à recevoir son
directeur définitif. Mais en quittant la villa, il ne se désintéressa point de ce qui s’y passait. Il
savait que le laboratoire était bien dépourvu, qu’on n’y trouvait ni bibliothèque, ni herbier.
Héritier des livres et des collections de Monsieur Thuret, il sut, malgré ses goûts de
bibliophile, en détacher un choix d’ouvrages magnifiques de botanique illustrée (356 volumes
contenant près de 20 000 planches), qu’il joignit à l’herbier phanérogamique pour en faire don
à la villa Thuret. La donation fut acceptée par décret du 23 juin 1879. Il abandonna, entre
autres ouvrages principaux, ceux de Jacquin, le Botanical magazine, le Botanical register, la
Flore des serres et des jardins de l’Europe, ouvrages dont la valeur commerciale représente
une fraction considérable de la somme donnée par Madame Thuret. Il est bien juste que les
savants et amateurs qui les trouvent et en peuvent user à la villa Thuret sachent à qui ils sont
redevables de ces guides presque indispensables pour la détermination des plantes du jardin.
Acquis par l’Etat, pourvu des ouvrages nécessaires aux recherches, le laboratoire de la
villa Thuret devait être mis entre les mains d’un directeur capable d’en tirer tout le parti qu’on
était en droit d’en attendre. Le choix eût peut-être présenté des difficultés, si les circonstances
n’avaient semblé au contraire le déterminer de la façon la plus évidente. Il se trouvait à ce
moment, dans le midi de la France, éloigné de Paris par son état de santé, un savant botaniste,
membre de l’Institut, Monsieur Charles Naudin, à qui l’élévation de son esprit et l’originalité
de ses recherches faisaient une place éminente dans la science. Monsieur Decaisne, professeur
au Jardin des plantes, qui connaissait et appréciait Monsieur Naudin, l’ayant eu longtemps
pour collaborateur, le proposa et le fit accepter comme directeur de la villa Thuret. On ne
pouvait souhaiter mieux. D’une part c’était mettre à la tête d’une création nouvelle un esprit
large et ouvert, capable d’en comprendre toute l’utilité et de la diriger vers son but véritable,
et de l’autre c’était donner à un des expérimentateurs les plus habiles et les plus entreprenants
de notre temps un champ d’études digne de son activité. La suite a montré combien le choixdu Ministre avait été heureux. Les relations personnelles de Monsieur Naudin avec presque
tous les jardins botaniques du monde, son assiduité à se tenir au courant de tous les progrès de
la botanique et de l’horticulture en France et à l’étranger, ont fait depuis cinq ans affluer à la
villa Thuret directement, au moins autant que par l’intermédiaire du Muséum, toutes les
espèces ou races de végétaux qui peuvent avoir un intérêt pour le midi de la France, et celles
dont l’étude peut se faire aux bords de la Méditerranée mieux que sous un autre climat. Grâce
à des dons nombreux et à de fréquents échanges, les collections n’ont pas cessé de
s’accroître ; et si la culture de quelques espèces a dû être abandonnée, celles-là ont été
remplacées par des introductions nouvelles en plus grand nombre.
Outre ses études de toute sorte sur les plantes nouvelles et ses observations
météorologiques et climatologiques, Monsieur Naudin a entrepris, depuis qu’il est à la villa
Thuret, un travail de longue haleine, qui promet d’être aussi utile pour l’Etat et pour les
particuliers qu’il est pour l’auteur hérissé de difficultés. Nous vous parlons de la révision des
Eucalyptus et de leur classification et description. A peine entrées depuis trente ans dans la
pratique des plantations forestières, ces précieuses myrtacées de l’Océanie sont actuellement
l’objet d’un engouement bien justifié. Mais, dans ce genre comme ailleurs, il y a à choisir, et
toutes les espèces ne conviennent pas également bien à tous les terrains ni à tous les emplois.
Malheureusement et en dépit des efforts les plus consciencieux, une grande confusion règne
dans la nomenclature des Eucalyptus, et cela même dans les ouvrages botaniques, qui
devraient servir de guide aux importateurs de graines et au pépiniéristes. La grande variabilité
des caractères d’une même espèce depuis le plus jeune âge jusqu’à l’âge adulte est une des
grandes causes de l’obscurité qui règne dans l’histoire de beaucoup d’eucalytus. Pour les
connaître à fond, il faut voir germer, grandir, fleurir et fructifier chaque espèce. C’est ce
travail de patience que Monsieur Naudin n’a pas craint d’entreprendre : au prix de longues
recherches en Provence et en Algérie, ainsi que par correspondance, il a réuni à la villa Thuret
environ 130 espèces ou formes distinctes d’Eucalyptus, dont une bonne partie a déjà fructifié
et dont l’étude comparative lui fournira les matériaux d’un travail qui sera aussi intéressant
pour le botaniste qu’instructif pour le planteur.
La visite que la société va faire des jardins de la villa Thuret lui montrera qu’ils
continuent à mériter leur ancienne réputation et sont toujours les plus soignés et les mieux
tenus du cap d’Antibes. Peu de propriétés, même à Cannes et à Nice, peuvent rivaliser sous ce
rapport avec la villa Thuret, et ici le directeur est grandement assisté par le jardinier en chef,
Monsieur Marchais, aussi habile semeur et multiplicateur que connaisseur consommé de la
flore provençale spontanée et introduite. Et pourtant, jusqu’à ces derniers temps, tenir le
jardin frais et vert en toutes saisons n’était pas chose aisée ; on peut dire qu’il y fallait des
prodiges de soin et d’habileté prévoyante, car en été l’eau manquait absolument et ne pouvait
être obtenue qu’à grands frais et en quantités fort insuffisantes. L’année dernière il a pu être
installé un service de distribution d’eau qui porte la fraîcheur et la fécondité dans le jardin tout
entier. On doit espérer que cette amélioration ne restera pas isolée, et qu’il pourra être fait
plus encore pour un établissement qui le mérite si bien à tous égards.
Il n’est pas possible de faire dans une après-midi, quelque bien employée qu’elle soit,
l’inventaire de toutes les richesses végétales de la villa Thuret, et la seconde partie de cette
notice, qui sera consacrée à l’énumération des principaux végétaux de l’établissement, n’en
pourra signaler que les plus remarquables. Elle est surtout destinée à renseigner ceux de nos
collègues et des lecteurs du Bulletin qui n’ont pu prendre part à la session actuelle. Quant à
ceux qui sont présents, un quart d’heure de promenade leur en apprendra plus que toutes mes
descriptions.
1 Voyez Revue des deux mondes, numéro du 15 juillet 1868, p. 280.
2 Voyez la notice biographique sur Monsieur Gustave Thuret, Annales des sciences naturelles, 6° série, 1875,
botanique t. II, p. 308.
http://www.cg06.fr/cms/cg06/upload/decouvrir-les-am/fr/files/dossier-peda-histoiredesjardins.pdf
Alphonse Karr, 1853
Extrait de Promenades hors de mon jardin, 1853
C’est quand le soleil disparaît et quand on le revoit à l’horizon qu’il illumine le ciel de
ses plus belles teintes.
C’est un peu après l’hiver que les prairies s’émaillent de fleurs ; c’est un peu avant
l’hiver que les arbres se revêtent de pourpre et d’or.
Toujours après la privation, toujours un moment de perdu.
Les Niçois étaient fort embarrassés. Les gens heureux, comme les gens spirituels,
comme les gens bien portants, ne sentent ni le bonheur, ni l’esprit, ni la santé. Les habitants
de Nice voulaient sentir leur bonheur, et pour cela il fallait en user avec modération, il fallait à
tout prix se procurer un hiver. Mais où le prendre ? Dans les mois de novembre, décembre,
janvier, il y a dans les jardins des roses, des oeillets, des giroflées ; les orangers sont chargés
de fruits, les citronniers de fruits mûrs et de fleurs. Depuis cette époque s’appelle à Nice « la
belle saison ».
C’est, en effet, la saison « du passage des étrangers », qui viennent par volées s’abattre
sur cet asile, où ils se mettent à l’abri des frimas. C’est au point de vue de l’hiver, et pour
orner les divers trébuchets tendus à ces oiseaux, que le Niçois réserve toute son industrie, tous
ses efforts, c’est alors qu’on soigne, qu’on cultive les jardins.
Qu’ont-ils fait ? Ils se sont fait un hiver de l’été.
C’était hardi, mais le succès a pleinement couronné leurs efforts intelligents. Ils ont
réparé le tort qui leur avait été fait par la Providence ; ils ont déclaré n’accepter leur climat
que sous bénéfice d’inventaire et avec l’intention d’y annexer quelques perfectionnements. Ils
se sont insurgés contre la partialité de Dieu, ils ont conquis un hiver. Ils ont leur hiver comme
tout le monde.
Seulement, comme on ne peut appeler hiver une saison pleine de roses, d’oeillets et de
jasmins ; comme les mois de novembre, décembre, janvier, février, étaient pris d’avance par
une sorte de printemps ; comme mars, avril et mai voient encore des étrangers, - ils ont mis
l’hiver dans les mois de juin, juillet, août et septembre ; - ça ne fait que quatre mois, mais
qu’y faire ? Il y a des premières volées d’étrangers qui s’abattent sur Nice dès le mois
d’octobre. En attendant, on subit son hiver, - comme on lave son linge sale, - en famille.
Mai est à ses derniers jours et les jardins débordent de fleurs. Voilà le dernier étranger
parti ; il semble alors que la pièce est finie et que l’on baisse la toile. On coupe les fleurs qui
restent, on n’arrose plus, on taille très court les rosiers et les oeillets en même temps qu’on
serre le linge (la Biancheria) et l’argenterie. De l’eau à des fleurs ! Allons donc ! Nous n’en
aurions plus assez pour boire. Qui sait quand il pleuvra maintenant ! Il arrive parfois qu’un
oeillet rebelle, qu’un rosier anarchique s’avise de monter au bouton ; on le supprime en toute
hâte. Des fleurs l’été ! Pourquoi faire ? Gardez donc vos fleurs pour l’hiver. Est-ce qu’on
fleurit, l’été ? C’est commun, c’est paysan, c’est presque canaille.
Enfin, la mauvaise saison si laborieusement faite, se passe tant bien que mal, on s’est
préservé, tant qu’on l’a pu, du beau temps et des fleurs.
Le mois de septembre est fini, la belle saison revient avec le mois d’octobre. On
délivre la sève comprimée, réprimée, emprisonnée, on arrose les plantes, on leur permet de
fleurir ; bien plus, on les y engage. On sable les jardins, on ouvre les fenêtres, voilà la
mauvaise saison passée, voici l’hiver, Dieu soit loué ! Lâchez les fleurs.
Outre cet hiver général, appelé l’été par habitude, quelques habitants se font de petits
hivers particuliers, qu’ils commencent au printemps.
Par exemple, des étrangers qui habitaient une maison partent-ils dès le mois d’avril,
c’est le départ des hirondelles, c’est la mauvaise saison qui commence pour le propriétaire de
cette maison. Il plie immédiatement ses rideaux, il met les housses au jardin comme aux
fauteuils, il arrête le beau printemps comme un chef d’orchestre arrêterait ses musiciens, si le
public désertait tout à coup la salle. Le printemps ne peut pas se jouer devant les banquettes.
On coupe les thyrses des lilas qui allaient fleurir, il n’est pas rare que des lilas traités ainsi
fleurissent au mois de décembre, dans la belle saison, comme devraient toujours faire les lilas.
Quand on arrive à Nice, on croit, au premier abord, que les habitants sont de grands
amateurs de fleurs. On trouve dans les jardins de paysans et dans la campagne un grand
nombre de fleurs que nous cultivons en France avec beaucoup de soin, et souvent avec
beaucoup de peine dans nos parterres.
Ainsi des anémones doubles et simples, les hépatiques émaillent de leurs étoiles
écarlates, bleues et lilas, les versants des côtes. Les glaïeuls sont une mauvaise herbe dont on
chercherait à débarrasser les blés, si l’on était dans l’usage de sarcler. Des tulipes d’un rouge
de fer, qui, par une charmante harmonie, ont à la fois la forme et la couleur de la flamme ;
d’autres tulipes roses et blanches, des myrtes, etc., sont des plantes sauvages. Les grenadiers
et les rosiers forment des haies. Quand on parle de faire un jardin d’agrément, on dit : « il faut
ôter les orangers et les citronniers, c’est trop commun ». De loin en loin quelques palmiers se
dessinent en silhouette verte, mais ferme et nette sur le ciel limpide.
On se croit dans la situation de ce voyageur des contes arabes, qui arrive dans un pays
où les enfants jouent au palet, aux billes ou à la marelle avec des diamants, des rubis, des
émeraudes, des topazes, des améthystes, des diamants ronds ou aplatis. « Ce sont sans doute
les fils de quelque puissant roi », dit-il, et il s’incline avec respect. Les enfants se moquent de
lui, et bientôt il s’aperçoit que ces enfants ne sont que des gamins, comme les pierreries ne
sont que des cailloux de ce pays-là.
Le nombre des personnes qui s’occupent des fleurs est très restreint. Quand on a
découvert les roses, les violettes, les tubéreuses, les jasmins, le réséda, sont destinés aux
parfumeurs, cultivés par le paysan comme les choux et les tomates ; que les fleurs sont
cueillies chaque matin à peine entr’ouvertes, et que le propriétaire ou le promeneur voit
seulement celles qu’on a oubliées ou qui commencent à déplisser leurs pétales ; en un mot,
qu’il y a énormément de rosiers et peu de roses, le compte des vrais jardins n’est pas long à
faire ; faisons-le.
Quand on a cité la pittoresque villa de Saint-Vallier, appartenant à des Français,
comme l’indique surabondamment ce nom historique, où, au-dessus et au bord de la mer, on
trouve, sous un bois d’oliviers, un bosquet de camélias ; - le jardin du chevalier Lamarguerye,
Piémontais, qui a commencé à mettre à exécution l’intention d’en avoir une forêt ; - celui de
Monsieur Suziani, qui demeure, lui, dans un bois de rosiers bien choisis, dans un jardin qui a
été primitivement planté par un Français, mais qu’il enrichit chaque jour ; - ceux du comte et
de la comtesse Laurenti, qui prouvent qu’ils ont des fleurs en en donnant très généreusement ;
- le jardin Gastaud, où l’on se tient assez bien au courant des nouveautés ; - la magnifique
villa Bermond, à Saint-Etienne ; - puis, quand on a vu en passant sur la plage de la mer la
philosophique retraite pleine de roses du général Régis, et celle de Monsieur Ramorino, on
vous désigne encore deux amateurs de fleurs, un Anglais et un Français, qui, dit-on, sont fort
curieux et fort riches de belles plantes.
Tout porte à croire que Monsieur et Madame Dabbadie, l’un Américain, je crois,
l’autre Allemande, qui font bâtir un ravissant petit château sur la côte de Carabacel, ont trop
de goût pour ne pas vouloir remplir de belles fleurs le terrain qui entoure cette construction
élégante et poétique.
Un amateur distingué, mais amateur platonique, c’est le baron Prost, officier français
retiré à Nice depuis bien longtemps.
Monsieur Prost, membre de la Société d’horticulture de Paris, ayant des amis en
Angleterre, en Hollande, en Amérique et partout, en entretenant avec eux une correspondance
où l’horticulture n’est pas oubliée, demande et reçoit de belles plantes, des graines
précieuses ; mais il n’a pas le temps d’avoir un jardin. Le baron Prost s’occupe avec un égalsuccès de musique et de peinture. Depuis deux ans, il a étudié la médecine homéopathique, et
comme ses consultations sont gratuites, comme au besoin il ajoute sans augmentation de prix
les globules d’aconit ou de bryone ; c’est un des médecins les plus occupés. Notez que, doué
d’une merveilleuse facilité pour l’étude des langues, il les parle presque toutes avec une
aisance qui trompe agréablement les étrangers et leur rend sa société précieuse. On comprend
difficilement comment les vingt-quatre heures que lui donne chaque jour peuvent lui suffire
pour s’occuper encore d’observations scientifiques.
Le baron Prost n’a pas de jardin ; mais un jour la Princesse P, en se promenant l’hiver
dans son parterre, aperçoit avec admiration une plante nouvelle. De son côté, la comtesse…
trouve dans une partie déserte du sien une riche plate-bande qu’elle ne connaissait pas. On
s’informe, on questionne. On apprend qu’un homme s’est introduit clandestinement et a
planté sans rien dire ces richesses végétales : c’était le baron. On lui doit aussi l’introduction
de plusieurs belles plantes.
Une circonstance qui m’a beaucoup surpris, c’est de voir qu’au théâtre les femmes de
Nice n’ont que très rarement de fleurs, dans ce pays où ce n’est plus une flatterie
mythologique de dire qu’elles naissent sous leurs pas.
Est-ce qu’elles n’aiment pas les fleurs ? – Est-ce qu’on ne leur en donne pas ? – Est-ce
mauvais goût des hommes ? C’est une question que je n’ai pu encore résoudre. – Toujours
est-il que si vous voyez des femmes coiffées en fleurs naturelles ou portant de beaux
bouquets, vous pouvez être à peu près certain que ce sont des étrangères.
C’est ce qui explique qu’il n’y ait à Nice que trois cultivateurs de fleurs, dont deux
sont Français.
Il faut citer d’abord Monsieur Joseph Bresson, qui occupe un petit jardin et deux ou
trois serres avec ses enfants. Le père Bresson cultive avec placidité un certain nombre de
plantes auxquelles il est habitué et qui sont habituées à lui.
Il y a ensuite un nommé Marion, qui va en France chercher des plantes, et fait plus de
commission que de culture. – Je ne pense pas, du reste, qu’il doive contribuer beaucoup pour
sa part à répandre le goût des fleurs.
Mais il s’élève à Nice un établissement important, sérieux, et qui prendra d’ici à
quelque temps une des premières places dans les établissements européens destinés à
l’horticulture.
Monsieur le comte de Pierlas a consacré une très belle propriété et des capitaux
importants à la fondation de cet établissement, pour lequel il s’est associé un Français,
Monsieur Louis-Martin Joly, jardinier habile, instruit en horticulture et en beaucoup d’autres
choses, qui a acquis en peu de temps l’estime et la considération qu’il mérite.
L’établissement du Ray commence au point précis du perfectionnement où finissent
ceux qui l’ont précédé.
Ainsi on y trouve déjà des serres construites sur le plan de celles de mon célèbre ami
Van-Houtt, de Gand.
Monsieur le comte de Pierlas et Monsieur Martin Joly, ont d’abord fait venir de tous
les points les plus riches collections en tout genre, puis maintenant on multiplie, on sème et on
crée soi-même.
Ainsi, dès cette année, Monsieur Martin Joly a fait un semis de dahlias très heureux ; il
a bien voulu, en marque d’amitié, donner mon nom à un de ses grains.
Les chances d’avenir et de fortune que possède l’établissement du Ray, chances qui
doivent, habilement conduit comme il est, le porter au premier rang, consistent, selon moi, en
ceci. Le climat de Nice permet de cultiver et de multiplier à l’air libre presque toute la serre
tempérée de France, de Belgique et d’Angleterre. Ces conditions amèneront une économie
dans les frais de production qui rendra impossible, dans un temps donné, aux autres
établissements de lutter de bon marché avec lui. C’est encore un luxe qui se met à la portée de
tout le monde.
Je suis heureux de constater que les Français reconnaissent la très bonne et très
cordiale hospitalité que donne la ville de Nice à un grand nombre d’entre eux, et que, non
contents de prendre leur part des charmes de ce beau pays, ils contribuent encore à l’embellir.
Tu me demandes souvent, mon cher Léon, pourquoi je reste ici, c’est ici que je te
répondrai quand tu viendras m’y voir. Je me fie assez à ton amour intelligent de ce qui est
beau pour ne pas désespérer que tu oublies aussi de t’en aller, que tu t’acoquines dans ce pays
de printemps, et que tu remettes ton départ au lendemain, pendant une vingtaine d’années,
comme ont fait ici un certain nombre de gens qui sont venus y passer un mois, il y a quinze ou
vingt ans, et qui y sont encore.
http://www.cg06.fr/cms/cg06/upload/decouvrir-les-am/fr/files/dossier-peda-histoiredesjardins.pdf
C’est quand le soleil disparaît et quand on le revoit à l’horizon qu’il illumine le ciel de
ses plus belles teintes.
C’est un peu après l’hiver que les prairies s’émaillent de fleurs ; c’est un peu avant
l’hiver que les arbres se revêtent de pourpre et d’or.
Toujours après la privation, toujours un moment de perdu.
Les Niçois étaient fort embarrassés. Les gens heureux, comme les gens spirituels,
comme les gens bien portants, ne sentent ni le bonheur, ni l’esprit, ni la santé. Les habitants
de Nice voulaient sentir leur bonheur, et pour cela il fallait en user avec modération, il fallait à
tout prix se procurer un hiver. Mais où le prendre ? Dans les mois de novembre, décembre,
janvier, il y a dans les jardins des roses, des oeillets, des giroflées ; les orangers sont chargés
de fruits, les citronniers de fruits mûrs et de fleurs. Depuis cette époque s’appelle à Nice « la
belle saison ».
C’est, en effet, la saison « du passage des étrangers », qui viennent par volées s’abattre
sur cet asile, où ils se mettent à l’abri des frimas. C’est au point de vue de l’hiver, et pour
orner les divers trébuchets tendus à ces oiseaux, que le Niçois réserve toute son industrie, tous
ses efforts, c’est alors qu’on soigne, qu’on cultive les jardins.
Qu’ont-ils fait ? Ils se sont fait un hiver de l’été.
C’était hardi, mais le succès a pleinement couronné leurs efforts intelligents. Ils ont
réparé le tort qui leur avait été fait par la Providence ; ils ont déclaré n’accepter leur climat
que sous bénéfice d’inventaire et avec l’intention d’y annexer quelques perfectionnements. Ils
se sont insurgés contre la partialité de Dieu, ils ont conquis un hiver. Ils ont leur hiver comme
tout le monde.
Seulement, comme on ne peut appeler hiver une saison pleine de roses, d’oeillets et de
jasmins ; comme les mois de novembre, décembre, janvier, février, étaient pris d’avance par
une sorte de printemps ; comme mars, avril et mai voient encore des étrangers, - ils ont mis
l’hiver dans les mois de juin, juillet, août et septembre ; - ça ne fait que quatre mois, mais
qu’y faire ? Il y a des premières volées d’étrangers qui s’abattent sur Nice dès le mois
d’octobre. En attendant, on subit son hiver, - comme on lave son linge sale, - en famille.
Mai est à ses derniers jours et les jardins débordent de fleurs. Voilà le dernier étranger
parti ; il semble alors que la pièce est finie et que l’on baisse la toile. On coupe les fleurs qui
restent, on n’arrose plus, on taille très court les rosiers et les oeillets en même temps qu’on
serre le linge (la Biancheria) et l’argenterie. De l’eau à des fleurs ! Allons donc ! Nous n’en
aurions plus assez pour boire. Qui sait quand il pleuvra maintenant ! Il arrive parfois qu’un
oeillet rebelle, qu’un rosier anarchique s’avise de monter au bouton ; on le supprime en toute
hâte. Des fleurs l’été ! Pourquoi faire ? Gardez donc vos fleurs pour l’hiver. Est-ce qu’on
fleurit, l’été ? C’est commun, c’est paysan, c’est presque canaille.
Enfin, la mauvaise saison si laborieusement faite, se passe tant bien que mal, on s’est
préservé, tant qu’on l’a pu, du beau temps et des fleurs.
Le mois de septembre est fini, la belle saison revient avec le mois d’octobre. On
délivre la sève comprimée, réprimée, emprisonnée, on arrose les plantes, on leur permet de
fleurir ; bien plus, on les y engage. On sable les jardins, on ouvre les fenêtres, voilà la
mauvaise saison passée, voici l’hiver, Dieu soit loué ! Lâchez les fleurs.
Outre cet hiver général, appelé l’été par habitude, quelques habitants se font de petits
hivers particuliers, qu’ils commencent au printemps.
Par exemple, des étrangers qui habitaient une maison partent-ils dès le mois d’avril,
c’est le départ des hirondelles, c’est la mauvaise saison qui commence pour le propriétaire de
cette maison. Il plie immédiatement ses rideaux, il met les housses au jardin comme aux
fauteuils, il arrête le beau printemps comme un chef d’orchestre arrêterait ses musiciens, si le
public désertait tout à coup la salle. Le printemps ne peut pas se jouer devant les banquettes.
On coupe les thyrses des lilas qui allaient fleurir, il n’est pas rare que des lilas traités ainsi
fleurissent au mois de décembre, dans la belle saison, comme devraient toujours faire les lilas.
Quand on arrive à Nice, on croit, au premier abord, que les habitants sont de grands
amateurs de fleurs. On trouve dans les jardins de paysans et dans la campagne un grand
nombre de fleurs que nous cultivons en France avec beaucoup de soin, et souvent avec
beaucoup de peine dans nos parterres.
Ainsi des anémones doubles et simples, les hépatiques émaillent de leurs étoiles
écarlates, bleues et lilas, les versants des côtes. Les glaïeuls sont une mauvaise herbe dont on
chercherait à débarrasser les blés, si l’on était dans l’usage de sarcler. Des tulipes d’un rouge
de fer, qui, par une charmante harmonie, ont à la fois la forme et la couleur de la flamme ;
d’autres tulipes roses et blanches, des myrtes, etc., sont des plantes sauvages. Les grenadiers
et les rosiers forment des haies. Quand on parle de faire un jardin d’agrément, on dit : « il faut
ôter les orangers et les citronniers, c’est trop commun ». De loin en loin quelques palmiers se
dessinent en silhouette verte, mais ferme et nette sur le ciel limpide.
On se croit dans la situation de ce voyageur des contes arabes, qui arrive dans un pays
où les enfants jouent au palet, aux billes ou à la marelle avec des diamants, des rubis, des
émeraudes, des topazes, des améthystes, des diamants ronds ou aplatis. « Ce sont sans doute
les fils de quelque puissant roi », dit-il, et il s’incline avec respect. Les enfants se moquent de
lui, et bientôt il s’aperçoit que ces enfants ne sont que des gamins, comme les pierreries ne
sont que des cailloux de ce pays-là.
Le nombre des personnes qui s’occupent des fleurs est très restreint. Quand on a
découvert les roses, les violettes, les tubéreuses, les jasmins, le réséda, sont destinés aux
parfumeurs, cultivés par le paysan comme les choux et les tomates ; que les fleurs sont
cueillies chaque matin à peine entr’ouvertes, et que le propriétaire ou le promeneur voit
seulement celles qu’on a oubliées ou qui commencent à déplisser leurs pétales ; en un mot,
qu’il y a énormément de rosiers et peu de roses, le compte des vrais jardins n’est pas long à
faire ; faisons-le.
Quand on a cité la pittoresque villa de Saint-Vallier, appartenant à des Français,
comme l’indique surabondamment ce nom historique, où, au-dessus et au bord de la mer, on
trouve, sous un bois d’oliviers, un bosquet de camélias ; - le jardin du chevalier Lamarguerye,
Piémontais, qui a commencé à mettre à exécution l’intention d’en avoir une forêt ; - celui de
Monsieur Suziani, qui demeure, lui, dans un bois de rosiers bien choisis, dans un jardin qui a
été primitivement planté par un Français, mais qu’il enrichit chaque jour ; - ceux du comte et
de la comtesse Laurenti, qui prouvent qu’ils ont des fleurs en en donnant très généreusement ;
- le jardin Gastaud, où l’on se tient assez bien au courant des nouveautés ; - la magnifique
villa Bermond, à Saint-Etienne ; - puis, quand on a vu en passant sur la plage de la mer la
philosophique retraite pleine de roses du général Régis, et celle de Monsieur Ramorino, on
vous désigne encore deux amateurs de fleurs, un Anglais et un Français, qui, dit-on, sont fort
curieux et fort riches de belles plantes.
Tout porte à croire que Monsieur et Madame Dabbadie, l’un Américain, je crois,
l’autre Allemande, qui font bâtir un ravissant petit château sur la côte de Carabacel, ont trop
de goût pour ne pas vouloir remplir de belles fleurs le terrain qui entoure cette construction
élégante et poétique.
Un amateur distingué, mais amateur platonique, c’est le baron Prost, officier français
retiré à Nice depuis bien longtemps.
Monsieur Prost, membre de la Société d’horticulture de Paris, ayant des amis en
Angleterre, en Hollande, en Amérique et partout, en entretenant avec eux une correspondance
où l’horticulture n’est pas oubliée, demande et reçoit de belles plantes, des graines
précieuses ; mais il n’a pas le temps d’avoir un jardin. Le baron Prost s’occupe avec un égalsuccès de musique et de peinture. Depuis deux ans, il a étudié la médecine homéopathique, et
comme ses consultations sont gratuites, comme au besoin il ajoute sans augmentation de prix
les globules d’aconit ou de bryone ; c’est un des médecins les plus occupés. Notez que, doué
d’une merveilleuse facilité pour l’étude des langues, il les parle presque toutes avec une
aisance qui trompe agréablement les étrangers et leur rend sa société précieuse. On comprend
difficilement comment les vingt-quatre heures que lui donne chaque jour peuvent lui suffire
pour s’occuper encore d’observations scientifiques.
Le baron Prost n’a pas de jardin ; mais un jour la Princesse P, en se promenant l’hiver
dans son parterre, aperçoit avec admiration une plante nouvelle. De son côté, la comtesse…
trouve dans une partie déserte du sien une riche plate-bande qu’elle ne connaissait pas. On
s’informe, on questionne. On apprend qu’un homme s’est introduit clandestinement et a
planté sans rien dire ces richesses végétales : c’était le baron. On lui doit aussi l’introduction
de plusieurs belles plantes.
Une circonstance qui m’a beaucoup surpris, c’est de voir qu’au théâtre les femmes de
Nice n’ont que très rarement de fleurs, dans ce pays où ce n’est plus une flatterie
mythologique de dire qu’elles naissent sous leurs pas.
Est-ce qu’elles n’aiment pas les fleurs ? – Est-ce qu’on ne leur en donne pas ? – Est-ce
mauvais goût des hommes ? C’est une question que je n’ai pu encore résoudre. – Toujours
est-il que si vous voyez des femmes coiffées en fleurs naturelles ou portant de beaux
bouquets, vous pouvez être à peu près certain que ce sont des étrangères.
C’est ce qui explique qu’il n’y ait à Nice que trois cultivateurs de fleurs, dont deux
sont Français.
Il faut citer d’abord Monsieur Joseph Bresson, qui occupe un petit jardin et deux ou
trois serres avec ses enfants. Le père Bresson cultive avec placidité un certain nombre de
plantes auxquelles il est habitué et qui sont habituées à lui.
Il y a ensuite un nommé Marion, qui va en France chercher des plantes, et fait plus de
commission que de culture. – Je ne pense pas, du reste, qu’il doive contribuer beaucoup pour
sa part à répandre le goût des fleurs.
Mais il s’élève à Nice un établissement important, sérieux, et qui prendra d’ici à
quelque temps une des premières places dans les établissements européens destinés à
l’horticulture.
Monsieur le comte de Pierlas a consacré une très belle propriété et des capitaux
importants à la fondation de cet établissement, pour lequel il s’est associé un Français,
Monsieur Louis-Martin Joly, jardinier habile, instruit en horticulture et en beaucoup d’autres
choses, qui a acquis en peu de temps l’estime et la considération qu’il mérite.
L’établissement du Ray commence au point précis du perfectionnement où finissent
ceux qui l’ont précédé.
Ainsi on y trouve déjà des serres construites sur le plan de celles de mon célèbre ami
Van-Houtt, de Gand.
Monsieur le comte de Pierlas et Monsieur Martin Joly, ont d’abord fait venir de tous
les points les plus riches collections en tout genre, puis maintenant on multiplie, on sème et on
crée soi-même.
Ainsi, dès cette année, Monsieur Martin Joly a fait un semis de dahlias très heureux ; il
a bien voulu, en marque d’amitié, donner mon nom à un de ses grains.
Les chances d’avenir et de fortune que possède l’établissement du Ray, chances qui
doivent, habilement conduit comme il est, le porter au premier rang, consistent, selon moi, en
ceci. Le climat de Nice permet de cultiver et de multiplier à l’air libre presque toute la serre
tempérée de France, de Belgique et d’Angleterre. Ces conditions amèneront une économie
dans les frais de production qui rendra impossible, dans un temps donné, aux autres
établissements de lutter de bon marché avec lui. C’est encore un luxe qui se met à la portée de
tout le monde.
Je suis heureux de constater que les Français reconnaissent la très bonne et très
cordiale hospitalité que donne la ville de Nice à un grand nombre d’entre eux, et que, non
contents de prendre leur part des charmes de ce beau pays, ils contribuent encore à l’embellir.
Tu me demandes souvent, mon cher Léon, pourquoi je reste ici, c’est ici que je te
répondrai quand tu viendras m’y voir. Je me fie assez à ton amour intelligent de ce qui est
beau pour ne pas désespérer que tu oublies aussi de t’en aller, que tu t’acoquines dans ce pays
de printemps, et que tu remettes ton départ au lendemain, pendant une vingtaine d’années,
comme ont fait ici un certain nombre de gens qui sont venus y passer un mois, il y a quinze ou
vingt ans, et qui y sont encore.
http://www.cg06.fr/cms/cg06/upload/decouvrir-les-am/fr/files/dossier-peda-histoiredesjardins.pdf
Monday, 3 August 2009
Sunday, 1 March 2009
Les Palmiers et les grandes Plantes Ornamentales de Serre Froide
Les Palmiers Et Les Grandes Plantes Ornamentales De Serre
Froide ;
Par M. De Pl-ydÏ, de Mons (Belgique).
Si l'on remonte, dans l'histoire de l'horticulture moderne, à quelques dizaines d'années en arrière, on remarque que la serre froide était alors presque exclusivement réservée à la floriculture.
Il était à peu pies admis sans conteste que les plantes curieuses, officinales, que toutes celles à formes bizarres ou grandioses et franchement exotiques, devaient se cultiver en serre chaude. On le croyait d'autant plus aisément que la plupart étaient originaires de contrées dont le climat est, en général, fort chaud. S'il s'en rencontrait, dans le nombre, qui fussent provenues de régions plus tempérées, on les classait suivant leurs analogies de forme et de famille, sans tenir compte des circonstances de latitude et d'altitude qui devaient faire modifier cette première appréciation.
Peu à peu, cependant, une circonstance imprévue, un hasard, une heureuse imprudence, plus rarement des notions précises de géographie botanique, dont les cultivateurs s'occupaient trop peu, faisaient sortir quelques-unes de ces plantes de l'atmosphère tor- ride où on les avait détenues, et l'on s'apercevait avec étonnement qu'elles ne s'en portaient pas plus mal; mais que de temps, avant que l'expérience, réitérée dans de bonnes conditions, entrât dans Je domaine des faits acquis! El quand la rusticité de certaines grandes plantes ornementales était enfin établie, quel usage en pouvait-on faire parmi les collections de Pélargoniers, d'Ericacées, de Camellias, etc., où le pittoresque des dispositions et des formes végétales n'était compté pour rien?
Les grandes serres chaudes elles-mêmes, qu'un peu de goût transforme si aisément en des spécimens de forêls vierges, alignaient tristement, pour la plupart, leurs hôtes splendides et faisaient aussi de la floriculture, sans souei de la confusion des geu- res et des grands effets perdus.
Comment s'est opérée la révolution? En quelles circonstances les nobles représentants des forêts équatoriales, les Palmiers, les l'andanées, les Aroïdées, lesMelastomacëes, les Musacées, lesThéo- phrastées, les Fougères arborescentes ont-ils conquis le premier rang dans les serres chaudes, relégué la floriculture dans des serres spéciales et chassé sans appel les vieilleries dénuées d'intérêt? Quand les Yucca, les Agave, les Cactées, les Conifères, ont-ils pris une large place dans les serres froides, au détriment des plantes à fleur*? C'est ce que nous n'avons pis l'intention de rechercher. Constatons seulement que, même dans les serres froides, la place est conquise; que le beau est admis dorénavant partout, sans autre condition que d'être le beau, et que les amateurs se résignent fort aisément à voir leurs serres éternellement parées de nobles et imposants feuillages,'au heu d'attendre, une fois l'an, une floraison incertaine sur des arbustes passablement laids ou insignifiants le «este du temps.
Mais les familles ou les genres que nous venons de nommer.
joints aux ressources bien connues qu'offrent les Protéacées, les Berbéridées, etc., sont-ils les seuls où la serre froide puisse trouver les éléments de ses combinaisons pittoresques? Ces végétaux princiers, les Palmiers surtout, qui caractérisent tout particulièrement la flore des régions équatoriales, sont-ils à jamais et sans exception exclus de son domaine? Pour une serre chaude il y a vingt serres froides, et combien d'amateurs s'arrêtent avec admiration devant telle merveille de la végétation des tropiques, en songeant avec un serrement de cœur qu'il ne leur sera point donné de la posséder !
Peu à peu, les idées se modifient sur cette grave question. Des découvertes encore récentes ont montré des Palmiers, tantôt sous des latitudes imprévues, côte à côte des Acacia et des Epacridées, tantôt à des hauteurs peu éloignées de la région des neiges ! Là, comme ailleurs, la nature a ménagé les transitions en jetant au loin des chaînons qui rattachent entre elles les flores les plus disparates. C'est à nous de les découvrir et de nous les approprier pour en tirer des effets inattendus.
Certaines plantes, placées par la nature aux conQns de la zone inlertropicale et exposées là à des extrêmes de froid et de chaud, ont été pourvues d'un tempérament approprié, peu sensible aux froids de l'hiver, pourvu qu'elles aient été mûries, aoûtées par une haute température d'été. D'autres, même confinées entre les tropiques, n'en sont pas moins douées d'une grande élasticité de constitution qui permet de les cultiver en hiver, presque sans chaleur artificielle. Combien d'arbres des régions chnudes de l'Inde, du Brésil etc., ont passé de la serre chaude dans nos orangeries sans autre dommage que d'y perdre, cinq mois de l'armée, tout ou partie de leurs feuilles !
Quelle est, maintenant, la part que peut revendiquer la serre froide dans l'innombrable variété des plantes ornementales, principalement des Palmiers, des Cycadées, des Fougères arborescentes, des Dracénées et, en général de ces grands végétaux dont la forme n'a point d'analogues dans nos régions septentrionales et dont le seul aspect nous rappelle la zone dquatoriale et ses forets impénétrables ?
Une-sècheénumération d'espèces n'en dirait pas assez. Le nombre
de eelies qui sont incontestablement acquises à la serre froide n'est pas considérable, mais il s'accroît d'année en année. Il reste à faire beaucoup d'importations; nombre de Palmiers très-désirables ne sont connus que des botanistes, ou tout au plus introduits en exemplaires très-rares et de haute valeur. Des découvertes nouvelles sont, d'ailleurs, plus que probables. D'autre part_, des essais nombreux sont nécessaires pour établir le plus ou moins de possibilité d'hiverner en serre froide une foule d'espèces des hautes ou moyennes régions ou de celles qui croissent aux confins de la zone intertropicale. Ces essais sont entourés d'obstacles : la rareté des sujets, d'abord, et leur valeur élevée, ensuite le peu de zèle des amateurs, qui, d'ailleurs, n'ont pas toujours les connaissances et l'esprit d'observation qu'il faudrait. Tentés au hasard, sans discernement, et poursuivis dans de mauvaises conditions, ils peuvent compromettre le progrès.
Il importe donc, d'abord, d'enregistrer les conquêtes réalisées jusqu'à ce jour, ensuite d'étudier ce que nous pouvons raisonnablement attendre ou espérer, eu égard aux notions géographiques et climatériques que nous possédons. Enfin, de ces notions, jointes à l'expérience acquise, nous aurons à déduire un système de culture rationnelle, non point purement spéculatif et conjectural, ruais confirmé déjà par de nombreux et importants succès.
Les plantes de serre froide, celles qui n'exigent de chaleur hivernale que 2 ou 'J degrés au-dessus du point de congélation, se rencontrent, au niveau des mers, presque aussitôt qu'on a franchi les tropiques, mais surtout vers le 30e degré de latitude nord et sud, et jusque vers le 40e ou au delà. Ces limites varient en raison de diverses circonstances.
La végétation de cette zone a des formes qui lui sont propres: les grands végétaux monocotyledonés , avec leur feuillage immense, qui frappent d'étonnement sous l'équateur, lui manquent à peu près complètement. Néanmoins certaines familles essentiellement équatoriales, les Palmiers notamment, y sont représentés par un petit nombre d'espèces, de plus eu plus clair-semées à mesure qu'où s'éloigne du tropique, et de taille généralement très- réduite. Ainsi, dans l'hémisphère nord, le Palmier nain d'Afrique (t'hamœrops Awniiis) se trouve spontané jusque vers le 4Q* degré et résiste sans soins sons le site exceptionnel de Nice ou d'Hyères, vers le 43*. Le Dattier (Phœnix dactylifera), plus méridional, s'étend cependant jusqu'au nord de l'Atlas, sous le 35* degré, et se cultive lant bien que mal h Nice. Un autre Chamœrops, nain comme le premier, croît dans l'Amérique nord jusqu'en Caroline, sous le 35e degré, où il brave les gelées passagères de l'hiver; c'est le Ch. Palmetto. Le Chamœrops ffystrix, plus élevé, se trouve en Géorgie, un peu plus au sud ; enfin le Sabal Adansonii, espèce acaule, à fc.uillage également palmé, est à peu près des mêmes contrées.
Les Chamcerops humilis, Palmetto et surtout Hystrix,soal de très- belles plantes, à frondes palmées, très-Qiïginales, et même les deux premières, qui atteignent, dans nos orangeries, 5 mètres et plus de hauteur, sont alors hautement ornementales. Le Sabal Adansonii ne compense pas son défaut de tige par une sollisante ampleur de feuillage. Tous s'arrangent parfaitement de la serre froide, et les deux premiers, au besoin, de l'orangerie. Le Phœnix dactylifera. est moins rustique et réclame la serre tempérée'.
Le Mexique doit renfermer, dans les forêts sans fin de ses provinces septentrionales, d'autres Palmiers demi-rustiques; mais on sait peu de chose de ces contrées quasi désertes et trop rarement explorées. Nous verrons plus loin quelles ressources nous offrent dès à présent les hauts plateaux de ses provinces intertropicales.
C'est à l'extrême Orient, en Chine et au Japon, que nous retrouvons le genre Chamœrcps, le plus septentrional de tous, aventurant une espèce de taille moyenne et d'un port excellent (Ch. Fortunei ou Ch. sinensis), jusque dans les lieux où il gèle à 10 ou 12 degrés! Celle-ci est tellement rustique qu'où l'essaie en plein air, même en Belgique. Le Ch. exceha, de la Chine et du Japon, est fort voisin du précédent, sinon tout à fait identique. Ou cite encore un Chamœropsân Népaul, non introduit ici.
Le Japon nous offre encore le genre Rhapis, peu élevé, à tiges minces, frondes digitées, port gracieux. Le Ii. flabelliformis passe en serre froide sans être bien rustique. Les Ii. Kwannoivsik et Sierolsik demeurent rares et sont peu éprouvés; mais nul doute qu'ils n'appartiennent à la serre froide.
Le sud de la Chine a donné naissance à un admirable Palmier, le Livistona sinemis, connu aussi sous le nom deLalania borbonica, et qui se retrouve, en effet, à l'île Bourbon. Ce Livistona ne le cède, ni pour la grâce de son port ni pour l'ampleur de ses feuilles en ombrelles, à presque aucun de ses congénères équatoriaux. Il passe parfaitement en serre froide, ne paraît y souffrir nullement de l'hiver, et peut être considéré comme une de nos plus précieuses conquêtes.
Cet exemple nous porte plus que jamais à penser que les contrés juxtatropicales, outre les espèces inconnues que nous réservent le sud de la Chine, le nord de l'Inde, etc., doivent en avoir produit bon nombre, même parmi celles que l'on tient dans nos serres chaudes, qui ne seraient pas plus sensibles au froid que le Latania borbonica. Nous sommes, à cet égard, encore réduits aui conjectures; mais quand on songe que, dans les plaines de l'Inde, il se forme de la glace, la nuit, à fleur du sol; que le morne phénomène ou du moins un extrême abaissement de la température se manifeste dans la région des Palmiers, au Mexique et dans toute l'Amérique intertropicale; quand on lit qu'àlaNouvelle-Hollande, sous le 27e degré sud, c'est-à-dire à la limite delà région chaude, il gèle parfois le matin à 8 ou \ 0 degrés centigrades, tandis que le jour a des chaleurs de + 23 ù ?!j; quand on se représente enfin que ces extrêmes de froid et de chaud sont plus ou moins communs aux contrées limitrophes de la zone tropicale, contrées où les Palmiers croissent encore, quoique en nombre restreint, on ne peut s'empêcher de croire que le plus grand nombre de ces beaux arbres sont bien moins frileux qu'on ne le pense et souffrent plus qu'ils ne profitent d'une continuelle réclusion en serre chaude.
Nous allons, maintenant, nous occuper de l'hémisphère sud. Les îles méridionales de l'océan Pacifique doivent, suivant toute apparence, nous réserver quelques surprises. Sur le continent d'Amérique, le Chili s'offre le premier à notre attention avec souJu- bcea gpectabilis (Cocos ou Molinœa chilensis), distingué, de très- haute taille, à frondes ailées, rustique au point de braver plusieurs degrés de gelée.
Il est à présumer que, sur d'autres points du Chili méridional,on trouverait d'autres Palmiers également peu frileux; mais les renseignements et les expériences manquent. Nous ne sommes pas mieux renseignés sur les espèces propres au Paraguay, au pîateau de Tucoman, à la province de Corrientes et à d'autres da centre tempéré de l'Amérique méridionale; nous les indiquons seulement comme des mines à exploiter. Dans les Pampas, on signale le charmant Cocos australis (Diplothemium campestre), toujours assez rare en Europe. La province brésilienne de Sainte-Catherine, située entre le î6e et le 29e degré, ne promet pas seulement des richesses; nous tenons de l'amitié de M. Linden, parmi d'autres belles espèces, objets de nos essais, un superbe Cocotier de cette province, C'ocos Homanzoffii,qm s'est comporté parfaitement en serre froide.
Le sud de l'Afrique produit beaucoup moins de Palmiers que de Cycadées, famille \oisine dont nous parlerons plus loin. Le beau Pliœnix reclinata, cependant, appartient à l'Afrique australe, et, comme on devait s'y attendre, il passe en serre froide, où il devient éminemment ornemental.
Mentionnons, en passant, \-a pointe sud de la grande île de Madagascar et ses plateaux intérieurs, riches contrées à explorer, et arrivons aux grandes îles de l'Australie anglaise, celle providence des amateurs. Rien d'étonnant que le nord de la Nouvelle-Hollande, qui se présente vers le 12e degré, renferme des Palmiers et toute une végétation analogue à celle des Moluques; mais que des familles propres aux régions équatoriales y soient représ3ntées Lien au sud du tropique par des espèces aussi nombreuses que brillantes ; que, bien plus, ces espèces ou d'autres des mêmes genres se retrouvent encore à Van Diemen et à la Nouvelle Zélande, au delà du 40e degré sud, c'est là une circonstance exceptionnellement heureuse pour l'horticulture et dont on est loin encore d'avoir tiré tout le parti désirable.
Les Palmiers introduits de l'Australie sont principalement : Livistona (Corypha) avstralis, de la Nouvelle-Hollande occidentale, grande espèce à frondes en éventail et à pétioles épineux, tout à fait de premier ordre; son introduction en serre froide ne fait plus de doute; le Livistona humilia, moins brillant,est encore très-digne d'intérêt; Kentia sapida (Areca) de la Nouvelle-Zélande,' le plus rustique de tous, supportant sous son ciel natal la neige et la gelée; acaule, du reste, élégant et ornemental par ses jolies frondes pennées; Kentia robusta (Seafort/lia), même pairie, mais dans de
larges et magnifiques proportions, tige élevée, Ires-beau et rare; Seaforthia elegam, bel arbre à haute tige, affectant, comme les deui précédentes espèces, le faciès du genre tropical Areoa; Seaforthia gracilis, non moins recommaudable et plus raie. Tous sont bien et . dûment acquis à la serre froide.
Jusqu'ici nous avons presque exclusivement énuméré les Palmiers appartenant, par la latitude de leur lieu d'origine, à la zone tempérée. Ce sont, en général, les plus robustes, ceux qui s'accommodent le plus sûrement des froidures prolongées de nos hivers ; maintenant nous avons à rappeler qu'en outre des régions lenipéréesà raison de leur latitude, il y a, enlre les tropiques, sous l'équateur même, des montagnes, de vastes plateaux, tempérés et même froids et très-froids à raison de leur altitude, c'est-à-dire de la hauteur absolue des lieux. On sait que la température moyenne décroît d'un degré centigrade pour environ 180 mètres d'élévation au-deêsus de l'Océan ; si elle est, sous l'équaleur, de 28 degrés au niveau des mers, elle sera de 27° à 4 80 mètres au-dessus, de 18* seulement à 1,800 mètres, et de i I ° et une fraction à 3,000 mètres. Or, jusqu'à 3,000 et 3,bOO mètres d'altitude, on trouve, dans toute la zone équatoriale, des Palmiers qui bravent là un climat rude, à peine tempéré le jour, d'un froid glacial la nuit; à 3,500 mètres commencent les neiges. Le nombre de ces Palmiers de la tem froide n'est pas bien grand, il est vrai; nous sommes loin, d'aih leurs, de les posséder tous ; mais nous avons en outre, au moins comme sujets d'expérience, tous ceux qui atteignent, sans la dépasser, la limite extrême de la région tempérée et qui, exposés à des variations brusques, sous un ciel déjà inclément, doivent être doués d'une constitution des moins frileuses. /
Aucune règle précise ne peut nous guider dans ces recherches. Les espèces qui préfèrent les stations les plus élevées seront probablement de serre froide ; mais à ces hauteurs où la pression atmosphérique est sensiblement diminuée, où l'air est raréfié et d'une grande pureté, où la violence des vents, la non-réverbération des rayons solaires, etc., créent un climat sans analogie possible avec celui de nos serres, il s'élève une végétation d'une constitution toute spéciale et fort difficile souvent à transporter ailleurs. Il faut donc expérimenter et le faire avec intelligence ; quelques témérités même ne seront pas de trop, et les échecs devront être soigneusement notés.
Parmi les Palmiers des hautes régions, qui se sont parfaitement comportés en serre froide, nous devons mentionner avant tout le genreBrahea,dont les frondes palmées, luisantes, onttme grâce infinie.Le Brahea dulcis, des Andes, du Pérou, etc ; le B. conduplicata, qui croit au Mexique, dansles forêts de pins;.le //. nitida des mêmes régions, etc., sont bien des.plantes de serre froide et des meilleures. Nous avons pu, grâce à M. Linden, essayer la dernière avec un plein succès. Nous avons échoué avec VEnttrpe edulis, de la région tempérée, sans que nous paissions affirmer que la mort de cette espèce soit due exclusivement au froid. On comprend que la porte d'une toute jeune plante puisse tenir à quelque imprudence et qu'un échec unique ne soit pas très-concluant.
Après les Brahea, nul Palmier ne nous paraît devoir mieux réussir en serre froide que le magnifique Cercxylonandicola, piaule éminemment robuste, qu'oïl trouve en abondance entre 2,300 et 3,500 mètres d'altitude, sous une température moyenne de 8 à 14 degrés! Il y a d'autres Ceroxylm et des genres voisins qui se prêteraient aux essais, sans la rareté des sujets. Le Chamœdm;ea glaucifolia, jolie espèce, croît dans la région des Pins, probablement vers 2,500 à 3,000 mètres; l'Oreodoxa frigida s'élève jusqu'à 2,800 mètres, où il subit des minima de température de 5 degrés. On peut encore chercher dans les genres Astrocaryum, Chamœdarea, Cocos, Eutcrpe, Geonoma, Oreodoxa, Sabal, etc.
Le versant méridional de l'Himalaya, les montagnes de la Chine méridionale, de Java, de Sumatra, de Bornéo, des Philippines, d.es Moluques, etc., ont certainement de nombreux Palmiers propres à la serre froide; mais nous en possédons très-peu, et les autres sont ou inconnus ou à peine étudiés par les botaniste*. Nous avons déjà mentionné le beau Livislona sinensis; nous voudrions voir essayer aussi le Corypha Gebanga des Moluques. On peut compter sur l'Arecahumilis, croissant à î,700 mètres dans les montagnes de Java, parmi les Chênes; mieux encore sur l'admirable Chamœ- rops Khasyani (tomentosa, Martiana), Tune des plus gracieuses plantes qui existent; celui-ci croît tout au nord de l'Inde, vers le Népaul, à 2,600 mètres d'altitude, sur un sol que la neige couvre quatre ou cinq mois de Tannée! Dans les mêmes régions qjue ce Chamœrops croissent le Phœnix humilis (acaidis), à l'altitude de plus de 2,000 mètres, Phœnix sylvestris, à 4,700 mètres, Walli- chia oblongifotia, espèce acaule, à plus de 1,300 mètres; ce n'est pas trop présumer que de les compter parmi les espèces de serre froide.
Mentionnons encore, mais seulement comme sujets d'études et d'expériences : Borassus flabellitormis, qui s'étend au sud jusqu'au 30e degré; Calamus equestris et Caryota milis,qui passent, dit-on, de rudes hivers en Provence et à Nice, et d'autres espèces des genres Areca, Corypha, Latania, Livistona, Phœnix, Seaforthia et Wallichia; on voit qu'il y a de la marge.
En résumé, 25 Palmiers au moins sont indubitablement acquis à la serre froide; une dizaine d'autres n'attendent que l'épreuve décisive. Quant au reste, le temps et des introductions nouvelles nous réservent des richesses impossibles à prévoir.
Après la grande famille des Palmiers, il nous faut citer celle des Cycadves, moins imposante de taille, mais plus originale encore et d'aussi grande valeur ornementale. Les Cycadées, malheureusement, sont de croissance très-lente; leur lige ne se forme qu'après une longue série d'années, et, pour les avoir dans toute leur majesté, il faut les recevoir du pays natal. Les petits exemplaires sont loin, d'ailleurs, d'être sans mérite; ils ont de la grâce et de l'originalité, et leur valeur s'accroit entre les mains du cultivateur intelligent.
Les genres Zamia et Çeratozamia sont à peu près les seuls de la famille qui ne franchissent pas la zone chaude ou tempérée; dans les Cycas, le circinalis et peut-être les inermis et Rumphii, se refusent à la culture de serre froide; mais le Cycas revoluta da Japon, au contraire, brave le froiJ et même la gelée, aussi bien que le Dioon edule du Mexique, autre fort belle plante, très-digne d'attention. Les Encephalartos et Stangeria du sud de l'Afrique, de forme admirable, ainsi que les Macrozamia, Çeratozamia et Cala- kidozamia d'Australie, tous alliés de près, tous très-distingués, sont très-probablement de serre froide; il est prudent, toutefois, de n'y risquer que des exemplaires de peu de valeur. Les lieux de leur origine, soumis à de fortes chaleurs estivales, ont aussi, en hiver;
des froids vifs mais passagers. Ce ne sera donc pas un abaissement momentané du thermomètre, même jusqu'à zéro, qui leur sera fatal, mais bien la continuité d'une température basse, surtout
avec humidité et sans soleil.
(la suite au prochain numéro.)
Les Palmiers Et Les Grandes Plantes Ornementales De Serre
Froide; ' :l ' ...:/.
Par M. ,de Piitdt, de Mods {[Belgique). 2e article. (Voirie Journal, l. IX, 4863, pp. 687-697).
Les Cycadées ont été considérées, en raison de leur port, mais non de leurs caractères, comme une forme de transition entre les Palmiers et les Fougères. Quoi qu'il en soit, cette dernière famille, l'une des plus considérables, est maintenant fort recherchée, mais surtout pour la serre chaude ou plutôt tempérée. Nous sommes convaincu que les Fougères exigeant impérieusement la serre chaude sont en nombre très-restreint, tandis que la quantité de celles qui se contentent d'une serre froide bien conduite est considérable. Nos renseignements, sur ce point, concordent avec notre expérience.
Nous trouvons, dans le beau mémoire de Maertens et Galeotti ; sur les Fougères du Mexique, que c'est surtout dans la région tempérée et dans la partie de la zone froide qui la suit immédiatement, depuis 3000 jusqu'à 8 à 40 mille pieds (IOOO à 2700 ou 3300 nîèt.) c'est-à-dire jusque sur des sommitésd'un climat constamment: âpre et glacial, que se rencontre l'immense majorité des Fougères mexicaines.
Il n'entre pas dans notre cadre de traiter des Fougères traçantes onjacaules; nous voulons seulement insister sur la très-grande importance des Fougères arborescentes comme plantes d'ornement de serre froide. D'après le mémoire que nous venons de citer, ces Fougères se rencontrent au Mexique entre 1200 et 2000 mètres d'altitude. Vers cette dernière limite commencent les bois de Pins et les Ericacées, c'est-à-dire la région froide, quasi alpine; le climat 7 est déjà sévère; la température moyenne n'y atteint que 45 degrés. Or, pour apprécier l'étendue des conquêtes promises à la serre froide, disons que YAlsophila pruinata (Lophosoria), qu'on range sans hésitation parmi les plantes de serre froide, occupe an Mexique une bande étroite, entre 1100 ou 1200 mètres au minimum et 1350 mètres au plus haut, c'est-à-dire dans la position la plus chaude de la zone des Fougères en arbre.
Ce n'est pas non plus vers l'Equateur que ces magnifiques plantes sont réunies en grand nombre, mais bien vers les tropiques et an- delà. Nous avons sur ce fait le témoignage de notre savant ami M. J. Linden, et en général, de ceux qui, comme lui, ont-beaucoup vu et observé avec intelligence. Les découvertes faites en Australie et surtout à la Nouvelle-Zélande ont étendu bien loin sous le ciel austral la patrie des plus brillantes Fougères arborescentes. Il ne reste aucun doute sur la parfaite rusticité (en serre froide) des admirables espèces australiennes; citons YAlsophila australis, si majestueux et d'une vigueur de végétation incroyable, lorsqu'on lui prodigue (en été du moins) l'eau et la nourriture; Y Al. excelsa, des mêmes régions, moins répandue; le Balantium antarcticum, dont on a des exemplaires à très-hautes tiges bien droites, couronnées de frondes amples et élégantes ; les Dicksonia fibrosa et squarrosa de la Nouvelle-Zélande, très-rares encore et d'une beauté hors ligne; les Cyathea, surtout C. dealbata, si recherchée et si brillante, avec ses grandes frondes à revers blancs, et C. medullaris dont le tronc et les rachis sont revêtus de paillettes noires; puis \eLomaria cycadi- folia, d'une gracieuse originalité; le Lomaria discolor, jolie espèce, enfin les Todea d'un faciès tout particulier, T. australis, T. hyme- nophylloidet à frondes translucides et des plus curieuses. Mention-
nons encore, mais pour mémoire, le gigantesque Angiopteris ausiralis, haute nouveauté de premier ordre, provenant de la Nouvelle-Zélande.
Il faut joindre à ces richesses des îles australes les espèces américaines : Alsophila ornata, de Sainte-Catherine, A. pruinata du Mexique, A. Warsceiciczii, etc., toutes magnifiques et éprouvées en serre froide; A. gigautea, d'Assam, rare et imposante; Cibotium glaucescens, des Philippines; Balaittium Cul ci ta qu'on trouve aussi à Madère; B. JCarstenianum, Sellawianum ; Cyathea Beirichiana du Bsésil austral, peutrètre le C. funebris de la Nouvelle- Calédonie, etc., etc. Les IHechnum corcovadense et riograndense, peu élevés, à feuillage pinnatifide, bien inférieurs aux précédentes espèces, ne sont cependant pas moins de belles plantes qui se mêlent bien aux autres formes, et ne craignent pas le soleil d'été, non plus qu'un froid modéré en hiver. Citons encore l'Hemitelia capensis et d'autres probablement, qui ont leur mérite, et le joli Lomaria mayellanica, à frondes pinnatifides, tout ce qu'il y a de moins frileux. Enfin mentionnons une espèce non arborescente, mais à frondes de dimensions colossales : l'Angiopteris australis, de la Nouvelle-Zélande, nouveauté de premier ordre. Nous avons échoué à peu près complètement dans un essai fait sur le Cibotium Princeps, l'une des Fougères les plus majestueuses, mais originaire de la région chaude.
Il est inutile d'insister sur l'immense valeur de ce contingent de Fougères en arbre, suffisant pour peupler les plus magnifiques serres froides et pour leur imprimer une physionomie de grandeur sauvage impossible à dépasser.
Il nous reste à parler du groupe des Dracœnces, à tiges simples, droites, garnies et couronnées régulièrement de longues feuilles gladiées, rarement pétiolées, et offrant un ensemble à la fois très-élégant et tout à fait exotique. Les premières espèces cultivées l'ont été en serre chaude, d'où quelques-unes sont sorties pour passer en serre froide où elles se comportent bien. Mais l'importance de ce groupe est surtout, pour nous, dans les espèces australiennes. La Nouvelle-Hollande et, particulièrement, la Nouvelle-Zélande, nous ont révélé d'admirables plantes dans les genres Cordyline et Dracœnopsis* Le Cordyline indivùa, la plus remarquable de toutes par la nuance nouvelle de son feuillage ligné d'orange, est malheureusement très-délicat; mais les beaux C. australis et cannœfolia sont à la fois des plantes de choix et des espèces très-robustes. Le flracœnopsis indivisa et ses variétés : lineata, Veitehii, sout du plus beau port et très- rustiques. Citons encore au même rang le Dracœna Banian et la var. erythrorachis. Le contraste de leurs feuilles entières et de leur forme compacte avec les mille découpures de nos Fougères, est d'un effet ravissant dans nos serres. Enfin n'oublions pas nne Pandanée très-remarquable, le Freycinetia Banksii qui vient de nous arriver de la Nouvelle-Zélande.
Nous ne voulons pas pousser plus loin cette revue ; ajoutons cependant qu'en joignant à ces richesses nouvelles celles de premier ordre que nous devons déjà aux genres Agave, Aralia, Banksia, ûonapariea, Beaucarnea, Dryandra, Ficus, Hechtia, la- matia, Grevillea, Mahonia, Protea, Tesludinaria, Xanthorrhaa, Yucca, aux Conifères, aux Cactées, aux grandes Aloinées, etc., nous pouvons composer d'immenses collections de culture facile, exigean t au pi us 3 degrés centi grades au-dessus de zéro en hiver, c'est- à-dire vingt nuits dechauffage, en moyenne, sous le climat de la Belgique, et capables de lutter sans nul désavantage avec tout ce que tes grandes serres chaudes peuvent réunir de raretés équatoriales.
Culture spéciale.
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Les grands végétaux que nous venons de passer en revue ne peuvent, on le conçoit, se cultiver comme les modestes Légumineuses de l'Australie ni comme les Azalea, les Pelargonium, etc. Ici, on vise à obtenir une floraison abondante ; là on a surtout besoin de développer un large feuillage, régulier, exempt de défauts, bien vert. Les grandes Mouocotylédonées ont, la plupart, une croissance rapide, au moins quand elles arrivent à l'âge adulte. Elles émettent de vigoureuses racines qui s'enfoncent profondément. Les Dracœnopsis auslraliselindivisa, par exemple, livrés à la pleine terre du jardin pendant 4 à 5 mois d'été, y acquièrentdes proportions et une ampleur de feuillage que la culture en pots voudrait en vain leur donner. On ne peut traiter de même toutes les
Dracaenées, ni les Palmiers ni les grandes Fougères ; mais c'est une indication utile. Voici ce que l'expérience nous a enseigné quant aux Palmiers, et ces notions sont applicables dans une certaine mesure aux Fougères et à bien d'autres grandes plantes : Lorsqu'ils sont lout petits, c'est-à-dire à leur première année de semis, on les tient dans des pots étroils, en terre de bruyère pure, et on continue à les laisser un peu serrés jusqu'après la seconde année. Quand leurs feuilles, jusque-là simples et dressées, commencent à se diviser et à prendre leurs caractères propres, on leur donne plus d'espace et de nourriture, et s'ils croissent vigoureusement, on peut leur donner deux dépotages, l'un au printemps et l'autre en été. Tant qu'il fait chaud, on ne ménage pas l'eau; en hiver, au contraire, on n'arrose que pour le strict besoin. Quand les plantes, complètement adultes, ont pris toute leur forme et étalent leurs frondes, il est très-souvent bon de mêler''un peu d'argile douce avec la terre de bruyère. ' ' *' ^ '' " %1 '
Les Palmiers aiment une atmosphère humide et l'ombre, mais non l'humidité excessive et stagnante, qui détermine là moisissure et vicie l'air, ni l'ombre épaisse qui, sous prétexte de rompre les rayons du soleil, supprime la lumière. Toutes lès-plantes tropi' cales, sans même en excepter les Orchidées et les Fougères, se plaisent dans une serre bien éclairée, et il importe, en ombrageant, de ne pas dépasser la limite; c'est là un point délicat. Quand les plantes s'étiolent, poussent maigrement et inclinent obstinément leurs feuilles vers la lumière, c'est un indice qu'elles veulent vivre plus à découvert. Si, au contraire, elles jaunissent, ne font que des feuilles trop courtes et rares, il faut essayer de plus d'ombre et de moiteur. Le tempérament des Fougères est fort dissemblable. Quelques-unes croissent naturellement en plein soleil, sur les rochers nus; le plus grand nombre sous l'ombre de forêts épaisses, au bord des ruisseaux ou dans des lieux humides. On ne peut que difficilement être renseigné sur ces circonstances ; mais, en général, les Fougères ont ce grand mérite qu'elles croissent eu terre d'une manière très-normale, sous l'ombre des grandes plantes, et occupent ainsi des emplacements qui, sans elles, demeureraient vides. Cette observation n'est plus exacte quant aux grandes espèces arborescentes qui devront être tenues à découvert, sous un ombrage modéré. On les conservera toujours en terre de bruyère pure, san* mélange d'autre terre.
Les Dracaenées, sauf le Cordylitu; indivita, sont robustes et faciles ; elles supportent le chaud et le froid, l'humidité et la sécheresse, sans grand dommage ; mais pour que le feuillage ait toute sa beauté, il faut les dépoter à propos, les arroser assez largement et leur éviter les coups de soleil dans la serre.
Lorsqu'on dépote les Palmiers et les Dracœna, même déjà forte) on retranche rarement les vieilles racines, à moins qu'elles ne soient mortes ou fort malades ; on le pourrait faire sans grand danger, mais au risque de retarder pour longtemps leur croissance. Au contraire, il est sans inconvénient et presque toujours avantageai, en rempotant les Fougères adultes, de couper toutes les racines enchevêtrées à l'extérieur, et même de rabattre un ou deux pouces de terre tout autour de la motte.
Nous n'insistons pas sur les autres détails de ces cultures bien connues ; ce qui doit nous arrêter davantage, c'est la conduite de la serre où elles se pratiquent.
Il est entendu que nos plantes se conservent bien l'hiver dans une serre tenue à + 3° cent, au minimum. Due bonne partie d'entre elles, toutes celles de la Nouvelle-Zélande, d'autres que non» avons signalées, se contenteraient d'être préservées de la gelée tout au plus; mais le minimum que nous indiquons a le mérite de convenir à un très-grand nouibre d'espèces, de ne point provoquai de végétation intempestive, même chez les plantes de serre froide usuelle qu'on voudrait cultiver simultanément; enfin ces trois degrés de cbaleur sont on ne peut plus faciles à conserver dans une serre bien construite.
La serre devra être bien exposée, et quand, en hiver, le soleil y élèvera la température à 15 ou 20 degrés pour quelques heures, œ sera un bien. En cela, nous nous écartons du traitement ordinaire de la serre froide. On ne prodiguera pas non plus la ventilation, et il sera sage de n'ouvrir les châssis à portée de nos plantes d'ornement que lorsque la température extérieure s'élèvera à 7 ou 8 degrés. On tiendra l'air de la serre un peu moite dans les moments de chaleur, mais sec durant le froid. S'il survenait excès d'humidité et qu'on ne put ventiler, il faudrait faire un peu de feu.
Le soin principal, celui qui distingue notre culture spéciale (les Camellia, et pas mal d'autres plantes s'en accommodent fort bien), doit être de prolonger la bonne saison, celle où la végétation demeure active, aussi longtemps que possible. On commencera de bonne heure, dès septembre et octobre, à fermer la serre la nuit et à l'ouvrir seulement quand la journée sera bonne. On la couvrira dans les nuits froides, et il serait prudent de combattre par un peu de feu les gelées précoces qui viennent parfois, en octobre, interrompre les derniers beaux jours. Ce n'est pas le froid d'une nuit ou deux qui peutnuire à nos plantes, c'est la prolongation pendant quatre et cinq mois d'un repos forcé, compliqué d'humidité et de manque de soleil. C'est pourquoi nous pensons, après expérience, qu'un excès passager de chaleur, dans les journées claires d'hiver, ne peut que les raviver.
A l'appui de ce que nous avançons, nous devons citer cette particularité fort importante que les plantes de la région chaude ou tempérée sur lesquelles nos essais ont échoué, s'étaient fort bien comportées et avaient conservé toutes les apparences de bonne santé jusqu'au commencement de janvier. Ce n'est qu'après deux mois ou deux mois et demi d'un automne froid et brumeux et d'un hiver sans soleil, que le dépérissement a commencé.
Une fois novembre venu avec les brouillards, les froids permanents et la lumière d'hiver, il faut s'y résigner franchement, admettre le repos de la végétation comme règle, ne chauffer que pour maintenir Je minimum de trois degrés, ventiler modérément, arroser peu, ne seringuer point, éviter la moisissure des feuilles et la pourriture des racines comme le danger le plus sérieux de la saison. Avec ces précautions, la végétation demeurera fraîche, et l'aspect de notre serre sera plus satisfaisant que celui de bien des serres chaudes.
Dès le milieu de février, on rentre dans la période végétative ; on ferme la serre quand le soleil luitjon aère seulement en temps un peu tiède ; puis on augmente les arrosements et on recommence à seringuer dès qu'on en voit l'utilité, mais le jour seulement et au soleil d'abord. On ombrage très-légèrement en mars, davantage ensuite pour passer l'été. S'il survient des refroidissements tardifs qui pourraient interrompre la végétation commencée, des couvertures et même un peu de feu la nuit seront opportuns.
Nous voilà arrivés à la saison où l'on retire les plantes delà serre froide ; quelques Dracœna, ceux dont le vent ne détériore pas le feuillage, pourront aller dehors, même en pleine terre, dès les premiers jours de mai. A la rigueur, toutes les plantes dont nous nous occupons y vivraient dès lors, à exposition convenable ; mais il ne suffit pas qu'elles vivent.
Les grandes Fougères en arbre ne peuvent être abandonnées au grand air en aucune saison, non à cause du froid, mais parce que les coups de vent, même modérés, brisent leurs immenses frondes et les dépouillent ainsi de leur magnifique parure. Notre atmosphère d'été est, d'ailleurs, trop sujette aux excès de chaleursèche. Il leur faut donc la serre toute l'année. , , .
Les Palmiers ont les frondes plus coriaces, mais, néanmoins, sujettes à se tordre et à se détériorer au vent. Le soleil les brûle, les pluies froides et prolongées pourrissent les racines et interrompent la végétation ; la pousse se fait irrégulièrement ; elle prend une teinte jaune et un air souffreteux. Laissés au grand air tont l'été, les Palmiers, en général, n'ont pas aoûté leurs frondes nouvelles quand vient l'hiver, et leur feuillage est étriqué, sauf celui de trois ou quatre espèces exceptionnellement rustiques (Chamœ- ropshumilis et sinensis, Jubœa spectabilis). Pour les avoir dans toute leur beauté, on doit aussi leur donner la serre toute l'année.
Quant aux Dracaenées, elles participent de ce tempérament, mais à des degrés fort différents.
En résumé, les Palmiers, les Fougères arborescentes et beaucoup d'autres grandes plantes ornementales de serre froide en hiver, sont de serre tempérée en été. Mais « qu'est-ce qu'une serre froide » que l'on tient fermée pendant l'été, si ce n'est une véritable serre » chaude ou tempérée? » Cette observation, que le savant directeur de la Flore des serres et jardins de l'Europe a publiée à propos des Gesnériacées, trouve ici une nouvelle et plus large implication. Il est indubitable qu'un nombre immense de plantes, et des plus belles, se contenteraient de la serre froide en hiver, à la condition d'obtenir, en été, assez de chaleur pour faire leur pousse et la bien aoùter, à condition de passer l'été en serre tempérée. Voilà tout le secret.
Mais, dira-t-on, vous nous promettiez des plantes deserrefroide! — En quoi donc sommes-nous infidèle à notre programme f Nous avons prétendu mettre les amateurs qui ne disposent qued'uneserre froide, et c'est l'immense majorité, en possession de toute une série de magnifiques plantes ornementales, rivales des plus belles de la serre chaude ou tempérée ; n'avons-nous pas tenu parole? Au lieu de laisser cette serre unique veuve de ses plantes et brûlant sans utilité au soleil depuis mai jusqu'en octobre, nous disons : fermez, ombragez, humidifiez, le tout suivant les besoins, et vous aurez jusqu'en octobre une serre tempérée ou chaude, dont les hôtes modérément frileux, aptes à braver les climats extrêmes, se contenteront ensuite de bien peu en hiver. Si vous voulez, suivant l'excellent conseil de M. Van Houtte, y cultiver les Ac/ùmenes, les Gloxinia et toute la charmante série des Gesnériacées ; si vousvou- lez y joindre des Begmia, des Fougères herbacées, et bien d'autres plantes, vous le pourrez sans grands soins, et à côté des splendeurs de la grande flore équatoriale, ou du moins de ses équivalents, 'vous verrez fleurir à profusion ces plantes riantes et infiniment variées qui sont encore l'ornementa peu près exclusif des serres chaudes.
' Pour finir, disons .qu'en été nos Palmiers et surtout nos Fougères aimeront de bons arrosements et force serin gages, une atmosphère d'autant plus humide qu'il fera plus chaud. La sécheresse de l'air favorise l'éclosion des Thrips, de l'Acarus rouge et d'autres ennemis funestes à nos belles plantes, capables de ravager une serre en quelques semaines, et qui ne tiennent pas dans une atmosphère chargée d'eau. Quand il fait au dehors très-chaud et très-sec, il ne faut ouvrir la serre qu'avec mesure et prodiguer l'eau en bassinages sur et sous les feuilles et sur le sol. Mieux vaut alors ventiler largement la nuit.
Certes il est plus facile d'abandonner ses plantes à l'air libre, au hasard de toutes les variations atmosphériques, sans autre souci que de les arroser, tailler, pincer pendant cinq mois d'été, et de énoncer àcelles qui ne veulent pas vivre de la sorte. Notre dessein était de montrer aux amateurs le moins bien partagés le moyen de rivaliser avec ceux qui ont tous les genres de serres à leur disposition . Qu'ils ne puissent y parvenir sans un surcroît d'embarras, cela ne fait pas question. Une serre chaude est aussi un embarras, et bien autrement sérieux en hiver. Quelles peines d'amateurs demeurent sans compensations? Ou plutôt quelle est la jouissance qui n'a pas besoin d'être achetée par un peu de peine? « Le travail n'est pas la punition de l'homme, c'est sa » récompense. »
Froide ;
Par M. De Pl-ydÏ, de Mons (Belgique).
Si l'on remonte, dans l'histoire de l'horticulture moderne, à quelques dizaines d'années en arrière, on remarque que la serre froide était alors presque exclusivement réservée à la floriculture.
Il était à peu pies admis sans conteste que les plantes curieuses, officinales, que toutes celles à formes bizarres ou grandioses et franchement exotiques, devaient se cultiver en serre chaude. On le croyait d'autant plus aisément que la plupart étaient originaires de contrées dont le climat est, en général, fort chaud. S'il s'en rencontrait, dans le nombre, qui fussent provenues de régions plus tempérées, on les classait suivant leurs analogies de forme et de famille, sans tenir compte des circonstances de latitude et d'altitude qui devaient faire modifier cette première appréciation.
Peu à peu, cependant, une circonstance imprévue, un hasard, une heureuse imprudence, plus rarement des notions précises de géographie botanique, dont les cultivateurs s'occupaient trop peu, faisaient sortir quelques-unes de ces plantes de l'atmosphère tor- ride où on les avait détenues, et l'on s'apercevait avec étonnement qu'elles ne s'en portaient pas plus mal; mais que de temps, avant que l'expérience, réitérée dans de bonnes conditions, entrât dans Je domaine des faits acquis! El quand la rusticité de certaines grandes plantes ornementales était enfin établie, quel usage en pouvait-on faire parmi les collections de Pélargoniers, d'Ericacées, de Camellias, etc., où le pittoresque des dispositions et des formes végétales n'était compté pour rien?
Les grandes serres chaudes elles-mêmes, qu'un peu de goût transforme si aisément en des spécimens de forêls vierges, alignaient tristement, pour la plupart, leurs hôtes splendides et faisaient aussi de la floriculture, sans souei de la confusion des geu- res et des grands effets perdus.
Comment s'est opérée la révolution? En quelles circonstances les nobles représentants des forêts équatoriales, les Palmiers, les l'andanées, les Aroïdées, lesMelastomacëes, les Musacées, lesThéo- phrastées, les Fougères arborescentes ont-ils conquis le premier rang dans les serres chaudes, relégué la floriculture dans des serres spéciales et chassé sans appel les vieilleries dénuées d'intérêt? Quand les Yucca, les Agave, les Cactées, les Conifères, ont-ils pris une large place dans les serres froides, au détriment des plantes à fleur*? C'est ce que nous n'avons pis l'intention de rechercher. Constatons seulement que, même dans les serres froides, la place est conquise; que le beau est admis dorénavant partout, sans autre condition que d'être le beau, et que les amateurs se résignent fort aisément à voir leurs serres éternellement parées de nobles et imposants feuillages,'au heu d'attendre, une fois l'an, une floraison incertaine sur des arbustes passablement laids ou insignifiants le «este du temps.
Mais les familles ou les genres que nous venons de nommer.
joints aux ressources bien connues qu'offrent les Protéacées, les Berbéridées, etc., sont-ils les seuls où la serre froide puisse trouver les éléments de ses combinaisons pittoresques? Ces végétaux princiers, les Palmiers surtout, qui caractérisent tout particulièrement la flore des régions équatoriales, sont-ils à jamais et sans exception exclus de son domaine? Pour une serre chaude il y a vingt serres froides, et combien d'amateurs s'arrêtent avec admiration devant telle merveille de la végétation des tropiques, en songeant avec un serrement de cœur qu'il ne leur sera point donné de la posséder !
Peu à peu, les idées se modifient sur cette grave question. Des découvertes encore récentes ont montré des Palmiers, tantôt sous des latitudes imprévues, côte à côte des Acacia et des Epacridées, tantôt à des hauteurs peu éloignées de la région des neiges ! Là, comme ailleurs, la nature a ménagé les transitions en jetant au loin des chaînons qui rattachent entre elles les flores les plus disparates. C'est à nous de les découvrir et de nous les approprier pour en tirer des effets inattendus.
Certaines plantes, placées par la nature aux conQns de la zone inlertropicale et exposées là à des extrêmes de froid et de chaud, ont été pourvues d'un tempérament approprié, peu sensible aux froids de l'hiver, pourvu qu'elles aient été mûries, aoûtées par une haute température d'été. D'autres, même confinées entre les tropiques, n'en sont pas moins douées d'une grande élasticité de constitution qui permet de les cultiver en hiver, presque sans chaleur artificielle. Combien d'arbres des régions chnudes de l'Inde, du Brésil etc., ont passé de la serre chaude dans nos orangeries sans autre dommage que d'y perdre, cinq mois de l'armée, tout ou partie de leurs feuilles !
Quelle est, maintenant, la part que peut revendiquer la serre froide dans l'innombrable variété des plantes ornementales, principalement des Palmiers, des Cycadées, des Fougères arborescentes, des Dracénées et, en général de ces grands végétaux dont la forme n'a point d'analogues dans nos régions septentrionales et dont le seul aspect nous rappelle la zone dquatoriale et ses forets impénétrables ?
Une-sècheénumération d'espèces n'en dirait pas assez. Le nombre
de eelies qui sont incontestablement acquises à la serre froide n'est pas considérable, mais il s'accroît d'année en année. Il reste à faire beaucoup d'importations; nombre de Palmiers très-désirables ne sont connus que des botanistes, ou tout au plus introduits en exemplaires très-rares et de haute valeur. Des découvertes nouvelles sont, d'ailleurs, plus que probables. D'autre part_, des essais nombreux sont nécessaires pour établir le plus ou moins de possibilité d'hiverner en serre froide une foule d'espèces des hautes ou moyennes régions ou de celles qui croissent aux confins de la zone intertropicale. Ces essais sont entourés d'obstacles : la rareté des sujets, d'abord, et leur valeur élevée, ensuite le peu de zèle des amateurs, qui, d'ailleurs, n'ont pas toujours les connaissances et l'esprit d'observation qu'il faudrait. Tentés au hasard, sans discernement, et poursuivis dans de mauvaises conditions, ils peuvent compromettre le progrès.
Il importe donc, d'abord, d'enregistrer les conquêtes réalisées jusqu'à ce jour, ensuite d'étudier ce que nous pouvons raisonnablement attendre ou espérer, eu égard aux notions géographiques et climatériques que nous possédons. Enfin, de ces notions, jointes à l'expérience acquise, nous aurons à déduire un système de culture rationnelle, non point purement spéculatif et conjectural, ruais confirmé déjà par de nombreux et importants succès.
Les plantes de serre froide, celles qui n'exigent de chaleur hivernale que 2 ou 'J degrés au-dessus du point de congélation, se rencontrent, au niveau des mers, presque aussitôt qu'on a franchi les tropiques, mais surtout vers le 30e degré de latitude nord et sud, et jusque vers le 40e ou au delà. Ces limites varient en raison de diverses circonstances.
La végétation de cette zone a des formes qui lui sont propres: les grands végétaux monocotyledonés , avec leur feuillage immense, qui frappent d'étonnement sous l'équateur, lui manquent à peu près complètement. Néanmoins certaines familles essentiellement équatoriales, les Palmiers notamment, y sont représentés par un petit nombre d'espèces, de plus eu plus clair-semées à mesure qu'où s'éloigne du tropique, et de taille généralement très- réduite. Ainsi, dans l'hémisphère nord, le Palmier nain d'Afrique (t'hamœrops Awniiis) se trouve spontané jusque vers le 4Q* degré et résiste sans soins sons le site exceptionnel de Nice ou d'Hyères, vers le 43*. Le Dattier (Phœnix dactylifera), plus méridional, s'étend cependant jusqu'au nord de l'Atlas, sous le 35* degré, et se cultive lant bien que mal h Nice. Un autre Chamœrops, nain comme le premier, croît dans l'Amérique nord jusqu'en Caroline, sous le 35e degré, où il brave les gelées passagères de l'hiver; c'est le Ch. Palmetto. Le Chamœrops ffystrix, plus élevé, se trouve en Géorgie, un peu plus au sud ; enfin le Sabal Adansonii, espèce acaule, à fc.uillage également palmé, est à peu près des mêmes contrées.
Les Chamcerops humilis, Palmetto et surtout Hystrix,soal de très- belles plantes, à frondes palmées, très-Qiïginales, et même les deux premières, qui atteignent, dans nos orangeries, 5 mètres et plus de hauteur, sont alors hautement ornementales. Le Sabal Adansonii ne compense pas son défaut de tige par une sollisante ampleur de feuillage. Tous s'arrangent parfaitement de la serre froide, et les deux premiers, au besoin, de l'orangerie. Le Phœnix dactylifera. est moins rustique et réclame la serre tempérée'.
Le Mexique doit renfermer, dans les forêts sans fin de ses provinces septentrionales, d'autres Palmiers demi-rustiques; mais on sait peu de chose de ces contrées quasi désertes et trop rarement explorées. Nous verrons plus loin quelles ressources nous offrent dès à présent les hauts plateaux de ses provinces intertropicales.
C'est à l'extrême Orient, en Chine et au Japon, que nous retrouvons le genre Chamœrcps, le plus septentrional de tous, aventurant une espèce de taille moyenne et d'un port excellent (Ch. Fortunei ou Ch. sinensis), jusque dans les lieux où il gèle à 10 ou 12 degrés! Celle-ci est tellement rustique qu'où l'essaie en plein air, même en Belgique. Le Ch. exceha, de la Chine et du Japon, est fort voisin du précédent, sinon tout à fait identique. Ou cite encore un Chamœropsân Népaul, non introduit ici.
Le Japon nous offre encore le genre Rhapis, peu élevé, à tiges minces, frondes digitées, port gracieux. Le Ii. flabelliformis passe en serre froide sans être bien rustique. Les Ii. Kwannoivsik et Sierolsik demeurent rares et sont peu éprouvés; mais nul doute qu'ils n'appartiennent à la serre froide.
Le sud de la Chine a donné naissance à un admirable Palmier, le Livistona sinemis, connu aussi sous le nom deLalania borbonica, et qui se retrouve, en effet, à l'île Bourbon. Ce Livistona ne le cède, ni pour la grâce de son port ni pour l'ampleur de ses feuilles en ombrelles, à presque aucun de ses congénères équatoriaux. Il passe parfaitement en serre froide, ne paraît y souffrir nullement de l'hiver, et peut être considéré comme une de nos plus précieuses conquêtes.
Cet exemple nous porte plus que jamais à penser que les contrés juxtatropicales, outre les espèces inconnues que nous réservent le sud de la Chine, le nord de l'Inde, etc., doivent en avoir produit bon nombre, même parmi celles que l'on tient dans nos serres chaudes, qui ne seraient pas plus sensibles au froid que le Latania borbonica. Nous sommes, à cet égard, encore réduits aui conjectures; mais quand on songe que, dans les plaines de l'Inde, il se forme de la glace, la nuit, à fleur du sol; que le morne phénomène ou du moins un extrême abaissement de la température se manifeste dans la région des Palmiers, au Mexique et dans toute l'Amérique intertropicale; quand on lit qu'àlaNouvelle-Hollande, sous le 27e degré sud, c'est-à-dire à la limite delà région chaude, il gèle parfois le matin à 8 ou \ 0 degrés centigrades, tandis que le jour a des chaleurs de + 23 ù ?!j; quand on se représente enfin que ces extrêmes de froid et de chaud sont plus ou moins communs aux contrées limitrophes de la zone tropicale, contrées où les Palmiers croissent encore, quoique en nombre restreint, on ne peut s'empêcher de croire que le plus grand nombre de ces beaux arbres sont bien moins frileux qu'on ne le pense et souffrent plus qu'ils ne profitent d'une continuelle réclusion en serre chaude.
Nous allons, maintenant, nous occuper de l'hémisphère sud. Les îles méridionales de l'océan Pacifique doivent, suivant toute apparence, nous réserver quelques surprises. Sur le continent d'Amérique, le Chili s'offre le premier à notre attention avec souJu- bcea gpectabilis (Cocos ou Molinœa chilensis), distingué, de très- haute taille, à frondes ailées, rustique au point de braver plusieurs degrés de gelée.
Il est à présumer que, sur d'autres points du Chili méridional,on trouverait d'autres Palmiers également peu frileux; mais les renseignements et les expériences manquent. Nous ne sommes pas mieux renseignés sur les espèces propres au Paraguay, au pîateau de Tucoman, à la province de Corrientes et à d'autres da centre tempéré de l'Amérique méridionale; nous les indiquons seulement comme des mines à exploiter. Dans les Pampas, on signale le charmant Cocos australis (Diplothemium campestre), toujours assez rare en Europe. La province brésilienne de Sainte-Catherine, située entre le î6e et le 29e degré, ne promet pas seulement des richesses; nous tenons de l'amitié de M. Linden, parmi d'autres belles espèces, objets de nos essais, un superbe Cocotier de cette province, C'ocos Homanzoffii,qm s'est comporté parfaitement en serre froide.
Le sud de l'Afrique produit beaucoup moins de Palmiers que de Cycadées, famille \oisine dont nous parlerons plus loin. Le beau Pliœnix reclinata, cependant, appartient à l'Afrique australe, et, comme on devait s'y attendre, il passe en serre froide, où il devient éminemment ornemental.
Mentionnons, en passant, \-a pointe sud de la grande île de Madagascar et ses plateaux intérieurs, riches contrées à explorer, et arrivons aux grandes îles de l'Australie anglaise, celle providence des amateurs. Rien d'étonnant que le nord de la Nouvelle-Hollande, qui se présente vers le 12e degré, renferme des Palmiers et toute une végétation analogue à celle des Moluques; mais que des familles propres aux régions équatoriales y soient représ3ntées Lien au sud du tropique par des espèces aussi nombreuses que brillantes ; que, bien plus, ces espèces ou d'autres des mêmes genres se retrouvent encore à Van Diemen et à la Nouvelle Zélande, au delà du 40e degré sud, c'est là une circonstance exceptionnellement heureuse pour l'horticulture et dont on est loin encore d'avoir tiré tout le parti désirable.
Les Palmiers introduits de l'Australie sont principalement : Livistona (Corypha) avstralis, de la Nouvelle-Hollande occidentale, grande espèce à frondes en éventail et à pétioles épineux, tout à fait de premier ordre; son introduction en serre froide ne fait plus de doute; le Livistona humilia, moins brillant,est encore très-digne d'intérêt; Kentia sapida (Areca) de la Nouvelle-Zélande,' le plus rustique de tous, supportant sous son ciel natal la neige et la gelée; acaule, du reste, élégant et ornemental par ses jolies frondes pennées; Kentia robusta (Seafort/lia), même pairie, mais dans de
larges et magnifiques proportions, tige élevée, Ires-beau et rare; Seaforthia elegam, bel arbre à haute tige, affectant, comme les deui précédentes espèces, le faciès du genre tropical Areoa; Seaforthia gracilis, non moins recommaudable et plus raie. Tous sont bien et . dûment acquis à la serre froide.
Jusqu'ici nous avons presque exclusivement énuméré les Palmiers appartenant, par la latitude de leur lieu d'origine, à la zone tempérée. Ce sont, en général, les plus robustes, ceux qui s'accommodent le plus sûrement des froidures prolongées de nos hivers ; maintenant nous avons à rappeler qu'en outre des régions lenipéréesà raison de leur latitude, il y a, enlre les tropiques, sous l'équateur même, des montagnes, de vastes plateaux, tempérés et même froids et très-froids à raison de leur altitude, c'est-à-dire de la hauteur absolue des lieux. On sait que la température moyenne décroît d'un degré centigrade pour environ 180 mètres d'élévation au-deêsus de l'Océan ; si elle est, sous l'équaleur, de 28 degrés au niveau des mers, elle sera de 27° à 4 80 mètres au-dessus, de 18* seulement à 1,800 mètres, et de i I ° et une fraction à 3,000 mètres. Or, jusqu'à 3,000 et 3,bOO mètres d'altitude, on trouve, dans toute la zone équatoriale, des Palmiers qui bravent là un climat rude, à peine tempéré le jour, d'un froid glacial la nuit; à 3,500 mètres commencent les neiges. Le nombre de ces Palmiers de la tem froide n'est pas bien grand, il est vrai; nous sommes loin, d'aih leurs, de les posséder tous ; mais nous avons en outre, au moins comme sujets d'expérience, tous ceux qui atteignent, sans la dépasser, la limite extrême de la région tempérée et qui, exposés à des variations brusques, sous un ciel déjà inclément, doivent être doués d'une constitution des moins frileuses. /
Aucune règle précise ne peut nous guider dans ces recherches. Les espèces qui préfèrent les stations les plus élevées seront probablement de serre froide ; mais à ces hauteurs où la pression atmosphérique est sensiblement diminuée, où l'air est raréfié et d'une grande pureté, où la violence des vents, la non-réverbération des rayons solaires, etc., créent un climat sans analogie possible avec celui de nos serres, il s'élève une végétation d'une constitution toute spéciale et fort difficile souvent à transporter ailleurs. Il faut donc expérimenter et le faire avec intelligence ; quelques témérités même ne seront pas de trop, et les échecs devront être soigneusement notés.
Parmi les Palmiers des hautes régions, qui se sont parfaitement comportés en serre froide, nous devons mentionner avant tout le genreBrahea,dont les frondes palmées, luisantes, onttme grâce infinie.Le Brahea dulcis, des Andes, du Pérou, etc ; le B. conduplicata, qui croit au Mexique, dansles forêts de pins;.le //. nitida des mêmes régions, etc., sont bien des.plantes de serre froide et des meilleures. Nous avons pu, grâce à M. Linden, essayer la dernière avec un plein succès. Nous avons échoué avec VEnttrpe edulis, de la région tempérée, sans que nous paissions affirmer que la mort de cette espèce soit due exclusivement au froid. On comprend que la porte d'une toute jeune plante puisse tenir à quelque imprudence et qu'un échec unique ne soit pas très-concluant.
Après les Brahea, nul Palmier ne nous paraît devoir mieux réussir en serre froide que le magnifique Cercxylonandicola, piaule éminemment robuste, qu'oïl trouve en abondance entre 2,300 et 3,500 mètres d'altitude, sous une température moyenne de 8 à 14 degrés! Il y a d'autres Ceroxylm et des genres voisins qui se prêteraient aux essais, sans la rareté des sujets. Le Chamœdm;ea glaucifolia, jolie espèce, croît dans la région des Pins, probablement vers 2,500 à 3,000 mètres; l'Oreodoxa frigida s'élève jusqu'à 2,800 mètres, où il subit des minima de température de 5 degrés. On peut encore chercher dans les genres Astrocaryum, Chamœdarea, Cocos, Eutcrpe, Geonoma, Oreodoxa, Sabal, etc.
Le versant méridional de l'Himalaya, les montagnes de la Chine méridionale, de Java, de Sumatra, de Bornéo, des Philippines, d.es Moluques, etc., ont certainement de nombreux Palmiers propres à la serre froide; mais nous en possédons très-peu, et les autres sont ou inconnus ou à peine étudiés par les botaniste*. Nous avons déjà mentionné le beau Livislona sinensis; nous voudrions voir essayer aussi le Corypha Gebanga des Moluques. On peut compter sur l'Arecahumilis, croissant à î,700 mètres dans les montagnes de Java, parmi les Chênes; mieux encore sur l'admirable Chamœ- rops Khasyani (tomentosa, Martiana), Tune des plus gracieuses plantes qui existent; celui-ci croît tout au nord de l'Inde, vers le Népaul, à 2,600 mètres d'altitude, sur un sol que la neige couvre quatre ou cinq mois de Tannée! Dans les mêmes régions qjue ce Chamœrops croissent le Phœnix humilis (acaidis), à l'altitude de plus de 2,000 mètres, Phœnix sylvestris, à 4,700 mètres, Walli- chia oblongifotia, espèce acaule, à plus de 1,300 mètres; ce n'est pas trop présumer que de les compter parmi les espèces de serre froide.
Mentionnons encore, mais seulement comme sujets d'études et d'expériences : Borassus flabellitormis, qui s'étend au sud jusqu'au 30e degré; Calamus equestris et Caryota milis,qui passent, dit-on, de rudes hivers en Provence et à Nice, et d'autres espèces des genres Areca, Corypha, Latania, Livistona, Phœnix, Seaforthia et Wallichia; on voit qu'il y a de la marge.
En résumé, 25 Palmiers au moins sont indubitablement acquis à la serre froide; une dizaine d'autres n'attendent que l'épreuve décisive. Quant au reste, le temps et des introductions nouvelles nous réservent des richesses impossibles à prévoir.
Après la grande famille des Palmiers, il nous faut citer celle des Cycadves, moins imposante de taille, mais plus originale encore et d'aussi grande valeur ornementale. Les Cycadées, malheureusement, sont de croissance très-lente; leur lige ne se forme qu'après une longue série d'années, et, pour les avoir dans toute leur majesté, il faut les recevoir du pays natal. Les petits exemplaires sont loin, d'ailleurs, d'être sans mérite; ils ont de la grâce et de l'originalité, et leur valeur s'accroit entre les mains du cultivateur intelligent.
Les genres Zamia et Çeratozamia sont à peu près les seuls de la famille qui ne franchissent pas la zone chaude ou tempérée; dans les Cycas, le circinalis et peut-être les inermis et Rumphii, se refusent à la culture de serre froide; mais le Cycas revoluta da Japon, au contraire, brave le froiJ et même la gelée, aussi bien que le Dioon edule du Mexique, autre fort belle plante, très-digne d'attention. Les Encephalartos et Stangeria du sud de l'Afrique, de forme admirable, ainsi que les Macrozamia, Çeratozamia et Cala- kidozamia d'Australie, tous alliés de près, tous très-distingués, sont très-probablement de serre froide; il est prudent, toutefois, de n'y risquer que des exemplaires de peu de valeur. Les lieux de leur origine, soumis à de fortes chaleurs estivales, ont aussi, en hiver;
des froids vifs mais passagers. Ce ne sera donc pas un abaissement momentané du thermomètre, même jusqu'à zéro, qui leur sera fatal, mais bien la continuité d'une température basse, surtout
avec humidité et sans soleil.
(la suite au prochain numéro.)
Les Palmiers Et Les Grandes Plantes Ornementales De Serre
Froide; ' :l ' ...:/.
Par M. ,de Piitdt, de Mods {[Belgique). 2e article. (Voirie Journal, l. IX, 4863, pp. 687-697).
Les Cycadées ont été considérées, en raison de leur port, mais non de leurs caractères, comme une forme de transition entre les Palmiers et les Fougères. Quoi qu'il en soit, cette dernière famille, l'une des plus considérables, est maintenant fort recherchée, mais surtout pour la serre chaude ou plutôt tempérée. Nous sommes convaincu que les Fougères exigeant impérieusement la serre chaude sont en nombre très-restreint, tandis que la quantité de celles qui se contentent d'une serre froide bien conduite est considérable. Nos renseignements, sur ce point, concordent avec notre expérience.
Nous trouvons, dans le beau mémoire de Maertens et Galeotti ; sur les Fougères du Mexique, que c'est surtout dans la région tempérée et dans la partie de la zone froide qui la suit immédiatement, depuis 3000 jusqu'à 8 à 40 mille pieds (IOOO à 2700 ou 3300 nîèt.) c'est-à-dire jusque sur des sommitésd'un climat constamment: âpre et glacial, que se rencontre l'immense majorité des Fougères mexicaines.
Il n'entre pas dans notre cadre de traiter des Fougères traçantes onjacaules; nous voulons seulement insister sur la très-grande importance des Fougères arborescentes comme plantes d'ornement de serre froide. D'après le mémoire que nous venons de citer, ces Fougères se rencontrent au Mexique entre 1200 et 2000 mètres d'altitude. Vers cette dernière limite commencent les bois de Pins et les Ericacées, c'est-à-dire la région froide, quasi alpine; le climat 7 est déjà sévère; la température moyenne n'y atteint que 45 degrés. Or, pour apprécier l'étendue des conquêtes promises à la serre froide, disons que YAlsophila pruinata (Lophosoria), qu'on range sans hésitation parmi les plantes de serre froide, occupe an Mexique une bande étroite, entre 1100 ou 1200 mètres au minimum et 1350 mètres au plus haut, c'est-à-dire dans la position la plus chaude de la zone des Fougères en arbre.
Ce n'est pas non plus vers l'Equateur que ces magnifiques plantes sont réunies en grand nombre, mais bien vers les tropiques et an- delà. Nous avons sur ce fait le témoignage de notre savant ami M. J. Linden, et en général, de ceux qui, comme lui, ont-beaucoup vu et observé avec intelligence. Les découvertes faites en Australie et surtout à la Nouvelle-Zélande ont étendu bien loin sous le ciel austral la patrie des plus brillantes Fougères arborescentes. Il ne reste aucun doute sur la parfaite rusticité (en serre froide) des admirables espèces australiennes; citons YAlsophila australis, si majestueux et d'une vigueur de végétation incroyable, lorsqu'on lui prodigue (en été du moins) l'eau et la nourriture; Y Al. excelsa, des mêmes régions, moins répandue; le Balantium antarcticum, dont on a des exemplaires à très-hautes tiges bien droites, couronnées de frondes amples et élégantes ; les Dicksonia fibrosa et squarrosa de la Nouvelle-Zélande, très-rares encore et d'une beauté hors ligne; les Cyathea, surtout C. dealbata, si recherchée et si brillante, avec ses grandes frondes à revers blancs, et C. medullaris dont le tronc et les rachis sont revêtus de paillettes noires; puis \eLomaria cycadi- folia, d'une gracieuse originalité; le Lomaria discolor, jolie espèce, enfin les Todea d'un faciès tout particulier, T. australis, T. hyme- nophylloidet à frondes translucides et des plus curieuses. Mention-
nons encore, mais pour mémoire, le gigantesque Angiopteris ausiralis, haute nouveauté de premier ordre, provenant de la Nouvelle-Zélande.
Il faut joindre à ces richesses des îles australes les espèces américaines : Alsophila ornata, de Sainte-Catherine, A. pruinata du Mexique, A. Warsceiciczii, etc., toutes magnifiques et éprouvées en serre froide; A. gigautea, d'Assam, rare et imposante; Cibotium glaucescens, des Philippines; Balaittium Cul ci ta qu'on trouve aussi à Madère; B. JCarstenianum, Sellawianum ; Cyathea Beirichiana du Bsésil austral, peutrètre le C. funebris de la Nouvelle- Calédonie, etc., etc. Les IHechnum corcovadense et riograndense, peu élevés, à feuillage pinnatifide, bien inférieurs aux précédentes espèces, ne sont cependant pas moins de belles plantes qui se mêlent bien aux autres formes, et ne craignent pas le soleil d'été, non plus qu'un froid modéré en hiver. Citons encore l'Hemitelia capensis et d'autres probablement, qui ont leur mérite, et le joli Lomaria mayellanica, à frondes pinnatifides, tout ce qu'il y a de moins frileux. Enfin mentionnons une espèce non arborescente, mais à frondes de dimensions colossales : l'Angiopteris australis, de la Nouvelle-Zélande, nouveauté de premier ordre. Nous avons échoué à peu près complètement dans un essai fait sur le Cibotium Princeps, l'une des Fougères les plus majestueuses, mais originaire de la région chaude.
Il est inutile d'insister sur l'immense valeur de ce contingent de Fougères en arbre, suffisant pour peupler les plus magnifiques serres froides et pour leur imprimer une physionomie de grandeur sauvage impossible à dépasser.
Il nous reste à parler du groupe des Dracœnces, à tiges simples, droites, garnies et couronnées régulièrement de longues feuilles gladiées, rarement pétiolées, et offrant un ensemble à la fois très-élégant et tout à fait exotique. Les premières espèces cultivées l'ont été en serre chaude, d'où quelques-unes sont sorties pour passer en serre froide où elles se comportent bien. Mais l'importance de ce groupe est surtout, pour nous, dans les espèces australiennes. La Nouvelle-Hollande et, particulièrement, la Nouvelle-Zélande, nous ont révélé d'admirables plantes dans les genres Cordyline et Dracœnopsis* Le Cordyline indivùa, la plus remarquable de toutes par la nuance nouvelle de son feuillage ligné d'orange, est malheureusement très-délicat; mais les beaux C. australis et cannœfolia sont à la fois des plantes de choix et des espèces très-robustes. Le flracœnopsis indivisa et ses variétés : lineata, Veitehii, sout du plus beau port et très- rustiques. Citons encore au même rang le Dracœna Banian et la var. erythrorachis. Le contraste de leurs feuilles entières et de leur forme compacte avec les mille découpures de nos Fougères, est d'un effet ravissant dans nos serres. Enfin n'oublions pas nne Pandanée très-remarquable, le Freycinetia Banksii qui vient de nous arriver de la Nouvelle-Zélande.
Nous ne voulons pas pousser plus loin cette revue ; ajoutons cependant qu'en joignant à ces richesses nouvelles celles de premier ordre que nous devons déjà aux genres Agave, Aralia, Banksia, ûonapariea, Beaucarnea, Dryandra, Ficus, Hechtia, la- matia, Grevillea, Mahonia, Protea, Tesludinaria, Xanthorrhaa, Yucca, aux Conifères, aux Cactées, aux grandes Aloinées, etc., nous pouvons composer d'immenses collections de culture facile, exigean t au pi us 3 degrés centi grades au-dessus de zéro en hiver, c'est- à-dire vingt nuits dechauffage, en moyenne, sous le climat de la Belgique, et capables de lutter sans nul désavantage avec tout ce que tes grandes serres chaudes peuvent réunir de raretés équatoriales.
Culture spéciale.
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Les grands végétaux que nous venons de passer en revue ne peuvent, on le conçoit, se cultiver comme les modestes Légumineuses de l'Australie ni comme les Azalea, les Pelargonium, etc. Ici, on vise à obtenir une floraison abondante ; là on a surtout besoin de développer un large feuillage, régulier, exempt de défauts, bien vert. Les grandes Mouocotylédonées ont, la plupart, une croissance rapide, au moins quand elles arrivent à l'âge adulte. Elles émettent de vigoureuses racines qui s'enfoncent profondément. Les Dracœnopsis auslraliselindivisa, par exemple, livrés à la pleine terre du jardin pendant 4 à 5 mois d'été, y acquièrentdes proportions et une ampleur de feuillage que la culture en pots voudrait en vain leur donner. On ne peut traiter de même toutes les
Dracaenées, ni les Palmiers ni les grandes Fougères ; mais c'est une indication utile. Voici ce que l'expérience nous a enseigné quant aux Palmiers, et ces notions sont applicables dans une certaine mesure aux Fougères et à bien d'autres grandes plantes : Lorsqu'ils sont lout petits, c'est-à-dire à leur première année de semis, on les tient dans des pots étroils, en terre de bruyère pure, et on continue à les laisser un peu serrés jusqu'après la seconde année. Quand leurs feuilles, jusque-là simples et dressées, commencent à se diviser et à prendre leurs caractères propres, on leur donne plus d'espace et de nourriture, et s'ils croissent vigoureusement, on peut leur donner deux dépotages, l'un au printemps et l'autre en été. Tant qu'il fait chaud, on ne ménage pas l'eau; en hiver, au contraire, on n'arrose que pour le strict besoin. Quand les plantes, complètement adultes, ont pris toute leur forme et étalent leurs frondes, il est très-souvent bon de mêler''un peu d'argile douce avec la terre de bruyère. ' ' *' ^ '' " %1 '
Les Palmiers aiment une atmosphère humide et l'ombre, mais non l'humidité excessive et stagnante, qui détermine là moisissure et vicie l'air, ni l'ombre épaisse qui, sous prétexte de rompre les rayons du soleil, supprime la lumière. Toutes lès-plantes tropi' cales, sans même en excepter les Orchidées et les Fougères, se plaisent dans une serre bien éclairée, et il importe, en ombrageant, de ne pas dépasser la limite; c'est là un point délicat. Quand les plantes s'étiolent, poussent maigrement et inclinent obstinément leurs feuilles vers la lumière, c'est un indice qu'elles veulent vivre plus à découvert. Si, au contraire, elles jaunissent, ne font que des feuilles trop courtes et rares, il faut essayer de plus d'ombre et de moiteur. Le tempérament des Fougères est fort dissemblable. Quelques-unes croissent naturellement en plein soleil, sur les rochers nus; le plus grand nombre sous l'ombre de forêts épaisses, au bord des ruisseaux ou dans des lieux humides. On ne peut que difficilement être renseigné sur ces circonstances ; mais, en général, les Fougères ont ce grand mérite qu'elles croissent eu terre d'une manière très-normale, sous l'ombre des grandes plantes, et occupent ainsi des emplacements qui, sans elles, demeureraient vides. Cette observation n'est plus exacte quant aux grandes espèces arborescentes qui devront être tenues à découvert, sous un ombrage modéré. On les conservera toujours en terre de bruyère pure, san* mélange d'autre terre.
Les Dracaenées, sauf le Cordylitu; indivita, sont robustes et faciles ; elles supportent le chaud et le froid, l'humidité et la sécheresse, sans grand dommage ; mais pour que le feuillage ait toute sa beauté, il faut les dépoter à propos, les arroser assez largement et leur éviter les coups de soleil dans la serre.
Lorsqu'on dépote les Palmiers et les Dracœna, même déjà forte) on retranche rarement les vieilles racines, à moins qu'elles ne soient mortes ou fort malades ; on le pourrait faire sans grand danger, mais au risque de retarder pour longtemps leur croissance. Au contraire, il est sans inconvénient et presque toujours avantageai, en rempotant les Fougères adultes, de couper toutes les racines enchevêtrées à l'extérieur, et même de rabattre un ou deux pouces de terre tout autour de la motte.
Nous n'insistons pas sur les autres détails de ces cultures bien connues ; ce qui doit nous arrêter davantage, c'est la conduite de la serre où elles se pratiquent.
Il est entendu que nos plantes se conservent bien l'hiver dans une serre tenue à + 3° cent, au minimum. Due bonne partie d'entre elles, toutes celles de la Nouvelle-Zélande, d'autres que non» avons signalées, se contenteraient d'être préservées de la gelée tout au plus; mais le minimum que nous indiquons a le mérite de convenir à un très-grand nouibre d'espèces, de ne point provoquai de végétation intempestive, même chez les plantes de serre froide usuelle qu'on voudrait cultiver simultanément; enfin ces trois degrés de cbaleur sont on ne peut plus faciles à conserver dans une serre bien construite.
La serre devra être bien exposée, et quand, en hiver, le soleil y élèvera la température à 15 ou 20 degrés pour quelques heures, œ sera un bien. En cela, nous nous écartons du traitement ordinaire de la serre froide. On ne prodiguera pas non plus la ventilation, et il sera sage de n'ouvrir les châssis à portée de nos plantes d'ornement que lorsque la température extérieure s'élèvera à 7 ou 8 degrés. On tiendra l'air de la serre un peu moite dans les moments de chaleur, mais sec durant le froid. S'il survenait excès d'humidité et qu'on ne put ventiler, il faudrait faire un peu de feu.
Le soin principal, celui qui distingue notre culture spéciale (les Camellia, et pas mal d'autres plantes s'en accommodent fort bien), doit être de prolonger la bonne saison, celle où la végétation demeure active, aussi longtemps que possible. On commencera de bonne heure, dès septembre et octobre, à fermer la serre la nuit et à l'ouvrir seulement quand la journée sera bonne. On la couvrira dans les nuits froides, et il serait prudent de combattre par un peu de feu les gelées précoces qui viennent parfois, en octobre, interrompre les derniers beaux jours. Ce n'est pas le froid d'une nuit ou deux qui peutnuire à nos plantes, c'est la prolongation pendant quatre et cinq mois d'un repos forcé, compliqué d'humidité et de manque de soleil. C'est pourquoi nous pensons, après expérience, qu'un excès passager de chaleur, dans les journées claires d'hiver, ne peut que les raviver.
A l'appui de ce que nous avançons, nous devons citer cette particularité fort importante que les plantes de la région chaude ou tempérée sur lesquelles nos essais ont échoué, s'étaient fort bien comportées et avaient conservé toutes les apparences de bonne santé jusqu'au commencement de janvier. Ce n'est qu'après deux mois ou deux mois et demi d'un automne froid et brumeux et d'un hiver sans soleil, que le dépérissement a commencé.
Une fois novembre venu avec les brouillards, les froids permanents et la lumière d'hiver, il faut s'y résigner franchement, admettre le repos de la végétation comme règle, ne chauffer que pour maintenir Je minimum de trois degrés, ventiler modérément, arroser peu, ne seringuer point, éviter la moisissure des feuilles et la pourriture des racines comme le danger le plus sérieux de la saison. Avec ces précautions, la végétation demeurera fraîche, et l'aspect de notre serre sera plus satisfaisant que celui de bien des serres chaudes.
Dès le milieu de février, on rentre dans la période végétative ; on ferme la serre quand le soleil luitjon aère seulement en temps un peu tiède ; puis on augmente les arrosements et on recommence à seringuer dès qu'on en voit l'utilité, mais le jour seulement et au soleil d'abord. On ombrage très-légèrement en mars, davantage ensuite pour passer l'été. S'il survient des refroidissements tardifs qui pourraient interrompre la végétation commencée, des couvertures et même un peu de feu la nuit seront opportuns.
Nous voilà arrivés à la saison où l'on retire les plantes delà serre froide ; quelques Dracœna, ceux dont le vent ne détériore pas le feuillage, pourront aller dehors, même en pleine terre, dès les premiers jours de mai. A la rigueur, toutes les plantes dont nous nous occupons y vivraient dès lors, à exposition convenable ; mais il ne suffit pas qu'elles vivent.
Les grandes Fougères en arbre ne peuvent être abandonnées au grand air en aucune saison, non à cause du froid, mais parce que les coups de vent, même modérés, brisent leurs immenses frondes et les dépouillent ainsi de leur magnifique parure. Notre atmosphère d'été est, d'ailleurs, trop sujette aux excès de chaleursèche. Il leur faut donc la serre toute l'année. , , .
Les Palmiers ont les frondes plus coriaces, mais, néanmoins, sujettes à se tordre et à se détériorer au vent. Le soleil les brûle, les pluies froides et prolongées pourrissent les racines et interrompent la végétation ; la pousse se fait irrégulièrement ; elle prend une teinte jaune et un air souffreteux. Laissés au grand air tont l'été, les Palmiers, en général, n'ont pas aoûté leurs frondes nouvelles quand vient l'hiver, et leur feuillage est étriqué, sauf celui de trois ou quatre espèces exceptionnellement rustiques (Chamœ- ropshumilis et sinensis, Jubœa spectabilis). Pour les avoir dans toute leur beauté, on doit aussi leur donner la serre toute l'année.
Quant aux Dracaenées, elles participent de ce tempérament, mais à des degrés fort différents.
En résumé, les Palmiers, les Fougères arborescentes et beaucoup d'autres grandes plantes ornementales de serre froide en hiver, sont de serre tempérée en été. Mais « qu'est-ce qu'une serre froide » que l'on tient fermée pendant l'été, si ce n'est une véritable serre » chaude ou tempérée? » Cette observation, que le savant directeur de la Flore des serres et jardins de l'Europe a publiée à propos des Gesnériacées, trouve ici une nouvelle et plus large implication. Il est indubitable qu'un nombre immense de plantes, et des plus belles, se contenteraient de la serre froide en hiver, à la condition d'obtenir, en été, assez de chaleur pour faire leur pousse et la bien aoùter, à condition de passer l'été en serre tempérée. Voilà tout le secret.
Mais, dira-t-on, vous nous promettiez des plantes deserrefroide! — En quoi donc sommes-nous infidèle à notre programme f Nous avons prétendu mettre les amateurs qui ne disposent qued'uneserre froide, et c'est l'immense majorité, en possession de toute une série de magnifiques plantes ornementales, rivales des plus belles de la serre chaude ou tempérée ; n'avons-nous pas tenu parole? Au lieu de laisser cette serre unique veuve de ses plantes et brûlant sans utilité au soleil depuis mai jusqu'en octobre, nous disons : fermez, ombragez, humidifiez, le tout suivant les besoins, et vous aurez jusqu'en octobre une serre tempérée ou chaude, dont les hôtes modérément frileux, aptes à braver les climats extrêmes, se contenteront ensuite de bien peu en hiver. Si vous voulez, suivant l'excellent conseil de M. Van Houtte, y cultiver les Ac/ùmenes, les Gloxinia et toute la charmante série des Gesnériacées ; si vousvou- lez y joindre des Begmia, des Fougères herbacées, et bien d'autres plantes, vous le pourrez sans grands soins, et à côté des splendeurs de la grande flore équatoriale, ou du moins de ses équivalents, 'vous verrez fleurir à profusion ces plantes riantes et infiniment variées qui sont encore l'ornementa peu près exclusif des serres chaudes.
' Pour finir, disons .qu'en été nos Palmiers et surtout nos Fougères aimeront de bons arrosements et force serin gages, une atmosphère d'autant plus humide qu'il fera plus chaud. La sécheresse de l'air favorise l'éclosion des Thrips, de l'Acarus rouge et d'autres ennemis funestes à nos belles plantes, capables de ravager une serre en quelques semaines, et qui ne tiennent pas dans une atmosphère chargée d'eau. Quand il fait au dehors très-chaud et très-sec, il ne faut ouvrir la serre qu'avec mesure et prodiguer l'eau en bassinages sur et sous les feuilles et sur le sol. Mieux vaut alors ventiler largement la nuit.
Certes il est plus facile d'abandonner ses plantes à l'air libre, au hasard de toutes les variations atmosphériques, sans autre souci que de les arroser, tailler, pincer pendant cinq mois d'été, et de énoncer àcelles qui ne veulent pas vivre de la sorte. Notre dessein était de montrer aux amateurs le moins bien partagés le moyen de rivaliser avec ceux qui ont tous les genres de serres à leur disposition . Qu'ils ne puissent y parvenir sans un surcroît d'embarras, cela ne fait pas question. Une serre chaude est aussi un embarras, et bien autrement sérieux en hiver. Quelles peines d'amateurs demeurent sans compensations? Ou plutôt quelle est la jouissance qui n'a pas besoin d'être achetée par un peu de peine? « Le travail n'est pas la punition de l'homme, c'est sa » récompense. »
Saturday, 28 February 2009
Notes sur les collections botaniques du muséum
ACTES DU CONGRÈS DE BOTANIQUE
tenu a Paris en Aout 1867
Les membres du Congrès [one of which was Welwitsch] ont été reçus au Muséum d'histoire naturelle, le jeudi 22 août, par MM. Brongniart et Decaisne, professeurs-administrateurs, assistés de MM. Tulasne et Naudin, aides-naturalistes. Ils ont pu faire, sous leur savante direction, une revue des diverses collections botaniques du Muséum, assurément remplie d'intérêt, suffisante pour en remporter une impression générale et grandiose, mais insuffisante pour en connaître les richesses et pour savoir quel concours ils pourraient en attendre pour leurs études. C'est dans l'intention de combler cette lacune que le présent rapport a été rédigé, grâce aux notes exactes et actuelles qui ont été obligeamment fournies par MM. Brongniart et Decaisne, ou empruntées à des documents déjà publiés. On s'est flatté de saisir l'occasion de résumer l'histoire et d'indiquer l'état actuel des collections botaniques du Muséum, ce qui n'a jamais été entrepris d'une manière spéciale.
Les collections de plantes vivantes comprennent ainsi : 1° l'École de botanique ; 2° les Écoles des arbres fruitiers et des plantes potagères ou économiques ; 3° les serres ; 4° les pépinières ; 5° le service des graines.
p.244
III. Les serres (Jardinier-chef : M. Houllet) comprennent plusieurs locaux distincts : un grand corps de bâtiment, construit vers 1800, et désigné sous le nom d'Orangerie, cette dernière sous la surveillance de M. Rihoell; deux grands pavillons vitrés du côté du midi, renfermant l'un des plantes de serre tempérée, l'autre des Palmiers ; une serre courbe divisée en deux étages, et une serre chaude partagée en trois compartiments, et renfermant l'aquarium dans celui du milieu ; enfin, plusieurs petites serres de moindre importance consacrées à la multiplication.
Il ne peut entrer dans notre plan d'indiquer le grand nombre de végétaux conservés dans les serres du Muséum ; mais nous ne pouvons nous dispenser de signaler ceux qui sont le plus intéressants par leur développement ou par leur rareté, savoir :
1° Dans le Grand pavillon tempéré :
Livistona australis, Cupania Cunninghami, Chamaerops Griffithiana, Jubaea spectabilis, Cocos australis, Musa Ensete.
2° Dans le Grand pavillon des Palmiers :
Corypha umbraculifera, Astrocaryum Ayri, Livistona sinensis, Thrinax radiata, Martinezia caryotaefolia, Areca Verschaffeltii, Cupania filicifolia, Ravenala madascariensis, Garcinia lancifolia, Crescentia regalis.
3° Serre courbe supérieure :
Une belle collection d'Euphorbes charnus, de Cactée, d'Agave, et surtout un grand nombre d'espèces de Zamia, d'Encephalartos et de Dion, que l'on a pu voir en fleur l'été dernier.
4° Serre courbe inférieure :
Caesalpinia echinata, Cycas circinalis, C. caledonica, C. Riuminiana, C. revoluta, Cocos nucifera, Napoleona imperialis, Mappa Porteana, Curatella imperialis, Latania rubra, Pinanga latisecta, Calophyllum Calaba, Monocera grandiflora, Heritiera macrophylla, Guyacum officinale, Mangifera indica, Dracama marginata, plusieurs espèces de Rhopala, etc.
5° Serre chaude :
Premier compartiment :
Orchidées réunies en collection ; Marantacées, la plus belle collection qui existe, et qui a fourni des matériaux aux travaux de M. A. Gris sur cette famille ; Galactodendron utile, Antiaris toxicaria, Acantholoma spinosum, Ruischia Souroubea, Theophrasta Jussieui, plusieurs espèces nouvelles de Pandanus.
Deuxième compartiment :
Des Aroïdées, des espèces remarquables de Freycinetia, de Carludovica et de Nepenthes, et les plantes qui ornent l'aquarium, Nymphaea, Euryale, Victoria regia, Neptunia natans.
Troisième compartiment :
Fougères exotiques, réunies en nombreuse collection, où l'on remarque l'Angiopteris evecta, des Marattia, des Cyathea, des Alsophila; une très-belle collection de Clusiacées; le Theophrasta macrophylla, etc.
tenu a Paris en Aout 1867
Les membres du Congrès [one of which was Welwitsch] ont été reçus au Muséum d'histoire naturelle, le jeudi 22 août, par MM. Brongniart et Decaisne, professeurs-administrateurs, assistés de MM. Tulasne et Naudin, aides-naturalistes. Ils ont pu faire, sous leur savante direction, une revue des diverses collections botaniques du Muséum, assurément remplie d'intérêt, suffisante pour en remporter une impression générale et grandiose, mais insuffisante pour en connaître les richesses et pour savoir quel concours ils pourraient en attendre pour leurs études. C'est dans l'intention de combler cette lacune que le présent rapport a été rédigé, grâce aux notes exactes et actuelles qui ont été obligeamment fournies par MM. Brongniart et Decaisne, ou empruntées à des documents déjà publiés. On s'est flatté de saisir l'occasion de résumer l'histoire et d'indiquer l'état actuel des collections botaniques du Muséum, ce qui n'a jamais été entrepris d'une manière spéciale.
Les collections de plantes vivantes comprennent ainsi : 1° l'École de botanique ; 2° les Écoles des arbres fruitiers et des plantes potagères ou économiques ; 3° les serres ; 4° les pépinières ; 5° le service des graines.
p.244
III. Les serres (Jardinier-chef : M. Houllet) comprennent plusieurs locaux distincts : un grand corps de bâtiment, construit vers 1800, et désigné sous le nom d'Orangerie, cette dernière sous la surveillance de M. Rihoell; deux grands pavillons vitrés du côté du midi, renfermant l'un des plantes de serre tempérée, l'autre des Palmiers ; une serre courbe divisée en deux étages, et une serre chaude partagée en trois compartiments, et renfermant l'aquarium dans celui du milieu ; enfin, plusieurs petites serres de moindre importance consacrées à la multiplication.
Il ne peut entrer dans notre plan d'indiquer le grand nombre de végétaux conservés dans les serres du Muséum ; mais nous ne pouvons nous dispenser de signaler ceux qui sont le plus intéressants par leur développement ou par leur rareté, savoir :
1° Dans le Grand pavillon tempéré :
Livistona australis, Cupania Cunninghami, Chamaerops Griffithiana, Jubaea spectabilis, Cocos australis, Musa Ensete.
2° Dans le Grand pavillon des Palmiers :
Corypha umbraculifera, Astrocaryum Ayri, Livistona sinensis, Thrinax radiata, Martinezia caryotaefolia, Areca Verschaffeltii, Cupania filicifolia, Ravenala madascariensis, Garcinia lancifolia, Crescentia regalis.
3° Serre courbe supérieure :
Une belle collection d'Euphorbes charnus, de Cactée, d'Agave, et surtout un grand nombre d'espèces de Zamia, d'Encephalartos et de Dion, que l'on a pu voir en fleur l'été dernier.
4° Serre courbe inférieure :
Caesalpinia echinata, Cycas circinalis, C. caledonica, C. Riuminiana, C. revoluta, Cocos nucifera, Napoleona imperialis, Mappa Porteana, Curatella imperialis, Latania rubra, Pinanga latisecta, Calophyllum Calaba, Monocera grandiflora, Heritiera macrophylla, Guyacum officinale, Mangifera indica, Dracama marginata, plusieurs espèces de Rhopala, etc.
5° Serre chaude :
Premier compartiment :
Orchidées réunies en collection ; Marantacées, la plus belle collection qui existe, et qui a fourni des matériaux aux travaux de M. A. Gris sur cette famille ; Galactodendron utile, Antiaris toxicaria, Acantholoma spinosum, Ruischia Souroubea, Theophrasta Jussieui, plusieurs espèces nouvelles de Pandanus.
Deuxième compartiment :
Des Aroïdées, des espèces remarquables de Freycinetia, de Carludovica et de Nepenthes, et les plantes qui ornent l'aquarium, Nymphaea, Euryale, Victoria regia, Neptunia natans.
Troisième compartiment :
Fougères exotiques, réunies en nombreuse collection, où l'on remarque l'Angiopteris evecta, des Marattia, des Cyathea, des Alsophila; une très-belle collection de Clusiacées; le Theophrasta macrophylla, etc.
Friday, 27 February 2009
Charles Victor Naudin

Charles Victor Naudin, biologiste français (1815-1899), travailla à ses débuts sur la flore brésilienne.
Il s'intéressa à la systématique des plantes et procéda à de nombreuses expériences d'hybridation, en déduisit les lois fondamentales de l'hérédité, sans toutefois les publier.
En 1848, il entra comme aide-naturaliste au Muséum et, à partir de 1854, fut chargé de la surveillance des cultures. Adjoint de Decaisne, il entretint une correspondance botanique avec Thuret, puis avec Bornet qui nous renseigne sur la constitution des collections de la villa Thuret.
En 1863, il succéda à Moquin-Tandon comme membre de l'Académie des sciences, puis, en 1872, se retira dans les Pyrénées, où il établit un jardin botanique d'expériences et d'acclimatation dans sa propriété de Collioure. Il avait acquis une grande expérience dans l’acclimatation et constitué un important réseau de correspondants lorsqu’il fut appelé en 1878 à la direction du jardin botanique de la villa Thuret. Impossible d'estimer le nombre d'espèces végétales qu'il introduisit en France ; on lui attribue de nombreuses cucurbitacées dont il fit une révision mémorable, divers palmiers dont le célèbre cocotier du Chili Jubaea chilensis, les eucalyptus qu'il introduisit en grand nombre à la villa Thuret en partie grâce à une étroite collaboration avec Ferdinand Mueller, botaniste en poste à Melbourne (Australie).
Il nous a laissé un catalogue exhaustif de toutes les introductions effectuées à la villa Thuret au XIXème siècle. Il fit également de précieuses observations sur les spécificités du climat méditerranéen que l’on retrouve dans sa correspondance avec Bornet.
Son principal ouvrage Mémoire sur les hybrides du règne végétal, inséré dans le Recueil des savants étrangers, obtint le grand prix de botanique de l'Institut en 1862. L'auteur établit, contrairement à l'opinion généralement admise, la non-permanence des hybrides. Naudin a en outre publié une série de mémoires traitant de l'espèce. Il a collaboré à divers traités et recueils d'agriculture et d'horticulture et a publié le Manuel de l'acclimateur (1888).
Thursday, 26 February 2009
Jardin d'acclimatation du Hamma
SITUATION DES ESSAIS D'ACCLIMATATION
D'ESPÈCES LIGNEUSES EXOTIQUES,
Au Jardin D'acclimatation Du Hamma, A Alp.er
Par M. A. HARDY
Directeur du Jardin d'acclimatation d'Alger.
(Séance du 24 mai 1867.)
p. 347
En 1863, j'ai eu l'honneur de soumettre à la Société le résultat des essais d'acclimatation d'espèces ligneuses exotiques, entrepris sur un nouveau plan, au Jardin d'acclimatation du Hamma, à Alger. Ce compte rendu a été inséré dans le Bulletin mensuel de la Société impériale zoologique d'acclimatation, tome X, page 077, n° 11, novembre 1863.
Aujourd'hui, je viens entretenir la Société des travaux de même nature qui ont été continués depuis. Mais auparavant, et comme préface, je lui demande la permission de lui faire connaître les progrès des premières plantations dont il est ici question, en mentionnant principalement les espèces qui fructifient et donnent des graines fertiles.
Parmi les Palmiers, je citerai les Cocos flexuosa, australis, schizophylla ; le Livistona sinensis, improprement appelé Lalanier de Bourbon, donne des quantités considérables de semences depuis quelques années, et les jeunes sujets de cette espèce s'expédient en nombres importants. Le Corypha australis, charmant palmier de la Nouvelle-Hollande, etleCory- pha gembanga, autre palmier de Java, aux larges éventails, commencent à fructifier. Les Chamœropa tomentosa, elegans et excelsa, donnent des semences qui ont permis de faire des semis assez abondants. La dernière de ces trois espèces ajoute à son eflet décoratif un intérêt industriel par les nombreuses fibres textiles qu'elle produit sur son tronc. A raison de cette propriété, on l'appelle Palmier à chanvre. Le Phœnix pu- mila du Gabon et le Phœnix leone.nsis de Sierra-Leone donnent des graines fertiles qui servent à leur reproduction. 11 en est do même du Diplothemium maritimum, petit palmier acaule du Brésil.
Dans le groupe de Cycadées, diverses plantes ont développé des inflorescences bien constituées, mais il ne s'en est suivi aucune fructification, parce que ces végétaux étant essentiellement dioïques, et que des espèces n'étant représentées souvent que par un seul sujet, il n'y a pas eu coïncidence dans l'apparition des fleurs des deux sexes, même entre congénères. Cependant il pourra se présenter des cas qui permettront d'utiliser le pollen pour essayer de féconder des espèces voisines, ou même des espèces de genres voisins.
Les principales espèces de ce groupe qui ont produit des inflorescences sont le Cycas circinalis des îles Moluques ; le Dion edule du Mexique ; 1''Encephalarthos ça/fer de l'Afrique australe; le Zamiapumila du cap de Bonne-Espérance ; les Ceratozamia muricata et picta de Guatemala ; le Macrozamia Miqueliana de l'Australie ; le Cycas revoîula, originaire du Japon, se reproduit par les lurions qui se développent à la base de sa tige.
Dans le groupe des Musacées, les Strelitzia angusta, reginœ, ovata, spathulata, multiflora, juncea, ont donné des graines fertiles ; les deux premières espèces surtout en ont donné avec une abondance qui a permis de faire entrer les jeunes sujets en provenant dans les livraisons régulières de l'établissement. Ces végétaux, dont l'inflorescence est des plus remarquables, sont fort recherchés.
Le colossal Musa Ensete, ou bananier d'Abyssinie, est également très-demande. Le premier sujet de cette espèce qui a fructifié dans l'établissement a donné naissance à deux cent soixante jeunes sujets qui, tous, se sont écoulés en France et en Europe, malgré leur prix relativement élevé (30 francs pièce). L'établissement a ainsi doté les principaux jardins de l'Europe d'un splendide végétal qui fait l'admiration de tout le monde.
Dans le groupe des Bombacées, le Carolinea macrocarpa a donné des fruits dont les graines sont fertiles. Ces fruits sont des capsules de la grosseur du poing, ovoïdes, à cinq ou six divisions déhiscentes ; chaque division contient, attachées à un axe central, cinq à six graines de la grosseur d'une aveline ; cette graine a le testa solide, enveloppant un embryon dont les cotylédons, très-développés, sont charnus et occupent toute la cavité. Cet ensemble constitue une noisette très-agréable à manger. Au Brésil, ce fruit se vend sur les marchés sous le nom de Noz-de-Maranhao ; l'introduction de celle espèce précieuse esl due à M. le comle de Castelnau, alors consul de France à Bahia.
Dans la partie accidentée qui domine l'établissement, au- dessus de la route de Kouba, soixante-deux espèces d'Acacia de la Nouvelle-Hollande couvrent le sol de leurs rameaux ; au printemps, la floraison de ce groupe est splendide ; leur inflorescence spiciforme, de couleur soufre, disposée sur des rameaux flexibles, simule les jets d'un feu d'artifice. Des espèces arborescentes dominent les autres espèces d'un développement plus humble et se font déjà remarquer par leur élévation. Leur bois acquiert de la solidité et est de nature à être employé dans l'industrie. Ce que je dis à cel égard est d'ailleurs corroboré par les renseignements qui nous viennent de leur pays originaire ; je citerai notamment les Acacias melanoxylon, falcata, longissima, Cunninghami, coral- lina, etc.
Le groupe des Myrlacées à fruits durs ou déhiscents se compose d'espèces presque toutes originaires de la Nouvelle- Hollande et de la Nouvelle-Zélande, et renferme des arbres remarquables, tant pour l'ornementation que pour la solidité de leur bois, indépendamment de nombreux arbustes qui, presque tous, ont des inflorescences des plus brillantes ; je citerai notamment: des Leptospermum, des Tristania, des Fabricia, des Lophostcmon, au magnifique feuillage, et vingt-cinq espèces ^Eucalyptus. Parmi les Eucalyptus globitlus plantés dans cet endroit en avril 1862, plusieurs ont, en ce moment (au bout de quatre ans), 80 centimètres de circonférence, à 1 mètre au-dessus du sol, et 15 mètres de hauteur. Ces arbres ont été mis à demeure ayant 60 centimètres de haut. Quelques-uns, au bout d'une année, avaient atteint 5 métrés d'élévation. L'accroissement en hauteur de ces arbres n'a pas maintenu sa progression première ; après ce premier élan, l'effort vital s'est porté vers le développement on diamètre. Le terrain où est établie cette plantation est en pente, et est naturellement sec pendant l'été. Un Eucalyptus globulus a été planté il y a huit ans, dans cette partie de l'établissement, c'étaitle premier introduit.il a été déraciné au mois de mars dernier, et son tronc, qui mesure 1^,66 de circonférence à la base, figure à l'Exposition universelle.
La formation de ces deux groupes, composés d'espèces presque exclusivement australiennes, a été facilitée par des envois de graines dus à M. Mueller, directeur du Jardin d'acclimatation de Melbourne, et les dons de la Société impériale zoologique d'acclimatation. Ils ont été complétés au moyen d'acquisitions faites chez les marchands de graines et chez les horticulteurs qui reçoivent beaucoup de graines australiennes.
Les Araucaria achetés en Angleterre, et plantés dans cette dépendance au commencement de 1863, ayant environ 50 centimètres de hauteur, au maximum, ont parfaitement prospéré. On peut en juger par les dimensions qu'ils ont acquises au bout de trois ans et deux mois. Des Araucariaexcelsa ont en ce moment à"1,50 d'élévation; des Araucaria Cooki, 2m,50 ; A. Cunninghami, 3m,50 ; A. Bidwillii, 2 mètres ; des Araucaria brasiliensis ont pris un développement qui permet de penser qu'ils ne tarderont pas à fructifier.
H Araucaria imbricata du Chili, essayé à diverses reprises et à diverses expositions, n'a jamais réussi. La température élevée et la lumière ardente de nos étés lui sont funestes. Il est à remarquer, d'ailleurs, que beaucoup d'espèces chiliennes n'ont pu réussir en Algérie.
Les Dammara plantés en 1863, et dont j'ai déjà eu occasion de parler, sont restés quelque temps stationnaires après leur plantation ; la chute de leurs plus anciennes feuilles pouvait faire craindre un commencement de dépérissement, mais l'année suivante ils ont repris vigueur ; les nouvelles feuilles qu'ils ont développées sur place résistent parfaitement aux fluc
tuations atmosphériques, et ne sont plus sensibles ni au siroco, ni au vent de mer, et leur situation est actuellement très- florissante.
Les Dammara sont des Conifères de première grandeur et qui sont des plus riches en résine. Originaires des régions montueuses de l'Océanie, ils présentent un grand intérêt pour l'Algérie, et l'on ne saurait les y introduire en trop grand nombre. Les Podocarpus, Toreia, Frenela, Biota, Libocedrus, établis sur ce point, ont parfaitement réussi; ce sont des espèces originaires des pays tempérés ot qui sont merveilleusement appropriées à l'Algérie.
Les Casuarina ont grandi ; parmi les six espèces mises en expérience, il en est une qui prime les autres par la rapidité du développement et par la grâce du port, c'est le Casuarina nodiflora, originaire de la Nouvelle-Calédonie.
Le groupe des Proléacécs présente une végétation et des formes remarquables, soit par leurs feuilles épaisses et coriaces, décomposées ou entières, sessiles ou pédonculées; tandis que les unes ont la grâce et la légèreté de la Fougère, les autres présentent la surface compacte d'un disque ; soit par leurs fleurs qui présentent toutes les gammes du blanc, du jaune et du rouge, disposées en bouquets à l'aisselle des feuilles ou, en capitules, au sommet des rameaux. Dans ce groupe se distinguent diverses espèces de Rhopala, arbres originaires de l'Amérique méridionale, dont un exemplaire est en fleur en ce moment.
Il faut maintenant descendre au centre de l'établissement, et je vais parler des plantations nouvelles qui ont été exécutées et dont il n'a pas encore été fait mention.
Les Myrtacées à fruits en baies ou pulpeux renferment des espèces précieuses, soit par leurs fruits comestibles, soit par l'arôme de leurs feuilles qui peuvent entrer comme condiment dans la préparation des aliments. Les feuilles duMyrcia pimentoides, originaire de l'Inde, ont la saveur acre et stimulante du poivre ; celles du Myrcia caryophylloides, originaire du Brésil, ont l'odeur agréable et pénétrante, en même temps que le goût relevé du girofle. Ces deux espèces fleurissent et commencent à donner des semences fertiles. Les Jambosa vtilgaris de l'Inde, /. malaccensis de la même contrée, Aquea des îles Moluques, amplexicaulis de Sumatra, ont supporté les abaissements de température de nos hivers sans en souffrir sensiblement. Les deux premières espèces donnent dans leur pays originaire des fruits piriformes, transparents, qui sont très-estimes. Il y a lieu de croire qu'avec le temps elles fructifieront également ici.
Parmi les Eugenia, dont plusieurs donnent des baies comestibles et d'un goût relevé, se distinguent par l'ampleur de leur feuillage YEugenia cauliflora du Brésil, et \'Ê. terni- folia de l'Inde ; six espèces de Psidium ou Goyavier, divers Grenadiers, quelques Myrtes exotiques à larges feuilles, complètent ce groupe.
La famille des Apocynées renferme un certain nombre de végétaux dont les propriétés sont suspectes, et quelques espèces sont décidément malfaisantes ; telle est notre Laurier- rosé, qui est si abondant dans les lits de nos rivières, ce qui ne l'empêche pas d'être un charmant arbrisseau par ses fleurs. Malgré sa fréquence, il n'occasionne cependant que fort peu d'accidents, parce qu'il est connu et signalé. Les animaux ne s'y trompent pas, et je crois que c'est le seul végétal que les criquets n'aient pas attaqué en Algérie. Cependant, toutes les plantes de cette famille ne sont pas vénéneuses, il en est de bienfaisantes et d'utiles, telles sont le Carissa carandas, qui renferme un principe fébrifuge, employé avec succès dans l'Inde; les Vahea de Madagascar; YUrceola de Sumatra, qui donne un bon caoutchouc, ainsi que quelques autres lianes inédites du Gabon. Telles sont encore les Hancornia du Brésil, le Melodinus de l'Inde, et le Carpodinus de Sierra-Leone, dont les fruils sont comestibles et rafraîchissants.
Dans le groupe de cette famille qui figure dans nos plantations expérimentales, se trouvent cinq espèces de Plwniera, ou Frangipanier, arbrisseaux aux rameaux charnus, gorgés de suc lactescent, donnant pendant l'été de nombreux bouquets de fleurs brillantes et répandant un délicieux parfum; ce sont : les Plumiera mbra, macrophylla et bicolor de l'Amérique australe ; le Plumiera alba de Madagascar, et le Plumieru acuminata de l'Inde; les fleurs de ces arbustes sont employées dans la parfumerie asiatique ; les racines et le suc propre sont usités contre diverses maladies dans les régions tropicales ; VArduinia bispinosa de l'Afrique australe, dont les Hottentots mangent les baies ; le Thevetia neriifolia des Antilles, aux larges fleurs jaune d'or; le Cerbera Manghas de, l'Inde, aux charmantes fleurs blanches et rosés, VAlstonia sc/tolaris des îles Moluques et de Timor ; le Dipladènia uro- phylla de l'Amérique méridionale ; le ttcanmontia grandiflora du Bengale, le Wrigthia tinctoria de l'Inde, dont les feuilles contiennent un magnifique indigo, mais dont l'extraction demande une préparation toute particulière.
Le groupe des Sapintlacées présente les Stadmannia australis de la Nouvelle-Hollande, Guiesbrechtii et Fraserii des parties tempérées de l'Amérique centrale ; ces arbres deviennent grands et ont un bois très-dense qui leur a valu le nom iï arbres à bois de fer; VAlectryon excelsum de la Nouvelle- Hollande, qui a les mêmes propriétés ; les Cupania tomentosa et sorbifolia de l'Amérique centrale ; C. filicifolia du Brésil, remarquable par l'extrême élégance de son feuillage ; les Sapindw indiens et emarginatus de l'Inde ; Saponaria et Surinamensis de l'Amérique méridionale ; cinereus de Madagascar ; Senegalensis de la Sénégambie, sont des arbres de moyenne grandeur, connus généralement sous le nom de Savonniers, qui donnent desfruitssphériques, ayant une coquo charnue. Cette coque forme une émulsion très-abondante dans l'eau, sert à laver le linge, au foulage des laines, et remplace le savon dans toute la zone tropicale. Le suc astringent que ces fruits renferment reçoit diverses applications médicales, notamment contre les hémorrhagies. Les graines sphériques et noires sont recherchées pour faire des chapelets. Les Sapindus indiens et surinamensis fructifient déjà abondamment dans l'établissement.
Ce groupe renferme encore VAmirola nitida du Pérou ; les Dodonea Burmanniana de l'Inde ; I). triquelra et D. Thun~ berrjiana delà Nouvelle-Hollande ; enfin, VEtiphoria
originaire de la Chine et de la Cochinchine, dont les fruits sont excellents à manger et jouissent d'une grande réputation dans l'extrême Orient. Cette espèce a déjà donné quelques fruits dans l'établissement, et les semences ont été soigneusement conservées pour la reproduction.
L'Kuphoria Litchi, arbre fruitier de l'Indo-Chine, donne de? fruits encore supérieurs. Ils sont tellement estimés en Chine, que, dans la partie la plus chaude de ce vaste pays, on élèvo des plants de Litchi dans des caisses, que l'on transporte, chargés de fruits, à Pékin, afin que l'empereur du Céleste- Empire puisse cueillir les fruits frais sur l'arbre même. Ce fruit se sèche, se conserve et s'exporte. J'ai eu l'occasion d'en voir à Londres en cet état, mais ils n'ont pas, tant s'en faut, la même qualité qu'à l'état frais.
Le Litchi s'est acclimaté dans la plupart de nos colonies tropicales, à la Martinique, à Bourbon, à l'île de France, mais il paraît qu'il est encore rare dans ces contrées, et son introduction au Jardin d'acclimatation du Hamma est vivement désirée.
Le groupe des Araliacées renferme les espèces suivantes, remarquables par leur feuillage généralement décoratif et qui, pour quelques espèces, acquiert une ampleur et un aspect qui n'est pas ordinaire. Les Panax crassifolium, integrifo- lium, tridaclylum, pentadactylum, Lessoni, arboreum, originaires de la Nouvelle-Zélande, ont généralement le feuillage d'une nuance excessivement foncée, tirant sur le bronze. Le Panax aculeatum de la Chine forme un arbrisseau très- fourni qui répand une odeur pénétrante et bien plus prononcée que chez ses congénères.
Les Paratropia longifolia, subobtusa, vemtlosa, Walli' chiana, elliptica, originaires de l'Asie tropicale, forment des buissons épais, d'un vert intense, aux amples feuilles, à digita- tions plus ou moins nombreuses.
Les Oreopanax yuatemalense, capitatum, peltatum> pla* tanifolium, daclyliferum, originaires des parties montueuses de l'Amérique centrale, sont remarquables par leurs grandes feuilles presque exclusivement palmées.
Le Gastonia palmata, originaire de l'Inde, a presque le même aspect. Le Bothryodendrum macrophyllum de l'île de Norfolk présente ses épais faisceaux de grandes feuilles luisantes. Il faut citer encore les Aralia nymphœifolia, lepto- phylla, Brownii, Sieboldtii, reticulata, farinifera, Huoelii, palmata, diversifolia, Lindenii, Thibautii, argentea, appartenant, en majeure partie, aux régions boréales de l'Amérique, au Japon et à la Chine ; enfin, Y Aralia papyrifera de l'île Formose, dont les grandes feuilles palmées, cotonneuses en dessous, atteignent ici jusqu'à 1 mètre de diamètre. L'établissement possède un exemplaire de Cette espèce qui a près de A mètres d'élévation, et qui envoie des rejetons dans tout le terrain environnant. Le tronc de ce petit arbre contient une moelle très-développée avec laquelle les Chinois préparent le papier connu sous le nom de papier de Chine. Cet Aralia peut devenir une plante industrielle pour l'Algérie.
Les Bignoniacées forment un groupe où se remarquent des végétaux recommandables par la beauté toute particulière de leur inflorescence et de leur feuillage, et quelques espèces par la qualité toute spéciale de leur bois.
Le Jacaranda mimoscefolia, originaire du Brésil, réunit, à lui seul, toutes ces qualités. Rien n'est élégant comme ses nombreuses feuilles bipennées; ses fleurs, d'un bleu lilas disposées en thyrses, sont des plus gracieuses. Son bois de couleur foncée est l'un de ceux connus sous le nom de Palissandre. Le Jacaranda pubescens est de dimension plus humble ; ses fleurs plus grandes sont de couleur violette.
(La suite au prochain numéro.)
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2« SÉrie, T. IV. — Août 18G7. 27
D'ESPÈCES LIGNEUSES EXOTIQUES,
Au Jardin D'acclimatation Du Hamma, A Alger
Par M. A. HARDY
Directeur du Jardin d'acclimatation d'Alger.
( Suite.)
Les Tecoma stans des Antilles, mollis et schinifolia du Mexique, fulva du Chili, Capense du cap de Bonne-Espérance, yrandiflora de la Chine, sont des arbrisseaux qui donnent une abondante floraison et qui sont on ne peut plus décoratifs.
Le Tecoma leucoxylon de la Havane et de la Barbade forme un arbre et donne un bois précieux connu sous le nom A'Ébène jaune. Le Tecoma œsculus du Brésil a des proportions plus grandes, et donne aussi un excellent bois d'œu'vre. Ces deux espèces sont très-vigoureuses et peuvent être considérées comme acquises au pays.
Le Tecoma pentaphylla dos îles Caraïbes et de la Martinique n'a pas résisté à des abaissements de température dedeui degrés au-dessus de zéro. Il en est de môme AuCrescentiacu- jeté, originaire des mêmes régions, tandis que le Crescentia ciicurbitina, originaire des parties sèches et élevées des îles de la Trinité, présente une bien plus grande résistance. Le Spathodea Watlichii est un grand arbrisseau dont je ne connais pas la patrie, mais je présume qu'il est originaire du haut Bengale. Son inflorescence n'est pasbrillanle, mais je ne sais rien d'aussi somptueux que son feuillage ; ses feuilles sont pennées, et les folioles ont jusqu'à 40 centimètres de long sur 25 de large.
Les Spathodea campannlata et tnlipifera, originaires de la Guinée, n'ont pu supporter l'abaissement de nos hivers. Par contre, les Colea floribunda et Commersonii de Madagascar se développent avec vigueur. L'Amphilophiurn Mutixii de la Nouvelle-Grenade; le Pithecoclhenium muricatum du Mexique et de Guatemala ; les Bignonia venusla, jasminifolia et
jasminoides du Brésil ; grandiflora de Caracas ; unyuis de Saint-Domingue, sont do grandes lianes qui prennent un développement considérable et qui donnent ici d'abondantes grappes de fleurs.
Le groupe des Laurinées renferme de nombreux arbres intéressants, à divers titres, par la qualité de leur bois, par la beauté de leur feuillage et par les arômes qu'ils dégagent de leurs feuilles, de leur écorce, de leur bois et de leurs racines. On y voit les Laurus cumphora et inuncta, qui produisent le camphre et dont les feuilles et le bois répandent cette odeur. Le Laurus caroliniana, avec le bois duquel on fuit de jolis meubles. Le Laurus indica> qui devient un arbre et fournit un bon bois d'ébénisterie ; l'Apollonius canariense, qui ressemble beaucoup à notre laurier commun; le Benjoin odori- ferum de la Virginie ; les Cinnamomum dulce de la Chine, albiflorutn de l'Inde, sont des espèces voisines de celles qui donnent la cannelle de Ceylan, et qui donnent elles-mêmes une écorce aromatique, connue sous le nom de cannelle de Chine; VOreodaphnefœtem de Madère, dont l'écorce est aromatique ; le Litsea glauca et le Daphnidinm gracile du Japon, arbres à feuilles odorantes ; enfin, le Persea gratissima qui donne un fruit appelé poire d'avocat^ qui est très-estime dans toute la zone tropicale. Cet arbre fructifie très-bien ici, et les fruits qui en sont obtenus ne sont pas, au dire des connaisseurs, inférieurs à ceux des contrées tropicales.
Les Tetranthera japonica du Japon, fwntginea de la Nouvelle-Hollande, iaurifolia de la Chine, sont de jolis arbres de troisième grandeur, toujours verts, dont le bois est estimé. Le dernier est cultivé en taillis, à l'île de la Réunion, et les jeunes, bourgeons sont donnés en pâture au bétail, d'après les renseignements fournis par le vénérable M. Richard, directeur du Jardin des plantes de cette colonie.
En suivant l'ordre de la plantation, Ifi groupe qui se présente ensuite est celui des Scrophularinées, les espèces composant celte famille ne révèlent guère leur utilité que par quelques propriétés médicinales, mais celles propres à l'ornement y abondent. L'espèce qui atteint la plus grande taille est le Paulownia imperialis, originaire du Japon, qui donne, chaque printemps, avant l'apparition de ses feuilles, une floraison fort brillante. Les Budleya madagascariensis de Madagascar, globosa du Chili, glaberrima du Népaul, salicifolia de l'Amérique australe, sont des arbrisseaux à rameaux plus ou moins déliés el sarmenleux qui, par leur floraison abondante, produisent le meilleur effet dans les massifs. Le Halleria Incida du cap de Bonne-Espérance produit le meilleur effet par ses nombreuses fleurs rouge-brique.
Les Russelia juncea, multiflora, carminea et pygnvpa du Mexique, sont des arbustes d'ornement tout à fait hors ligne par leurs nombreuses fleurs lubulées aux couleurs des plus brillantes.
Les Franciscea macrantha, hydrangeaformis, eximia, con- fertiflora, hopeatui, latifolia, laurifolia, tous originaires du Brésil, sont des arbustes dont les fleurs, au large limbe, colorées de nuances variant du violet pourpre au lilas clair, répandent dans l'air une odeur des plus suaves. Les Bnmsfelsia americana, undulata, violacea, originaires de l'Amérique tropicale, sont de taille plus élevée que les Franciscea ; leurs fleurs, de même conformation, naissent blanches et passent ensuite à la couleur jaune. Elles répandent également un parfum des plus agréables, surtout le soir. Les Franciscea et les Brumfelsia sont de précieuses acquisitions pour les jardins du littoral algérien.
Il ne sera parlé que pour mémoire de diverses autres espèces décoratives de la même famille dont la consistance est autant herbacée que ligneuse, telles sont : les Diplacus de la Californie; le Phygelius du cap de Bonne-Espérance; les Pentstemon et Chelone originaires du Mexique et du Texas ; les Maurandia el Laphospermum du Mexique ; les Veronica ligneuses de la Nouvelle-Zélande, qui réussissent bien pourvu qu'elles soient placées dans une terre légère et profondément .fraîche. Inutile de parler des espèces herbacées ou annuelles, de la même famille, dont la naturalisation est indiquée d'avance, telles que Linaria, Anlirr/tinum, Collinsia, Sctii- zanthus, Salpiglossis, Browallia, Minulus; par contre, la
culture des calcéolaires ne donne ici aucun résultat satisfaisant, tandis que sous des climats moins chauds et moins secs, elle est couronnée de succès.
Le groupe des Jasminées et Oléacées ou Oléinées renferme un grand nombre de végétaux économiques. A leur tête se présente l'Olivier, arbre spontané à l'Algérie, et dont les produits feront un jour la richesse la plus importante, la plus nelte et la plus solide de ce pays. L'espèce en elle-même n'était pas à introduire, mais il y a eu à s'approprier diverses bonnes variétés qui étaient disséminées dans ses diverses régions cul- turales.
Le Noronhia emarginata ou Olea emarginata est originaire de Madagascar. C'est un arbre magnifique dont les feuilles larges, épaisses et coriaces, et les rameaux droits ont un aspect qui diffère essentiellement de celui de l'olivier ordinaire.
Les Frênes se mêlent à cette famille et sont représentés par les espèces d'Europe, d'Afrique et d'Amérique. Le Fraxinus jttglandifolia, originaire de l'Amérique septentrionale, est un des plus remarquables par l'ampleur de son feuillage, ses grandes dimensions et la qualité de son bois ; YOrnus rotun- difolius donne la manne dite de Calabre ; YOrnus europœus. ou Fraxinus orntts donne une floraison réellement ornementale; les Ligustrum japonicum du Japon, sinense, ovalifolium de la Chine, et vulgare de l'Europe, sont de charmants arbrisseaux d'ornement. Le premier prend un développement assez considérable, le troisième donne des thyrses de fleurs blanches, presque aussi bçaux que ceux du lilas. Le bois du Ligustrum ou Troène est propre à un grand nombre d'usages; les jeunes rameaux sont flexibles et propres à la vannerie; les Osmanlhtis ilicifolius et fragrans sont des arbrisseaux de la Chine, dont les fleurs, peu apparentes, répandent l'odeur la plus suave et la plus délicate. Ces fleurs sont employées par les Chinois pour parfumer diverses sortes de thés.
Les Jasminum grandiflorum, odorat issimum, revolutum, Wallichiamtm, flexile, heterophyllum, originaires de l'Inde, officinale, pubescens, unditlatum de la Chine, trinerve de Java, glaitcnm du cap de Bonne-Espérance, Bouquetli d« la Nouvelle-Calédonie, Asoricum des îles Açores, s» couvrent de fleurs qui remplissent l'nir Je leurs parfums. Le» fleurs de la plupart des Jasmins sont distillées pour la production des essences; à oe titre, ces végétaux ne sont pas seulement de pur ornement, ils ont aussi le caractère industriel au premier chef.
Lo groupe des Malvacées, dont nous allons nous occuper, ne se compose pas seulement de plantes d'ornement dont plusieurs sont très-belles; presque toutes les plantes de celle famille recèlent dans leur écorce des fibres textiles qui sont diversement employées en industrie pour la confection des cordages, des toiles communes, du papier, etc. Mais le nombre des plantes qui sont uiilisiVs ainsi est trés-rostreint en comparaison de la quantité considérable d'espèces de la même famille qui pourraient être industriellement exploitées de la mAme manière. Il ne faut pas oublier que le cotonnier, dont les filaments soyeux ne résident pas dans l'écorce, mais sont une expansion de la surface de la graino et sont enfermés dans une capsule, fait partie de la famille des Malvacées.
Voici les espèces les plus remarquables pnrmi celles de cette famille qui peuvent être considérées comme acquises au pays.
La Kitebelia vitifolia de Hongrie fournit une végétation vigoureuse, produit de nombreuses fleurs blanches, et ses liges contiennent en abondance des fibres textiles que l'on peut exploiter; les Lavntera maritima,hlspida et arborea de l'Europe australe, sont très-décoratifs et leur écorce se compose de réseaux do fibres utilisables pour la fabrication du papier. Les racines, les feuilles et les fleurs sont émolliontos.
Le Spharalcea nutans du Brésil forme un arbrisseau de 3 à 4 mètres,garni d'un ample feuillage; à l'arrière-automne, il se couvre de nombreuses fleurs en forme de cloche, pendant à un long pédoncule, et de couleur violet pourpre. Le» rameaux contiennent dos réseaux textiles.
Les Pavonia spinifex et Thyplielea des Antilles, ftaitata du Brésil, et cmieifolia du cap de Bonne-Espérance, sont de charmants arbustes dont les propriétés textiles peuvent être utilisées surtout dans la seconde espèce.
Parmi les Ilibiîcui ou Ketmie», on distingue VU. abelmos-
chu» de l'Inde, qui prend un grand développement et dont les tiges sont susceptibles de produire en abondance une filasse propre a faire de» éloffeg. Ses graines, connues sous le nom d'4 mire/te, sont quelquefois employées comme stimulants. En Arabie, on les mêle au café et au musc ; Y Hibiscus cannabinus et diversifolius de l'Inde, outre des fleurs très-belles, ont des propriété textiles parfaitement accusées ; les Hibiscus mutabi* lis è fleurs simples et la variété à fleurs doubles qui donne une si brillante floraison à l'automne ; les H, umbellutus et imnwtabilis peuvent être mis en coupe réglée pour la production de la filasse ; les U. liliïflorm de l'île de la Réunion et p/iaanicms de l'Inde sont deux magnifiques arbrisseaux qui se couvrent, pendant toute l'année, de larges fleurs on clochettes réunissant les couleurs les plus éclatantes; Yffibitcw rosa si' neruia et ses variétés a flaurs doubles, rouges et jaunes, originaires du midi de la Chine, ni- sont pas moins brillantes ; la Ketmie rosé de Chine est appelée par nos créoles des colonies 'Foulsapale, Los fleurs de cette espèce sont employées par les Chinois et les Océaniens pour colorer en noir les étoffes, le cuir et la peau, comme font les Arabes avec le henné,
Le Pfiritittm drcinattim ou Bibimta tiliacevs, originaire de l'Inde et des îles do l'océan Pacifique, a une grande valeur économique à ajouter à l'aspect le plus décoratif, et il réussit bien ici. On l'appelle, selon le pays, bois de/lot, bois de liège et grand Mtthot; see fleurs et ses racines sont émollienteg. Les Néo-Calédoniens emploient les jeunes pousses comme aliment. Son bois, qui eut léger, au grain fin, it qui flotte sur l'eau, sert en guisa de liège pour les filets de pécheurs dans les contrées asiatiques, On en fait de jolis petits meubles de fantaisie, mais se. propriété laplus importante réside dans ses fibres textiles, qui sont très-abondantes et d'excellente qualité, et avec lesquelles, dans l'Inde, on fail des cordes et do bons tissus.
\aWSiAapulchellfifc la Nouvelle-Hollande ; mol/issima du Pérou, spieatft de Saint-Domingue, vesicqria du Mexique, wbww du Pérou, vitifolid- du Chili, eswhnto du Brésil, refusa de l'Inde, sont des plantei d'ornement qui peuvent pawer dans le domaine industriel par les fibres ligneuses
qu'elles renferment. Il peut en être de même des Abutilm venosum, Bedfordianum, tous originaires du Brésil, et qui, outre leur effet décoratif qui seul a été utilisé jusqu'à présent, peuvent donner des fibres d'une grande finesse et d'une grande force.
Dans le groupe des Rubiacées, on voit le Nanclea cordata de Java, remarquable déjà par ses larges feuilles cordiformes; le Coprosma lucida, arbuste toujours vert de la Nouvelle- Zélande, dont les racines sont cultivées par les indigènes; le Psychotria emetica de la Nouvelle-Grenade, dont la racine donne la drogue connue sous le nom d'Ipécacuanha strié; les Pavetta gracilis, ovalifolia, rotundifolia de Madagascar ; le Chiococca racemosa des Antilles et de l'Amérique méridionale, dont l'écorce de la racine appelée racine de Caïnca, est diurétique et purgative ; VHamelia patens de l'Amérique méridionale, arbrisseau aux nombreuses fleurs rouge vif, dont les baies acides sont employées contre la dysenterie et le scorbut ; le Rondelet ia speciosa du Mexique, aux fleurs' coccinées ; le Luculia grandiflora du Mexique ; le Gardénia Thunbergia du cap de Bonne-Espérance; le Sipanea carnea de Cayenne, aux magnifiques corymbes de fleurs cannées; le Rogiera macrophylla de Guatemala ; le Vanguiera fdulis de Madagascar, dont le fruit est très-estime dans le pays; le Baconia coffeoîdes des îles Comores, arbuste qui ressemble au cafier; enfin, le Coffea arabica lui-même, montre en ce moment des baies.
Le Cafier a déjà été essayé dans l'établissement; les plants se sont élevés en peu de temps à près de 2 mètres de hauteur. Ils ont fructifié tant qu'ils ont pu être abrités, par des claies, de la grêle et des giboulées de l'hiver; mais, lorsque leur élévation n'a plus permis de les abriter ainsi, ils ont été détruits par une neige fondante qui s'est glacée sur les rameaux à la fin de février; ils étaient alors couverts de fruits déjà rouges. Le Cafier pourrait venir dans certains endroits privilégiés, moyennant ces abris confectionnés avec des claies de roseaux; mais il ne parait pas probable que le produit des récolles puisse supporter les frais de semblables installations.
Dans le groupe des Malpighiacées se présentent \Biptage madablota, de l'Inde, le Banisteria laurifolia, le Stigma- phyllum ciliatum, le Bnnchosia nitida; et le Byrsonima volubilis, du Brésil. L'Heteropteris argentea, de la Nouvelle- Grenade; les Malpighia macrophylla, du Brésil; les M. coc- cifera et M. urens, des Antilles ; le M. punicifolia, de l'Amérique méridionale. Quelques Malpighiacées ont des propriétés thérapeutiques; mais l'importance économique des végétaux de cette famille est à peu près nulle ; ils n'ont de valeur que sous le rapport ornemental. 11 s'y trouve surtout de fort belles lianes.
Dans le groupe des Solanées, on ne voit, ainsi que dans tous les autres, du reste, dont nous nous occupons, que des espèces ligneuses, dont le principal mérite est de servir à l'ornement des jardins, soit par leur floraison, soit par l'aspect de leur feuillage. Les espèces de cette famille qui se recommandent le plus par leur caractère économique sont herbacées, telles que la Pomme de terre, l'Aubergine, la Tomate, le Piment, le Tabac, et diverses autres herbacées qui ont des propriétés médicinales accentuées, telles que la Belladone,la Mandragore, la Stramoine ou pomme-poire épineuse, la Jusquiame, la Molène, etc., originaires, pour la plupart, de nos climats septentrionaux.
Dans ce groupe, on voit le Fabiana imbricata, du Pérou, dont les rameaux, qui ressemblent à ceux de la Bruyère, se chargent de nombreuses fleurs blanches tubulées. Le Nierem- bergia gracilis, de Buenos-Ayres, charmante miniature toujours fleurie. Le Datura arborea, du Pérou ; D. suaveolens, du Mexique; D. humilis, de l'Amérique australe; les fleurs de ces Datura s'emploient contre l'asthme, comme celles du Datura ordinaire.
Parmi les Solarium, on remarque le Solanum quitoense, de Quito ; le S. laciniatum, de la Nouvelle-Hollande ; le S. jas- minoides, du Brésil; S. auriculatum, de Madagascar; S. au- rantiacum, du Brésil; S. xanthocarpum, de l'Inde; S. bona- riense, de Buenos-Ayres; S. lanceolatum, du Mexique; S betacenm, de la Nouvelle-Espagne ; S. marginatitm, d'A
byssinie; S. gleuicophyllum, du Brésil; S, robmtttm, du Brésil; S. macrocarpum, do l'Jlo Maurice,
La plupart de ces espèces ont dos propriétés résolutives ; les fruits du Salonum betaeeum, qui sont do la grosseur d'un œuf de poule et qui en ont la forme, sont employés, a parfaite maturité, dans l'Amérique méridionale, éi faire des marmelades que l'on dit délicieuses. Cet arbre fructifie abondamment ici.
Le Nycterium amazonicum, du Mexique, est un charmant nrbusto, qui est couvert, en toute saison, de grandes (leurs bleues violacées.
Les Solandra grandiflnra et nitida, du Mexique, S. hir- ntta, du Brésil, sont de» arbrisseaux sarmonte.uv qui donnent de grandes fleurs tabulées remarquable».
Les Ccstntin mtrantiacum, de Guatemala; ('. roswtm, du Mexique; C. Pargui, du Chili; C, conferttim, du Pérou; ('. ve&pei'iinum, de» Antilles; C. çaulifîorum, do la Marti' nique; C. tmriciilatwn, du Pérou; C. diurmim, de la Ha- vann, C. noctumum, de la Jamaïque, «ont dos arbrisseaux touffus dont les nombreux rameaux «ont torminés par des faisceaux do fleurs 4 couleurs vivos, dans la plupart dea eapér ces. Ûuelquûâ»unes exhalent une excellente odeur le soir. Ce sont des arbrisseaux précieux pour la décoration et qui sont en général des plus rustiques.
Les Halirotfiamnua eltyaiu et //. faseiçiilatux, du Mexique, et diverses variétés horticole», sont des arbrisseaux précieux pour l'ornementation, en ce qu'ils donnant pendant tout l'hiver da nombreuses panimilcs de fleurs rosés foncées.
Le Ch(B»nattes laneeolaln, de la Nouvelle-Grenade, donne pendant l'hiver da nombreux oorymbos do fleuris longuement tabulées, d'un rouge vif, ainsi que Yfochroma tubulosum, du Pérou, dont les fleurs, do mémo forme, sont d'un beau bleu indigo. Le Jitanulloa aurantiaea, du Mexique, montre Sob grosses fleurs lubulées, jauna-orange, et recouvertes d'un calice d'une soûla pièce, ayant identiquement la môme couleur.
Le gruupti des Barraginées-CQrdiacées compose un assemblage d'espèces ligneuses intéressantes à plus d'un titre. Le
Cordia amplifolia, de l'Jlo Maurice, donne des feuilles d'une très-grande dimension. Les Cordia crenata, de la haute Egypte, et C, myza, du Malabar, donnent dos fruits employas en médecine, et leur écorco ost considérée comme fébrifuge dftR8 certains pays. Les Cordia ncabra, de l'Inde, C. bullata, de la Jamaïque; Ç, obliqua, du Brésil; C. parviflora, du Mexique ; 6'. patagonula, de la Patagonio, sont des espaces d'ornement. UEhntia tinifolia, des îles Caraïbe» et E. ser- rata, du Bengale, sont propres a la décoration des jardins; le Varrania martinicotws donne, dan» son pays, des baies aigrelettes recherchées par les enfanta. Les Tournsfortia an* (jmtifolia, du Pérou, et T. heliotropioldes, de BuenoS'Ayres, joignent des propriétés médicinales à ce qu'elles présentent pour l'ornemântalion.
Nous arrivons à ce qui a été planté de la grande famille des Légumineuses, si riche en espèces alimentaires industrielles et économiques, ainsi qu'en plantes d'ornement, Cette vaste famille ge divise en plusieurs tribus.
La tribu des Papilionacôes est représentée par le Lotus jacabeuf, des îles du cap Vert; Les Amwpha, caroliniana, eiata, frutiww et Leivisii, de l'Amérique septentrionale. Le Goodin medicaytnea, de la Nouvelle-Hollando ; le Rahinia et ses diverses variétés, dontleboig a des applications ai diverses. Les Swainsonia, de la Nouvelle-Hollande ; le Sntherlandia fmteacen», du cap de Bonno-Espôranoe ; diverses Coronilla, Indigofwa, Qwùta, Spartium, Medicago et beaucoup d'autre» espèces, dont rénumération détaillée gérait trop longue.
La petite tribu des Dalbergiéag nous présente le Ponga- mia glabra, de l'Inde ; le Dalberyia ebemis, de la Nubio, dont le bois noir ressemble à l'ébéna.
La tribu des Sophorées, trèS'étendue, nous présenta les Edwardsw mvsrgphylla et grtmdiflora, arbres à feuilles menues, de la Nouvelle-Zélande ; le Sophora littoralis, du Brésil ; la Virgilia aurea, d'Abys&inio, arbrisseau aux nombreuses fleurs jaune d'or; elle Sophora spcuna, do la Nouvelle- Espagne, qui a les fleurs bleues. Le CVarf/wifm tincturia, arbre très-décoratif, de l'Amérique septentrionale, dont le
bois donne une magnifique couleur jaune. Le Styphnolobium japonicum, grand arbre du Japon, dont les fleurs donnent une excellente couleur jaune, et dont le bois est très-solide. Le Castanospermiim australe, grand arbre de la Nouvelle- Hollande, dont les gousses énormes contiennent des graines de la grosseur d'une châtaigne, et qui remplit le même office dans l'alimentation. Les Guilandina bonduc et G. bonducella, de l'Inde; G. glabra, de l'Amérique australe, sont de grands arbrisseaux sarmenteux, à épines nombreuses et qui ont diverses propriétés médicinales. Ils peuvent servir à faire des haies très-défensives. Leurs graines, assez grosses, à péri- sperme corné, nommés coniques ou caduques, servent à faire des breloques et des colliers. Le Coulteria tinctoria, de l'Amérique australe, donnent de nombreuses gousses, aussi riches en tannin que la noix de galle. Ce grand arbrisseau est très- propre à faire des haies, et l'établissement l'a déjà vulgarisé sous ce rapport. Les Cœsalpinia mimosoides, de l'Amérique australe; C. sappan, de l'Inde; C. coriaria,Ac l'Amérique méridionale, donnent des bois de teinture et des fruits qui sont employés pour le tannage des cuirs. Ceux de la dernière de ces trois espèces sont connus dans le commerce sous le nom de Dividivi. L'Hœmathoocylon campechianum, qui produit le vrai bois de Campèche, réussit admirablement. Le Parkin- sonia aculeata, de l'Amérique méridionale, donne de brillantes fleurs jaunes; le Cadia tamarindifolia, de l'Arabie ; le Tama- rindus indica, grand arbre qui, dîins son pays originaire, donne des gousses pulpeuses, aigrelettes, qui sont diversement employées dans l'art du confiseur; on en fait des sorbets.
Les Cassia, au nombre de vingt-deux espèces, figurent dans ce groupe. Les unes sont remarquables par l'éclat de leurs fleurs; les autres sont intéressantes par leurs propriétés médicinales.
Les Schotia speciosa et latifolia sont des arbrisseaux toujours verts du cap de Bonne-Espérance. Les Bauhinia adan- soniana, du Sénégal; B. variegata et purpurea, de l'Inde; les B. Richardsoni, de Madagascar; le Jonesia azoca, de l'Inde ; les Moringo pterigosperma et M. optera, de l'Inde, arbres qui donnent des semences oléagineuses, dont on extrait, par expression, une huile connue sous le nom à'huile de Ben, qui est recherchée dans l'industrie parce qu'elle ne rancit pas, et surtout pour la fabrication des parfums. Cette huile, au bout d'un certain temps de repos, se sépare en deux par- lies, l'une épaisse et concrète, l'autre, parfaitement fluide, qui est surtout recherchée pour l'horlogerie. La première de ces espèces est en ce moment en fructification dans l'établissement. Il faut citer encore, comme faisant partie de cette tribu, les Brownea erecta elprinceps, de l'Amérique australe, et le B. racemosa, de Caracas.
(La fin au prochain numéro.)
D'ESPKCES LIGNEUSES EXOTIQUES,
Au Jardin D'acclimatation Du Hamma, A Alt.er
Par M. A. IltUlll
IHp'ecIcur tin Jardin d'iicclimataliun !' \i
(Suite et fin.)
Dans la tribu des Mimosées se présentent d'abord les diverses espèces A\\a.nin qui produisent des Connues ; un grand noinlire d'espèces conrourent à fournir ce que l'on connaît, dans le commerce de la droguerie, sous le nom de gomme arabique. Elles sont représentées par huit espèces dans les collections du Jardin du Hannna, ce sont : les Acacia Adan- soni et .!. vcra, du Sénégal; .4. Vereck, de la Sénégambie; A. eappusis et A. hnrrida, du cap de Bonne-Espérance; A. MÛotica, de l'Egypte; A. ara/iiw, de l'Arabie; Y Acacia Uatff/iu, de l'Inde, une des plantes qui exsudent le Cachou. On sait que l'exsudation de la gomme arabique est la conséquence de l'élut maladif des arbres qui la produisent. A la suite d'une sécheresse intense, sous l'influence d'un vent chaud et sec, le mouvement de la sève s'arrête, les tissus se contractent et se déchirent par places. C'est, alors que la gomme apparaît à la surface de l'ècorce
Les Acacia Mi/teck, de l'Inde; A. Icbliwkoïdi:*, de Timor; .1. lucidfr, de l'Inde; .1. tini/to, de l'Uruguay; .1. proso- poï(/es, de la Nouvelle-Espagne, sont remarquables par leur élévation et le bois d'oeuvre qu'ils sont susceptibles de donner.
du Mexique, mérite, une mention particulière, par l'énorme dimension de ses épines blanches; VAaicia flmrni'd, de l'Inde, par l'étrange développement de ces mêmes appendices; Y A. .w/ imlidcns, de Madagascar, dont les aiguillons blancs, triangulaires, sont rangés symétriquement le long du pétiole, et simulent de petites dents de requin. Enfin, Ironie-cinq espèces d'.l'.w-///, à feuilles composées, originaires des régions intertropicales, sont représentées dans ce groupe.
Le Mimoea sensitiva, du Brésil, violacca et striyosa, de l'Orénoque, ont de longs rameaux flexibles sur lesquels s'éta- gent de nombreuses fleurs globuliformes; leurs feuilles sont sensibles et se replient sous le toucher.
Le groupe des Inya renferme des espèces qui, à l'extrême élégance de leur feuillage et de leur floraison, ajoutent, pour la plupart, un intérêt économique réel; telles sont les Imja vaga, de l'Amérique centrale ; Inr/n vern, du Brésil; /. a/ata, hœmatoxylon et ferntyinea, des régions chaudes de l'Amérique, qui donnent des gousses cbarnues, dont la pulpe est sucrée et employée à divers usager alimentaires.
Nous arrivons au dernier groupe installé dans ces derniers temps ; c'est celui des Euphorbiacées.
Les végétaux qui composent cette famille sont généralement considérés comme vénéneux. Cependant, il faut reconnaître qu'on a grandement exagéré sous ce rapport. Beaucoup d'espèces contiennent, il est vrai, un lait toxique ou une sève Irès- âcre; d'autres, dont la sève est inoffensive, renferment do? principes drastiques dans quelques-uns de leurs organes, el principalement dans leurs graines.
Les feuilles de quelques plantes de la famille des Euphoo biacées sont mangées sans inconvénient par les animaux, principalement par les insectes. Ainsi, le ver à soie Serirnria arrindia se nourrit des feuilles de Ricin. Les criquets mangent impunément toutes les Euphorbiacées.
Les représentants de la famille des Euphorbiacées appartiennent à peu prés à tous les climats; seulement, dans les régions septentrionales, ils ne Jîgnrent que par des herbes annuelles; ils deviennent vivaces, puis ligneux à mesure que l'on descend vers l'équaleur, et dans les régions tropicales ils atteignent la dimension des arbres les plus élevés.
Le Mancenillier est l'espèce de cette famille à laquelle on a accordé le plus de célébrité à cause des principes malfaisants qu'elle est réputée répandre autour d'elle. L'audition de l'opéra /"Africaine n'a pas peu contribué à accréditer cette
triste réputation dans lo public, qui n'est pas tenu, il est vrai, de connaître à fond l'histoire botanique des plantes. La vérité est que le Mancenillier ne répand pas d'émanations malfaisantes autour de lui, que l'ombre qu'il projette n'est pas plus pernicieuse que celle des autres arbres. 11 ne peut produire d'accidents que lorsque le suc qui est contenu dans ses vaisseaux est mis en contact avec nos organes sensibles, tels que les yeux et la bouche; sur la peau, il produit des ulcères, et le suc, ingéré en certaine proportion, occasionnerait infailliblement la mort; mais en cela son action n'est pas plus malfaisante que celle du lait de l'Euphorbe, réveille-matin de la flore française, qui est abondant partout dans nos champs et dont personne ne se préoccupe autrement que de laisser cette herbe tranquille.
Malgré les propriétés délétères de quelques-uns de ses membres, la famille des Euphorbiacées est cependant l'une de celles qui donnent le plus grand nombre de produits-utiles à l'homme, sous le rapport alimentaire, industriel et médical.
Ainsi, le Manioc, par l'énorme quantité d'excellente fécule que renferme ses racines, forme la base de la nourriture des habitants des régions intertropicales. La plus grande quantité et la meilleure qualité de caoutchouc employées dans notre industrie viennent du bassin de l'Amazone, et sont extraites d'une Euphorbiacée arborescente de première grandeur, le Siphonia elnxtica. Une autre Euphorbiacée de Ceylau, YAteit- rite.t Iftccifera, donne une gomme-laque très-estimée. Le Stillinyia sebifera donne un suif végétal que les Chinois savent utiliser en grand pour leur éclairage. UExcœcaria Agallocha, donne un bois très-odorant qui joue un grand rôle dans la parfumerie orientale. Les graines grosses de VOmphalea cor- ddtn et de l'Alettrites ambinux sont comestibles comme nos noix. Un grand nombre d'espèces donnent des graines dont on extrait des huiles comestibles, mais plus fréquemment et en plus grandes quantités, des huiles propres a l'éclairage, siccatives et utilisables de diverses manières dans l'industrie. Enfin, la majorité des espèces de cette famille est affectée, le plus souvent avec succès, à des usages médicinaux; mais il convient de ne s'en servir qu'avec les plus grandes procautions.
Nous nous sommes un peu (''tendu sur celte famille végétale cl nous essayons de la réhabiliter, parce qu'un grand nombre de ses représentants nous paraissent devoir acquérir une importance réelle pour l'agriculture et l'industrie algériennes.
Les espèces suivantes composent le groupe des Euphorhia- cées qui a été planté dans l'établissement.
lïEvphorlria splendens, de Madagascar; \'K. Jaeyuitup- flora, du Mexique, donnent des fleurs remarquables par leur éclat et par leur nombre. L'Eujihorbia sanguineti, d'Arabie, et l'E. viryi/ft, de Hongrie, se distinguent par l'ensemble de leurs formes. Les Euphorbes aphylles, à tiges et rameaux charnus, ne sont pas compris dans ce groupe, où les conditions d'exposition et de cullure ne pourraient leur convenir. Ils sont tenus en réserve pour être traités avec les Cactées, pour lesquelles un emplacement spécial est en voie de préparation.
La Polnsetlifi pulcJterrima, originaire du Mexique, étale ses brillantes bractées rouges, qui produisent un eflet si décoratif à l'automne. Cette plante a été largement vulgarisée par l'établissement; elle embellit aujourd'hui la plupart des jardins: nous avons deux variétés de cette plante : la Poinsettia sper- lalri/is, dont les bractées sont plus grandes et de couleur plu* vive, et la Poinsfttin fulescenx, dont les bractées sont jaunes. La Poinsettia cyathophore est une miniature de celle-ci, qui se reproduit très-facilement de graines.
Les Xylophyllti montant!, nrbuscula, nnyiisti/oliu, de la Jamaïque; A', latifolin, des Antilles; A^. lungifolia, de l'Inde, réussissent parfaitement et présentent de l'intérêt par leur organisation, en ce sens que ce sont des rameaux aplatis ou fasciés qui remplissent l'oflice de feuilles.
Les P/iyllanthiis yrandifoliit3,Ae Porto-Rico, et /'. jiiylaii- ilifolia, de Saint-Domingue, réussissent également. Le Ct>- rfiœum vnrifgntuin et, anyuxtifoliHHi, de l'Inde, sont des arbrisseaux qui frappeul les regards par les panachures de leur feuillage; ils résistent assez bien à nos abaissement dç température.
Le Croton tiylium réussit parfaitement et donnera probablement des graines prochainement. Ces graines, que l'on nomme, dans la droguerie, graines des Moluques, graines de Tilly, petit pignon de l'Inde, sont employées comme purgatives, et l'on en tire l'huile de croton, qui est appliquée en médecine comme révulsive. Le Croton balsamifemm, de l'Amérique méridionale, commence à donner des graines. Il découle de cet arbre une résine balsamique qui sert à aromatiser les liqueurs; on obtient également de ses feuilles, par distillation, des produits odorants qui sont diversement employés. Le Croton discolor, des îles Caraïbes, est une espèce d'ornement.
Le Stillingia sebifera de la Chine est un arbre de haute taille qui fructifie abondamment ici. De la substance sébacée qui recouvre les graines, les Chinois tirent les principaux éléments de leur éclairage. L'acclimatation de cet arbre ici est un fait qui pouvait être prévu d'avance à cause de la similitude des climats entre son pays d'origine et le pays d'introduction qui nous occupe.
Le Curcas purgans ou Jatropha cuiras de l'Inde, nommé, selon les contrées, M edicinier, pignon d'Inde, pignon de Barbarie, noix médicinale de l'Amérique, noix des Barbades, Ricinus amcricanus major seminv nigro de Bauhin; Ricinoï- des americana, gossypifolia de Tournefort, est un grand arbrisseau à feuillage épais d'un vert sombre, à odeur vireuse. Il donne en abondance de grosses semences, dont on tire aux colonies une huile qui est purgative et bonne à brûler ; les racines teignent en violet.
L'Adenoropium multifidum ou Jatropha multifida appelé Médicinier d'Espagne, ou noisette purgative, donne des graines plus grosses que l'espèce précédente, elles ont les mêmes propriétés ; mais cet arbrisseau est en môme temps une espèce décorative au premier chef. Ses larges feuilles palmatifides à divisions dentées sont très-élégantes, tandis que ses fleurs, petites, d'un rouge vif, sont portées sur des pédoncules qui prennent la même couleur avant l'épanouissement complet des fleurs; l'ensemble de cette inflorescence ressemble à une branche de corail en miniature. L'Adenoropium pandurœfoliwn V SÉrie, T. IV. — Septembre 1867. 33
est un arbrisseau d'ornement qui donne de. nombreuses fleurs du rouge le plus vif.
L'Aleurites moluccana, ou noyer de Bencoul, donne des graines grosses qui se mangent comme nos noix et qui peuvent donner de l'huile par expression ; malheureusement cet arbre est fréquemment attaqué ici par le Cocctts sylcestris qui lui cause le plus grand dommage.
\!Anda Gomexii est un arbre du Brésil qui a une grande importance par ses graines volumineuses qui donnent de l'huile en abondance. Au Brésil, cet arbre passe pour èlre l'espèce la plus avantageuse à exploiter sous ce rapport, quoique sa culture ne soit pas encore entreprise et que l'on se soit contenté jusqu'ici de recueillir les produits à l'état sauvage. La grande vigueur des sujets que nous avons plantés nous donne l'espoir d'une complète réussite.
Le Manihot utilissitna ou Manioc, qui a une si grande importance dans les contrées intertropicales, sous le rapport alimentaire, nous a donné d'excellents résultais, au moyen d'une culture appropriée. Chaque plante nous a donné, dans une saison, 3 kilogrammes, en moyenne, de tubercules, ou plutôt racines charnues. Les plantes sont espacées de 1 mètre en tous sens, ce qui donne 30000- kilogrammes de tubercules, en moyenne, par hectare. 11 faut à cette plante une terre abondamment fumée et de l'irrigation pendant l'été.
Nous terminerons ce qui nous reste à dire sur ce groupe par le Ricin.
Le Ricin, nicinus, originaire des pays chauds, est représenté par plusieurs espèces ou variétés qui peuvent s'adapter, en Algérie, aux diverses natures de sol et aux diverses expositions. Le Ricin est une plante ligneuse qui peut donner des récoltes successives pendant quatre à cinq ans sans exiger de travaux de renouvellement. Le poids de la graine qu'une plantation donne par an est plus élevé que celui de n'importe quelle plante annuelle oléifère que l'on cultive dans le Nord ; l'huile de ricin est excellente pour l'éclairage, et elle a un emploi avantageux pour la fabrication du savon. Marseille offre un débouché illimité à cette graine.
On doit s'étonner de voir ici préférer la culture du Colza à celle du Ricin. Le Colza est une plante trop avide d'engrais pour l'Algérie, où la production et l'emploi du fumier en proportion convenable ne sont pas encore passés dans les habitudes agricoles. Avec une pareille culture et dans de telles conditions, on aura vite épuisé la fertilité native des terres. Lo Ricin, au contraire, fait partie de la culture arbustive, qui doit être la culture caractéristique d'une région où la sécheresse est annuellement prolongée et intense, où les pluies, souvent très-abondantes pendant l'hiver, sont trop fréquemment un obstacle à ce que de grands ensemencements annuels puissent se faire dans de bonnes conditions. Enfin, le Ricin, par ses racines puissantes, va puiser profondément sa subsistance, ses larges feuilles empruntent beaucoup à l'atmosphère, ses débris organiques restituent sur place à peu près ce qu'il a enlevé au sol ; il n'y a que la graine qui est soustraite. On objecte que la séparation des graines d'avec la capsule présente des difficultés. Ces difficultés ne sont qu'apparentes et elles disparaissent en prenant pour auxiliaire, dans celte opération, un temps sec et chaud ; le siroco est éminemment favorable à ce travail. On peut aussi arriver à atténuer l'inconvénient signalé en choisissant de préférence, pour la reproduction, les variétés dont les valves des capsules se séparent avec le plus de facilité.
Ici se termine la revue des végétaux exotiques qui ont été soumis aux épreuves du climat algérien dans ces dernières campagnes. Le nombre des espèces qui ont réussi est beaucoup plus considérable qu'on ne pourrait le supposer d'abord, d'après les indications spéculatives de la géographie botanique. Ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le dire plusieurs fois, il n'y a que l'expérience directe qui puisse donner des indications exactes, en ce qui concerne l'acclimatation des végétaux en Algérie, dans les zones où l'abaissement de la température n'atteint jamais le point de congélation. Ces expériences amènent très-souvent les résultats les plus inattendus et qui démontrent une fois de plus que des espèces, en nombre assez considérable, ont «ne organisation particulière,
un tempérament flrxiblo qui leur permet, avec le secours de
l'homme, d'occuper des aires beaucoup plus étendues que celles qui paraissaient leur être assignées primitivement par la nature du climat où elles ont pris leur origine.
En suivant le plan de ce qui vient d'être commencé et qui a donné des résultats si encourageants, on se propose de soumettre successivement aux mêmes épreuves et, d'après la même méthode, toutes les familles végétales qui peuvent être cultivées el représentées par le plus grand nombre possible d'espèces intéressantes et utiles.
De celte vaste étude, si elle peut être conlinuée ainsi qu'elle est conçue, il sortira infailliblement de nombreux éléments qui serviront à constituer une agriculture propre à l'Algérie.
En eilet, chaque région culturale a un caractère qui lui est particulier, une physionomie qui la distingue.
L'agriculture algérienne, telle qu'elle existe, telle qu'elle se présente en ce moment, n'a encore aucun caractère ; elle se compose, en général, d'éléments empruntés aux régions situées plus au nord. On sait que l'immense majorité des végétaux sur lesquels s'exerce noire agriculture européenne sont originaires de contrées plus méridionales. Sous l'influence du travail de l'homme, ils onl remonté un nombre plus ou moins grand de degrés de latitude vers le nord.
Logiquement et en vertu des mêmes lois naturelles, l'agriculture algérienne doit s'enrichir de végétaux remontant du sud en plus grand nombre que de ceux que l'on ferait descendre du nord. L'Algérie, occupant sur le globe une zone intermédiaire où il est possible de réunir le plus grand nombre d'espèces végétales, est appelée à avoir une agriculture des plus variées en espèces et une agriculture qui s'exerce sur un grand nombre d'espèces végétales, multiplie ses chances de réussite et devient, partant, une des plus riches et des plus lucratives. Utiliser l'aptitude particulière du climat algérien à donner des produits nouveaux, voilà le problème posé et à résoudre.
Bulletin de la Société impériale zoologique d'acclimatation
Por Société impériale zoologique d'acclimatation
Edição de Au Siége de la Société, 1867
D'ESPÈCES LIGNEUSES EXOTIQUES,
Au Jardin D'acclimatation Du Hamma, A Alp.er
Par M. A. HARDY
Directeur du Jardin d'acclimatation d'Alger.
(Séance du 24 mai 1867.)
p. 347
En 1863, j'ai eu l'honneur de soumettre à la Société le résultat des essais d'acclimatation d'espèces ligneuses exotiques, entrepris sur un nouveau plan, au Jardin d'acclimatation du Hamma, à Alger. Ce compte rendu a été inséré dans le Bulletin mensuel de la Société impériale zoologique d'acclimatation, tome X, page 077, n° 11, novembre 1863.
Aujourd'hui, je viens entretenir la Société des travaux de même nature qui ont été continués depuis. Mais auparavant, et comme préface, je lui demande la permission de lui faire connaître les progrès des premières plantations dont il est ici question, en mentionnant principalement les espèces qui fructifient et donnent des graines fertiles.
Parmi les Palmiers, je citerai les Cocos flexuosa, australis, schizophylla ; le Livistona sinensis, improprement appelé Lalanier de Bourbon, donne des quantités considérables de semences depuis quelques années, et les jeunes sujets de cette espèce s'expédient en nombres importants. Le Corypha australis, charmant palmier de la Nouvelle-Hollande, etleCory- pha gembanga, autre palmier de Java, aux larges éventails, commencent à fructifier. Les Chamœropa tomentosa, elegans et excelsa, donnent des semences qui ont permis de faire des semis assez abondants. La dernière de ces trois espèces ajoute à son eflet décoratif un intérêt industriel par les nombreuses fibres textiles qu'elle produit sur son tronc. A raison de cette propriété, on l'appelle Palmier à chanvre. Le Phœnix pu- mila du Gabon et le Phœnix leone.nsis de Sierra-Leone donnent des graines fertiles qui servent à leur reproduction. 11 en est do même du Diplothemium maritimum, petit palmier acaule du Brésil.
Dans le groupe de Cycadées, diverses plantes ont développé des inflorescences bien constituées, mais il ne s'en est suivi aucune fructification, parce que ces végétaux étant essentiellement dioïques, et que des espèces n'étant représentées souvent que par un seul sujet, il n'y a pas eu coïncidence dans l'apparition des fleurs des deux sexes, même entre congénères. Cependant il pourra se présenter des cas qui permettront d'utiliser le pollen pour essayer de féconder des espèces voisines, ou même des espèces de genres voisins.
Les principales espèces de ce groupe qui ont produit des inflorescences sont le Cycas circinalis des îles Moluques ; le Dion edule du Mexique ; 1''Encephalarthos ça/fer de l'Afrique australe; le Zamiapumila du cap de Bonne-Espérance ; les Ceratozamia muricata et picta de Guatemala ; le Macrozamia Miqueliana de l'Australie ; le Cycas revoîula, originaire du Japon, se reproduit par les lurions qui se développent à la base de sa tige.
Dans le groupe des Musacées, les Strelitzia angusta, reginœ, ovata, spathulata, multiflora, juncea, ont donné des graines fertiles ; les deux premières espèces surtout en ont donné avec une abondance qui a permis de faire entrer les jeunes sujets en provenant dans les livraisons régulières de l'établissement. Ces végétaux, dont l'inflorescence est des plus remarquables, sont fort recherchés.
Le colossal Musa Ensete, ou bananier d'Abyssinie, est également très-demande. Le premier sujet de cette espèce qui a fructifié dans l'établissement a donné naissance à deux cent soixante jeunes sujets qui, tous, se sont écoulés en France et en Europe, malgré leur prix relativement élevé (30 francs pièce). L'établissement a ainsi doté les principaux jardins de l'Europe d'un splendide végétal qui fait l'admiration de tout le monde.
Dans le groupe des Bombacées, le Carolinea macrocarpa a donné des fruits dont les graines sont fertiles. Ces fruits sont des capsules de la grosseur du poing, ovoïdes, à cinq ou six divisions déhiscentes ; chaque division contient, attachées à un axe central, cinq à six graines de la grosseur d'une aveline ; cette graine a le testa solide, enveloppant un embryon dont les cotylédons, très-développés, sont charnus et occupent toute la cavité. Cet ensemble constitue une noisette très-agréable à manger. Au Brésil, ce fruit se vend sur les marchés sous le nom de Noz-de-Maranhao ; l'introduction de celle espèce précieuse esl due à M. le comle de Castelnau, alors consul de France à Bahia.
Dans la partie accidentée qui domine l'établissement, au- dessus de la route de Kouba, soixante-deux espèces d'Acacia de la Nouvelle-Hollande couvrent le sol de leurs rameaux ; au printemps, la floraison de ce groupe est splendide ; leur inflorescence spiciforme, de couleur soufre, disposée sur des rameaux flexibles, simule les jets d'un feu d'artifice. Des espèces arborescentes dominent les autres espèces d'un développement plus humble et se font déjà remarquer par leur élévation. Leur bois acquiert de la solidité et est de nature à être employé dans l'industrie. Ce que je dis à cel égard est d'ailleurs corroboré par les renseignements qui nous viennent de leur pays originaire ; je citerai notamment les Acacias melanoxylon, falcata, longissima, Cunninghami, coral- lina, etc.
Le groupe des Myrlacées à fruits durs ou déhiscents se compose d'espèces presque toutes originaires de la Nouvelle- Hollande et de la Nouvelle-Zélande, et renferme des arbres remarquables, tant pour l'ornementation que pour la solidité de leur bois, indépendamment de nombreux arbustes qui, presque tous, ont des inflorescences des plus brillantes ; je citerai notamment: des Leptospermum, des Tristania, des Fabricia, des Lophostcmon, au magnifique feuillage, et vingt-cinq espèces ^Eucalyptus. Parmi les Eucalyptus globitlus plantés dans cet endroit en avril 1862, plusieurs ont, en ce moment (au bout de quatre ans), 80 centimètres de circonférence, à 1 mètre au-dessus du sol, et 15 mètres de hauteur. Ces arbres ont été mis à demeure ayant 60 centimètres de haut. Quelques-uns, au bout d'une année, avaient atteint 5 métrés d'élévation. L'accroissement en hauteur de ces arbres n'a pas maintenu sa progression première ; après ce premier élan, l'effort vital s'est porté vers le développement on diamètre. Le terrain où est établie cette plantation est en pente, et est naturellement sec pendant l'été. Un Eucalyptus globulus a été planté il y a huit ans, dans cette partie de l'établissement, c'étaitle premier introduit.il a été déraciné au mois de mars dernier, et son tronc, qui mesure 1^,66 de circonférence à la base, figure à l'Exposition universelle.
La formation de ces deux groupes, composés d'espèces presque exclusivement australiennes, a été facilitée par des envois de graines dus à M. Mueller, directeur du Jardin d'acclimatation de Melbourne, et les dons de la Société impériale zoologique d'acclimatation. Ils ont été complétés au moyen d'acquisitions faites chez les marchands de graines et chez les horticulteurs qui reçoivent beaucoup de graines australiennes.
Les Araucaria achetés en Angleterre, et plantés dans cette dépendance au commencement de 1863, ayant environ 50 centimètres de hauteur, au maximum, ont parfaitement prospéré. On peut en juger par les dimensions qu'ils ont acquises au bout de trois ans et deux mois. Des Araucariaexcelsa ont en ce moment à"1,50 d'élévation; des Araucaria Cooki, 2m,50 ; A. Cunninghami, 3m,50 ; A. Bidwillii, 2 mètres ; des Araucaria brasiliensis ont pris un développement qui permet de penser qu'ils ne tarderont pas à fructifier.
H Araucaria imbricata du Chili, essayé à diverses reprises et à diverses expositions, n'a jamais réussi. La température élevée et la lumière ardente de nos étés lui sont funestes. Il est à remarquer, d'ailleurs, que beaucoup d'espèces chiliennes n'ont pu réussir en Algérie.
Les Dammara plantés en 1863, et dont j'ai déjà eu occasion de parler, sont restés quelque temps stationnaires après leur plantation ; la chute de leurs plus anciennes feuilles pouvait faire craindre un commencement de dépérissement, mais l'année suivante ils ont repris vigueur ; les nouvelles feuilles qu'ils ont développées sur place résistent parfaitement aux fluc
tuations atmosphériques, et ne sont plus sensibles ni au siroco, ni au vent de mer, et leur situation est actuellement très- florissante.
Les Dammara sont des Conifères de première grandeur et qui sont des plus riches en résine. Originaires des régions montueuses de l'Océanie, ils présentent un grand intérêt pour l'Algérie, et l'on ne saurait les y introduire en trop grand nombre. Les Podocarpus, Toreia, Frenela, Biota, Libocedrus, établis sur ce point, ont parfaitement réussi; ce sont des espèces originaires des pays tempérés ot qui sont merveilleusement appropriées à l'Algérie.
Les Casuarina ont grandi ; parmi les six espèces mises en expérience, il en est une qui prime les autres par la rapidité du développement et par la grâce du port, c'est le Casuarina nodiflora, originaire de la Nouvelle-Calédonie.
Le groupe des Proléacécs présente une végétation et des formes remarquables, soit par leurs feuilles épaisses et coriaces, décomposées ou entières, sessiles ou pédonculées; tandis que les unes ont la grâce et la légèreté de la Fougère, les autres présentent la surface compacte d'un disque ; soit par leurs fleurs qui présentent toutes les gammes du blanc, du jaune et du rouge, disposées en bouquets à l'aisselle des feuilles ou, en capitules, au sommet des rameaux. Dans ce groupe se distinguent diverses espèces de Rhopala, arbres originaires de l'Amérique méridionale, dont un exemplaire est en fleur en ce moment.
Il faut maintenant descendre au centre de l'établissement, et je vais parler des plantations nouvelles qui ont été exécutées et dont il n'a pas encore été fait mention.
Les Myrtacées à fruits en baies ou pulpeux renferment des espèces précieuses, soit par leurs fruits comestibles, soit par l'arôme de leurs feuilles qui peuvent entrer comme condiment dans la préparation des aliments. Les feuilles duMyrcia pimentoides, originaire de l'Inde, ont la saveur acre et stimulante du poivre ; celles du Myrcia caryophylloides, originaire du Brésil, ont l'odeur agréable et pénétrante, en même temps que le goût relevé du girofle. Ces deux espèces fleurissent et commencent à donner des semences fertiles. Les Jambosa vtilgaris de l'Inde, /. malaccensis de la même contrée, Aquea des îles Moluques, amplexicaulis de Sumatra, ont supporté les abaissements de température de nos hivers sans en souffrir sensiblement. Les deux premières espèces donnent dans leur pays originaire des fruits piriformes, transparents, qui sont très-estimes. Il y a lieu de croire qu'avec le temps elles fructifieront également ici.
Parmi les Eugenia, dont plusieurs donnent des baies comestibles et d'un goût relevé, se distinguent par l'ampleur de leur feuillage YEugenia cauliflora du Brésil, et \'Ê. terni- folia de l'Inde ; six espèces de Psidium ou Goyavier, divers Grenadiers, quelques Myrtes exotiques à larges feuilles, complètent ce groupe.
La famille des Apocynées renferme un certain nombre de végétaux dont les propriétés sont suspectes, et quelques espèces sont décidément malfaisantes ; telle est notre Laurier- rosé, qui est si abondant dans les lits de nos rivières, ce qui ne l'empêche pas d'être un charmant arbrisseau par ses fleurs. Malgré sa fréquence, il n'occasionne cependant que fort peu d'accidents, parce qu'il est connu et signalé. Les animaux ne s'y trompent pas, et je crois que c'est le seul végétal que les criquets n'aient pas attaqué en Algérie. Cependant, toutes les plantes de cette famille ne sont pas vénéneuses, il en est de bienfaisantes et d'utiles, telles sont le Carissa carandas, qui renferme un principe fébrifuge, employé avec succès dans l'Inde; les Vahea de Madagascar; YUrceola de Sumatra, qui donne un bon caoutchouc, ainsi que quelques autres lianes inédites du Gabon. Telles sont encore les Hancornia du Brésil, le Melodinus de l'Inde, et le Carpodinus de Sierra-Leone, dont les fruils sont comestibles et rafraîchissants.
Dans le groupe de cette famille qui figure dans nos plantations expérimentales, se trouvent cinq espèces de Plwniera, ou Frangipanier, arbrisseaux aux rameaux charnus, gorgés de suc lactescent, donnant pendant l'été de nombreux bouquets de fleurs brillantes et répandant un délicieux parfum; ce sont : les Plumiera mbra, macrophylla et bicolor de l'Amérique australe ; le Plumiera alba de Madagascar, et le Plumieru acuminata de l'Inde; les fleurs de ces arbustes sont employées dans la parfumerie asiatique ; les racines et le suc propre sont usités contre diverses maladies dans les régions tropicales ; VArduinia bispinosa de l'Afrique australe, dont les Hottentots mangent les baies ; le Thevetia neriifolia des Antilles, aux larges fleurs jaune d'or; le Cerbera Manghas de, l'Inde, aux charmantes fleurs blanches et rosés, VAlstonia sc/tolaris des îles Moluques et de Timor ; le Dipladènia uro- phylla de l'Amérique méridionale ; le ttcanmontia grandiflora du Bengale, le Wrigthia tinctoria de l'Inde, dont les feuilles contiennent un magnifique indigo, mais dont l'extraction demande une préparation toute particulière.
Le groupe des Sapintlacées présente les Stadmannia australis de la Nouvelle-Hollande, Guiesbrechtii et Fraserii des parties tempérées de l'Amérique centrale ; ces arbres deviennent grands et ont un bois très-dense qui leur a valu le nom iï arbres à bois de fer; VAlectryon excelsum de la Nouvelle- Hollande, qui a les mêmes propriétés ; les Cupania tomentosa et sorbifolia de l'Amérique centrale ; C. filicifolia du Brésil, remarquable par l'extrême élégance de son feuillage ; les Sapindw indiens et emarginatus de l'Inde ; Saponaria et Surinamensis de l'Amérique méridionale ; cinereus de Madagascar ; Senegalensis de la Sénégambie, sont des arbres de moyenne grandeur, connus généralement sous le nom de Savonniers, qui donnent desfruitssphériques, ayant une coquo charnue. Cette coque forme une émulsion très-abondante dans l'eau, sert à laver le linge, au foulage des laines, et remplace le savon dans toute la zone tropicale. Le suc astringent que ces fruits renferment reçoit diverses applications médicales, notamment contre les hémorrhagies. Les graines sphériques et noires sont recherchées pour faire des chapelets. Les Sapindus indiens et surinamensis fructifient déjà abondamment dans l'établissement.
Ce groupe renferme encore VAmirola nitida du Pérou ; les Dodonea Burmanniana de l'Inde ; I). triquelra et D. Thun~ berrjiana delà Nouvelle-Hollande ; enfin, VEtiphoria
originaire de la Chine et de la Cochinchine, dont les fruits sont excellents à manger et jouissent d'une grande réputation dans l'extrême Orient. Cette espèce a déjà donné quelques fruits dans l'établissement, et les semences ont été soigneusement conservées pour la reproduction.
L'Kuphoria Litchi, arbre fruitier de l'Indo-Chine, donne de? fruits encore supérieurs. Ils sont tellement estimés en Chine, que, dans la partie la plus chaude de ce vaste pays, on élèvo des plants de Litchi dans des caisses, que l'on transporte, chargés de fruits, à Pékin, afin que l'empereur du Céleste- Empire puisse cueillir les fruits frais sur l'arbre même. Ce fruit se sèche, se conserve et s'exporte. J'ai eu l'occasion d'en voir à Londres en cet état, mais ils n'ont pas, tant s'en faut, la même qualité qu'à l'état frais.
Le Litchi s'est acclimaté dans la plupart de nos colonies tropicales, à la Martinique, à Bourbon, à l'île de France, mais il paraît qu'il est encore rare dans ces contrées, et son introduction au Jardin d'acclimatation du Hamma est vivement désirée.
Le groupe des Araliacées renferme les espèces suivantes, remarquables par leur feuillage généralement décoratif et qui, pour quelques espèces, acquiert une ampleur et un aspect qui n'est pas ordinaire. Les Panax crassifolium, integrifo- lium, tridaclylum, pentadactylum, Lessoni, arboreum, originaires de la Nouvelle-Zélande, ont généralement le feuillage d'une nuance excessivement foncée, tirant sur le bronze. Le Panax aculeatum de la Chine forme un arbrisseau très- fourni qui répand une odeur pénétrante et bien plus prononcée que chez ses congénères.
Les Paratropia longifolia, subobtusa, vemtlosa, Walli' chiana, elliptica, originaires de l'Asie tropicale, forment des buissons épais, d'un vert intense, aux amples feuilles, à digita- tions plus ou moins nombreuses.
Les Oreopanax yuatemalense, capitatum, peltatum> pla* tanifolium, daclyliferum, originaires des parties montueuses de l'Amérique centrale, sont remarquables par leurs grandes feuilles presque exclusivement palmées.
Le Gastonia palmata, originaire de l'Inde, a presque le même aspect. Le Bothryodendrum macrophyllum de l'île de Norfolk présente ses épais faisceaux de grandes feuilles luisantes. Il faut citer encore les Aralia nymphœifolia, lepto- phylla, Brownii, Sieboldtii, reticulata, farinifera, Huoelii, palmata, diversifolia, Lindenii, Thibautii, argentea, appartenant, en majeure partie, aux régions boréales de l'Amérique, au Japon et à la Chine ; enfin, Y Aralia papyrifera de l'île Formose, dont les grandes feuilles palmées, cotonneuses en dessous, atteignent ici jusqu'à 1 mètre de diamètre. L'établissement possède un exemplaire de Cette espèce qui a près de A mètres d'élévation, et qui envoie des rejetons dans tout le terrain environnant. Le tronc de ce petit arbre contient une moelle très-développée avec laquelle les Chinois préparent le papier connu sous le nom de papier de Chine. Cet Aralia peut devenir une plante industrielle pour l'Algérie.
Les Bignoniacées forment un groupe où se remarquent des végétaux recommandables par la beauté toute particulière de leur inflorescence et de leur feuillage, et quelques espèces par la qualité toute spéciale de leur bois.
Le Jacaranda mimoscefolia, originaire du Brésil, réunit, à lui seul, toutes ces qualités. Rien n'est élégant comme ses nombreuses feuilles bipennées; ses fleurs, d'un bleu lilas disposées en thyrses, sont des plus gracieuses. Son bois de couleur foncée est l'un de ceux connus sous le nom de Palissandre. Le Jacaranda pubescens est de dimension plus humble ; ses fleurs plus grandes sont de couleur violette.
(La suite au prochain numéro.)
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2« SÉrie, T. IV. — Août 18G7. 27
D'ESPÈCES LIGNEUSES EXOTIQUES,
Au Jardin D'acclimatation Du Hamma, A Alger
Par M. A. HARDY
Directeur du Jardin d'acclimatation d'Alger.
( Suite.)
Les Tecoma stans des Antilles, mollis et schinifolia du Mexique, fulva du Chili, Capense du cap de Bonne-Espérance, yrandiflora de la Chine, sont des arbrisseaux qui donnent une abondante floraison et qui sont on ne peut plus décoratifs.
Le Tecoma leucoxylon de la Havane et de la Barbade forme un arbre et donne un bois précieux connu sous le nom A'Ébène jaune. Le Tecoma œsculus du Brésil a des proportions plus grandes, et donne aussi un excellent bois d'œu'vre. Ces deux espèces sont très-vigoureuses et peuvent être considérées comme acquises au pays.
Le Tecoma pentaphylla dos îles Caraïbes et de la Martinique n'a pas résisté à des abaissements de température dedeui degrés au-dessus de zéro. Il en est de môme AuCrescentiacu- jeté, originaire des mêmes régions, tandis que le Crescentia ciicurbitina, originaire des parties sèches et élevées des îles de la Trinité, présente une bien plus grande résistance. Le Spathodea Watlichii est un grand arbrisseau dont je ne connais pas la patrie, mais je présume qu'il est originaire du haut Bengale. Son inflorescence n'est pasbrillanle, mais je ne sais rien d'aussi somptueux que son feuillage ; ses feuilles sont pennées, et les folioles ont jusqu'à 40 centimètres de long sur 25 de large.
Les Spathodea campannlata et tnlipifera, originaires de la Guinée, n'ont pu supporter l'abaissement de nos hivers. Par contre, les Colea floribunda et Commersonii de Madagascar se développent avec vigueur. L'Amphilophiurn Mutixii de la Nouvelle-Grenade; le Pithecoclhenium muricatum du Mexique et de Guatemala ; les Bignonia venusla, jasminifolia et
jasminoides du Brésil ; grandiflora de Caracas ; unyuis de Saint-Domingue, sont do grandes lianes qui prennent un développement considérable et qui donnent ici d'abondantes grappes de fleurs.
Le groupe des Laurinées renferme de nombreux arbres intéressants, à divers titres, par la qualité de leur bois, par la beauté de leur feuillage et par les arômes qu'ils dégagent de leurs feuilles, de leur écorce, de leur bois et de leurs racines. On y voit les Laurus cumphora et inuncta, qui produisent le camphre et dont les feuilles et le bois répandent cette odeur. Le Laurus caroliniana, avec le bois duquel on fuit de jolis meubles. Le Laurus indica> qui devient un arbre et fournit un bon bois d'ébénisterie ; l'Apollonius canariense, qui ressemble beaucoup à notre laurier commun; le Benjoin odori- ferum de la Virginie ; les Cinnamomum dulce de la Chine, albiflorutn de l'Inde, sont des espèces voisines de celles qui donnent la cannelle de Ceylan, et qui donnent elles-mêmes une écorce aromatique, connue sous le nom de cannelle de Chine; VOreodaphnefœtem de Madère, dont l'écorce est aromatique ; le Litsea glauca et le Daphnidinm gracile du Japon, arbres à feuilles odorantes ; enfin, le Persea gratissima qui donne un fruit appelé poire d'avocat^ qui est très-estime dans toute la zone tropicale. Cet arbre fructifie très-bien ici, et les fruits qui en sont obtenus ne sont pas, au dire des connaisseurs, inférieurs à ceux des contrées tropicales.
Les Tetranthera japonica du Japon, fwntginea de la Nouvelle-Hollande, iaurifolia de la Chine, sont de jolis arbres de troisième grandeur, toujours verts, dont le bois est estimé. Le dernier est cultivé en taillis, à l'île de la Réunion, et les jeunes, bourgeons sont donnés en pâture au bétail, d'après les renseignements fournis par le vénérable M. Richard, directeur du Jardin des plantes de cette colonie.
En suivant l'ordre de la plantation, Ifi groupe qui se présente ensuite est celui des Scrophularinées, les espèces composant celte famille ne révèlent guère leur utilité que par quelques propriétés médicinales, mais celles propres à l'ornement y abondent. L'espèce qui atteint la plus grande taille est le Paulownia imperialis, originaire du Japon, qui donne, chaque printemps, avant l'apparition de ses feuilles, une floraison fort brillante. Les Budleya madagascariensis de Madagascar, globosa du Chili, glaberrima du Népaul, salicifolia de l'Amérique australe, sont des arbrisseaux à rameaux plus ou moins déliés el sarmenleux qui, par leur floraison abondante, produisent le meilleur effet dans les massifs. Le Halleria Incida du cap de Bonne-Espérance produit le meilleur effet par ses nombreuses fleurs rouge-brique.
Les Russelia juncea, multiflora, carminea et pygnvpa du Mexique, sont des arbustes d'ornement tout à fait hors ligne par leurs nombreuses fleurs lubulées aux couleurs des plus brillantes.
Les Franciscea macrantha, hydrangeaformis, eximia, con- fertiflora, hopeatui, latifolia, laurifolia, tous originaires du Brésil, sont des arbustes dont les fleurs, au large limbe, colorées de nuances variant du violet pourpre au lilas clair, répandent dans l'air une odeur des plus suaves. Les Bnmsfelsia americana, undulata, violacea, originaires de l'Amérique tropicale, sont de taille plus élevée que les Franciscea ; leurs fleurs, de même conformation, naissent blanches et passent ensuite à la couleur jaune. Elles répandent également un parfum des plus agréables, surtout le soir. Les Franciscea et les Brumfelsia sont de précieuses acquisitions pour les jardins du littoral algérien.
Il ne sera parlé que pour mémoire de diverses autres espèces décoratives de la même famille dont la consistance est autant herbacée que ligneuse, telles sont : les Diplacus de la Californie; le Phygelius du cap de Bonne-Espérance; les Pentstemon et Chelone originaires du Mexique et du Texas ; les Maurandia el Laphospermum du Mexique ; les Veronica ligneuses de la Nouvelle-Zélande, qui réussissent bien pourvu qu'elles soient placées dans une terre légère et profondément .fraîche. Inutile de parler des espèces herbacées ou annuelles, de la même famille, dont la naturalisation est indiquée d'avance, telles que Linaria, Anlirr/tinum, Collinsia, Sctii- zanthus, Salpiglossis, Browallia, Minulus; par contre, la
culture des calcéolaires ne donne ici aucun résultat satisfaisant, tandis que sous des climats moins chauds et moins secs, elle est couronnée de succès.
Le groupe des Jasminées et Oléacées ou Oléinées renferme un grand nombre de végétaux économiques. A leur tête se présente l'Olivier, arbre spontané à l'Algérie, et dont les produits feront un jour la richesse la plus importante, la plus nelte et la plus solide de ce pays. L'espèce en elle-même n'était pas à introduire, mais il y a eu à s'approprier diverses bonnes variétés qui étaient disséminées dans ses diverses régions cul- turales.
Le Noronhia emarginata ou Olea emarginata est originaire de Madagascar. C'est un arbre magnifique dont les feuilles larges, épaisses et coriaces, et les rameaux droits ont un aspect qui diffère essentiellement de celui de l'olivier ordinaire.
Les Frênes se mêlent à cette famille et sont représentés par les espèces d'Europe, d'Afrique et d'Amérique. Le Fraxinus jttglandifolia, originaire de l'Amérique septentrionale, est un des plus remarquables par l'ampleur de son feuillage, ses grandes dimensions et la qualité de son bois ; YOrnus rotun- difolius donne la manne dite de Calabre ; YOrnus europœus. ou Fraxinus orntts donne une floraison réellement ornementale; les Ligustrum japonicum du Japon, sinense, ovalifolium de la Chine, et vulgare de l'Europe, sont de charmants arbrisseaux d'ornement. Le premier prend un développement assez considérable, le troisième donne des thyrses de fleurs blanches, presque aussi bçaux que ceux du lilas. Le bois du Ligustrum ou Troène est propre à un grand nombre d'usages; les jeunes rameaux sont flexibles et propres à la vannerie; les Osmanlhtis ilicifolius et fragrans sont des arbrisseaux de la Chine, dont les fleurs, peu apparentes, répandent l'odeur la plus suave et la plus délicate. Ces fleurs sont employées par les Chinois pour parfumer diverses sortes de thés.
Les Jasminum grandiflorum, odorat issimum, revolutum, Wallichiamtm, flexile, heterophyllum, originaires de l'Inde, officinale, pubescens, unditlatum de la Chine, trinerve de Java, glaitcnm du cap de Bonne-Espérance, Bouquetli d« la Nouvelle-Calédonie, Asoricum des îles Açores, s» couvrent de fleurs qui remplissent l'nir Je leurs parfums. Le» fleurs de la plupart des Jasmins sont distillées pour la production des essences; à oe titre, ces végétaux ne sont pas seulement de pur ornement, ils ont aussi le caractère industriel au premier chef.
Lo groupe des Malvacées, dont nous allons nous occuper, ne se compose pas seulement de plantes d'ornement dont plusieurs sont très-belles; presque toutes les plantes de celle famille recèlent dans leur écorce des fibres textiles qui sont diversement employées en industrie pour la confection des cordages, des toiles communes, du papier, etc. Mais le nombre des plantes qui sont uiilisiVs ainsi est trés-rostreint en comparaison de la quantité considérable d'espèces de la même famille qui pourraient être industriellement exploitées de la mAme manière. Il ne faut pas oublier que le cotonnier, dont les filaments soyeux ne résident pas dans l'écorce, mais sont une expansion de la surface de la graino et sont enfermés dans une capsule, fait partie de la famille des Malvacées.
Voici les espèces les plus remarquables pnrmi celles de cette famille qui peuvent être considérées comme acquises au pays.
La Kitebelia vitifolia de Hongrie fournit une végétation vigoureuse, produit de nombreuses fleurs blanches, et ses liges contiennent en abondance des fibres textiles que l'on peut exploiter; les Lavntera maritima,hlspida et arborea de l'Europe australe, sont très-décoratifs et leur écorce se compose de réseaux do fibres utilisables pour la fabrication du papier. Les racines, les feuilles et les fleurs sont émolliontos.
Le Spharalcea nutans du Brésil forme un arbrisseau de 3 à 4 mètres,garni d'un ample feuillage; à l'arrière-automne, il se couvre de nombreuses fleurs en forme de cloche, pendant à un long pédoncule, et de couleur violet pourpre. Le» rameaux contiennent dos réseaux textiles.
Les Pavonia spinifex et Thyplielea des Antilles, ftaitata du Brésil, et cmieifolia du cap de Bonne-Espérance, sont de charmants arbustes dont les propriétés textiles peuvent être utilisées surtout dans la seconde espèce.
Parmi les Ilibiîcui ou Ketmie», on distingue VU. abelmos-
chu» de l'Inde, qui prend un grand développement et dont les tiges sont susceptibles de produire en abondance une filasse propre a faire de» éloffeg. Ses graines, connues sous le nom d'4 mire/te, sont quelquefois employées comme stimulants. En Arabie, on les mêle au café et au musc ; Y Hibiscus cannabinus et diversifolius de l'Inde, outre des fleurs très-belles, ont des propriété textiles parfaitement accusées ; les Hibiscus mutabi* lis è fleurs simples et la variété à fleurs doubles qui donne une si brillante floraison à l'automne ; les H, umbellutus et imnwtabilis peuvent être mis en coupe réglée pour la production de la filasse ; les U. liliïflorm de l'île de la Réunion et p/iaanicms de l'Inde sont deux magnifiques arbrisseaux qui se couvrent, pendant toute l'année, de larges fleurs on clochettes réunissant les couleurs les plus éclatantes; Yffibitcw rosa si' neruia et ses variétés a flaurs doubles, rouges et jaunes, originaires du midi de la Chine, ni- sont pas moins brillantes ; la Ketmie rosé de Chine est appelée par nos créoles des colonies 'Foulsapale, Los fleurs de cette espèce sont employées par les Chinois et les Océaniens pour colorer en noir les étoffes, le cuir et la peau, comme font les Arabes avec le henné,
Le Pfiritittm drcinattim ou Bibimta tiliacevs, originaire de l'Inde et des îles do l'océan Pacifique, a une grande valeur économique à ajouter à l'aspect le plus décoratif, et il réussit bien ici. On l'appelle, selon le pays, bois de/lot, bois de liège et grand Mtthot; see fleurs et ses racines sont émollienteg. Les Néo-Calédoniens emploient les jeunes pousses comme aliment. Son bois, qui eut léger, au grain fin, it qui flotte sur l'eau, sert en guisa de liège pour les filets de pécheurs dans les contrées asiatiques, On en fait de jolis petits meubles de fantaisie, mais se. propriété laplus importante réside dans ses fibres textiles, qui sont très-abondantes et d'excellente qualité, et avec lesquelles, dans l'Inde, on fail des cordes et do bons tissus.
\aWSiAapulchellfifc la Nouvelle-Hollande ; mol/issima du Pérou, spieatft de Saint-Domingue, vesicqria du Mexique, wbww du Pérou, vitifolid- du Chili, eswhnto du Brésil, refusa de l'Inde, sont des plantei d'ornement qui peuvent pawer dans le domaine industriel par les fibres ligneuses
qu'elles renferment. Il peut en être de même des Abutilm venosum, Bedfordianum, tous originaires du Brésil, et qui, outre leur effet décoratif qui seul a été utilisé jusqu'à présent, peuvent donner des fibres d'une grande finesse et d'une grande force.
Dans le groupe des Rubiacées, on voit le Nanclea cordata de Java, remarquable déjà par ses larges feuilles cordiformes; le Coprosma lucida, arbuste toujours vert de la Nouvelle- Zélande, dont les racines sont cultivées par les indigènes; le Psychotria emetica de la Nouvelle-Grenade, dont la racine donne la drogue connue sous le nom d'Ipécacuanha strié; les Pavetta gracilis, ovalifolia, rotundifolia de Madagascar ; le Chiococca racemosa des Antilles et de l'Amérique méridionale, dont l'écorce de la racine appelée racine de Caïnca, est diurétique et purgative ; VHamelia patens de l'Amérique méridionale, arbrisseau aux nombreuses fleurs rouge vif, dont les baies acides sont employées contre la dysenterie et le scorbut ; le Rondelet ia speciosa du Mexique, aux fleurs' coccinées ; le Luculia grandiflora du Mexique ; le Gardénia Thunbergia du cap de Bonne-Espérance; le Sipanea carnea de Cayenne, aux magnifiques corymbes de fleurs cannées; le Rogiera macrophylla de Guatemala ; le Vanguiera fdulis de Madagascar, dont le fruit est très-estime dans le pays; le Baconia coffeoîdes des îles Comores, arbuste qui ressemble au cafier; enfin, le Coffea arabica lui-même, montre en ce moment des baies.
Le Cafier a déjà été essayé dans l'établissement; les plants se sont élevés en peu de temps à près de 2 mètres de hauteur. Ils ont fructifié tant qu'ils ont pu être abrités, par des claies, de la grêle et des giboulées de l'hiver; mais, lorsque leur élévation n'a plus permis de les abriter ainsi, ils ont été détruits par une neige fondante qui s'est glacée sur les rameaux à la fin de février; ils étaient alors couverts de fruits déjà rouges. Le Cafier pourrait venir dans certains endroits privilégiés, moyennant ces abris confectionnés avec des claies de roseaux; mais il ne parait pas probable que le produit des récolles puisse supporter les frais de semblables installations.
Dans le groupe des Malpighiacées se présentent \Biptage madablota, de l'Inde, le Banisteria laurifolia, le Stigma- phyllum ciliatum, le Bnnchosia nitida; et le Byrsonima volubilis, du Brésil. L'Heteropteris argentea, de la Nouvelle- Grenade; les Malpighia macrophylla, du Brésil; les M. coc- cifera et M. urens, des Antilles ; le M. punicifolia, de l'Amérique méridionale. Quelques Malpighiacées ont des propriétés thérapeutiques; mais l'importance économique des végétaux de cette famille est à peu près nulle ; ils n'ont de valeur que sous le rapport ornemental. 11 s'y trouve surtout de fort belles lianes.
Dans le groupe des Solanées, on ne voit, ainsi que dans tous les autres, du reste, dont nous nous occupons, que des espèces ligneuses, dont le principal mérite est de servir à l'ornement des jardins, soit par leur floraison, soit par l'aspect de leur feuillage. Les espèces de cette famille qui se recommandent le plus par leur caractère économique sont herbacées, telles que la Pomme de terre, l'Aubergine, la Tomate, le Piment, le Tabac, et diverses autres herbacées qui ont des propriétés médicinales accentuées, telles que la Belladone,la Mandragore, la Stramoine ou pomme-poire épineuse, la Jusquiame, la Molène, etc., originaires, pour la plupart, de nos climats septentrionaux.
Dans ce groupe, on voit le Fabiana imbricata, du Pérou, dont les rameaux, qui ressemblent à ceux de la Bruyère, se chargent de nombreuses fleurs blanches tubulées. Le Nierem- bergia gracilis, de Buenos-Ayres, charmante miniature toujours fleurie. Le Datura arborea, du Pérou ; D. suaveolens, du Mexique; D. humilis, de l'Amérique australe; les fleurs de ces Datura s'emploient contre l'asthme, comme celles du Datura ordinaire.
Parmi les Solarium, on remarque le Solanum quitoense, de Quito ; le S. laciniatum, de la Nouvelle-Hollande ; le S. jas- minoides, du Brésil; S. auriculatum, de Madagascar; S. au- rantiacum, du Brésil; S. xanthocarpum, de l'Inde; S. bona- riense, de Buenos-Ayres; S. lanceolatum, du Mexique; S betacenm, de la Nouvelle-Espagne ; S. marginatitm, d'A
byssinie; S. gleuicophyllum, du Brésil; S, robmtttm, du Brésil; S. macrocarpum, do l'Jlo Maurice,
La plupart de ces espèces ont dos propriétés résolutives ; les fruits du Salonum betaeeum, qui sont do la grosseur d'un œuf de poule et qui en ont la forme, sont employés, a parfaite maturité, dans l'Amérique méridionale, éi faire des marmelades que l'on dit délicieuses. Cet arbre fructifie abondamment ici.
Le Nycterium amazonicum, du Mexique, est un charmant nrbusto, qui est couvert, en toute saison, de grandes (leurs bleues violacées.
Les Solandra grandiflnra et nitida, du Mexique, S. hir- ntta, du Brésil, sont de» arbrisseaux sarmonte.uv qui donnent de grandes fleurs tabulées remarquable».
Les Ccstntin mtrantiacum, de Guatemala; ('. roswtm, du Mexique; C. Pargui, du Chili; C, conferttim, du Pérou; ('. ve&pei'iinum, de» Antilles; C. çaulifîorum, do la Marti' nique; C. tmriciilatwn, du Pérou; C. diurmim, de la Ha- vann, C. noctumum, de la Jamaïque, «ont dos arbrisseaux touffus dont les nombreux rameaux «ont torminés par des faisceaux do fleurs 4 couleurs vivos, dans la plupart dea eapér ces. Ûuelquûâ»unes exhalent une excellente odeur le soir. Ce sont des arbrisseaux précieux pour la décoration et qui sont en général des plus rustiques.
Les Halirotfiamnua eltyaiu et //. faseiçiilatux, du Mexique, et diverses variétés horticole», sont des arbrisseaux précieux pour l'ornementation, en ce qu'ils donnant pendant tout l'hiver da nombreuses panimilcs de fleurs rosés foncées.
Le Ch(B»nattes laneeolaln, de la Nouvelle-Grenade, donne pendant l'hiver da nombreux oorymbos do fleuris longuement tabulées, d'un rouge vif, ainsi que Yfochroma tubulosum, du Pérou, dont les fleurs, do mémo forme, sont d'un beau bleu indigo. Le Jitanulloa aurantiaea, du Mexique, montre Sob grosses fleurs lubulées, jauna-orange, et recouvertes d'un calice d'une soûla pièce, ayant identiquement la môme couleur.
Le gruupti des Barraginées-CQrdiacées compose un assemblage d'espèces ligneuses intéressantes à plus d'un titre. Le
Cordia amplifolia, de l'Jlo Maurice, donne des feuilles d'une très-grande dimension. Les Cordia crenata, de la haute Egypte, et C, myza, du Malabar, donnent dos fruits employas en médecine, et leur écorco ost considérée comme fébrifuge dftR8 certains pays. Les Cordia ncabra, de l'Inde, C. bullata, de la Jamaïque; Ç, obliqua, du Brésil; C. parviflora, du Mexique ; 6'. patagonula, de la Patagonio, sont des espaces d'ornement. UEhntia tinifolia, des îles Caraïbe» et E. ser- rata, du Bengale, sont propres a la décoration des jardins; le Varrania martinicotws donne, dan» son pays, des baies aigrelettes recherchées par les enfanta. Les Tournsfortia an* (jmtifolia, du Pérou, et T. heliotropioldes, de BuenoS'Ayres, joignent des propriétés médicinales à ce qu'elles présentent pour l'ornemântalion.
Nous arrivons à ce qui a été planté de la grande famille des Légumineuses, si riche en espèces alimentaires industrielles et économiques, ainsi qu'en plantes d'ornement, Cette vaste famille ge divise en plusieurs tribus.
La tribu des Papilionacôes est représentée par le Lotus jacabeuf, des îles du cap Vert; Les Amwpha, caroliniana, eiata, frutiww et Leivisii, de l'Amérique septentrionale. Le Goodin medicaytnea, de la Nouvelle-Hollando ; le Rahinia et ses diverses variétés, dontleboig a des applications ai diverses. Les Swainsonia, de la Nouvelle-Hollande ; le Sntherlandia fmteacen», du cap de Bonno-Espôranoe ; diverses Coronilla, Indigofwa, Qwùta, Spartium, Medicago et beaucoup d'autre» espèces, dont rénumération détaillée gérait trop longue.
La petite tribu des Dalbergiéag nous présente le Ponga- mia glabra, de l'Inde ; le Dalberyia ebemis, de la Nubio, dont le bois noir ressemble à l'ébéna.
La tribu des Sophorées, trèS'étendue, nous présenta les Edwardsw mvsrgphylla et grtmdiflora, arbres à feuilles menues, de la Nouvelle-Zélande ; le Sophora littoralis, du Brésil ; la Virgilia aurea, d'Abys&inio, arbrisseau aux nombreuses fleurs jaune d'or; elle Sophora spcun
bois donne une magnifique couleur jaune. Le Styphnolobium japonicum, grand arbre du Japon, dont les fleurs donnent une excellente couleur jaune, et dont le bois est très-solide. Le Castanospermiim australe, grand arbre de la Nouvelle- Hollande, dont les gousses énormes contiennent des graines de la grosseur d'une châtaigne, et qui remplit le même office dans l'alimentation. Les Guilandina bonduc et G. bonducella, de l'Inde; G. glabra, de l'Amérique australe, sont de grands arbrisseaux sarmenteux, à épines nombreuses et qui ont diverses propriétés médicinales. Ils peuvent servir à faire des haies très-défensives. Leurs graines, assez grosses, à péri- sperme corné, nommés coniques ou caduques, servent à faire des breloques et des colliers. Le Coulteria tinctoria, de l'Amérique australe, donnent de nombreuses gousses, aussi riches en tannin que la noix de galle. Ce grand arbrisseau est très- propre à faire des haies, et l'établissement l'a déjà vulgarisé sous ce rapport. Les Cœsalpinia mimosoides, de l'Amérique australe; C. sappan, de l'Inde; C. coriaria,Ac l'Amérique méridionale, donnent des bois de teinture et des fruits qui sont employés pour le tannage des cuirs. Ceux de la dernière de ces trois espèces sont connus dans le commerce sous le nom de Dividivi. L'Hœmathoocylon campechianum, qui produit le vrai bois de Campèche, réussit admirablement. Le Parkin- sonia aculeata, de l'Amérique méridionale, donne de brillantes fleurs jaunes; le Cadia tamarindifolia, de l'Arabie ; le Tama- rindus indica, grand arbre qui, dîins son pays originaire, donne des gousses pulpeuses, aigrelettes, qui sont diversement employées dans l'art du confiseur; on en fait des sorbets.
Les Cassia, au nombre de vingt-deux espèces, figurent dans ce groupe. Les unes sont remarquables par l'éclat de leurs fleurs; les autres sont intéressantes par leurs propriétés médicinales.
Les Schotia speciosa et latifolia sont des arbrisseaux toujours verts du cap de Bonne-Espérance. Les Bauhinia adan- soniana, du Sénégal; B. variegata et purpurea, de l'Inde; les B. Richardsoni, de Madagascar; le Jonesia azoca, de l'Inde ; les Moringo pterigosperma et M. optera, de l'Inde, arbres qui donnent des semences oléagineuses, dont on extrait, par expression, une huile connue sous le nom à'huile de Ben, qui est recherchée dans l'industrie parce qu'elle ne rancit pas, et surtout pour la fabrication des parfums. Cette huile, au bout d'un certain temps de repos, se sépare en deux par- lies, l'une épaisse et concrète, l'autre, parfaitement fluide, qui est surtout recherchée pour l'horlogerie. La première de ces espèces est en ce moment en fructification dans l'établissement. Il faut citer encore, comme faisant partie de cette tribu, les Brownea erecta elprinceps, de l'Amérique australe, et le B. racemosa, de Caracas.
(La fin au prochain numéro.)
D'ESPKCES LIGNEUSES EXOTIQUES,
Au Jardin D'acclimatation Du Hamma, A Alt.er
Par M. A. IltUlll
IHp'ecIcur tin Jardin d'iicclimataliun !' \i
(Suite et fin.)
Dans la tribu des Mimosées se présentent d'abord les diverses espèces A\\a.nin qui produisent des Connues ; un grand noinlire d'espèces conrourent à fournir ce que l'on connaît, dans le commerce de la droguerie, sous le nom de gomme arabique. Elles sont représentées par huit espèces dans les collections du Jardin du Hannna, ce sont : les Acacia Adan- soni et .!. vcra, du Sénégal; .4. Vereck, de la Sénégambie; A. eappusis et A. hnrrida, du cap de Bonne-Espérance; A. MÛotica, de l'Egypte; A. ara/iiw, de l'Arabie; Y Acacia Uatff/iu, de l'Inde, une des plantes qui exsudent le Cachou. On sait que l'exsudation de la gomme arabique est la conséquence de l'élut maladif des arbres qui la produisent. A la suite d'une sécheresse intense, sous l'influence d'un vent chaud et sec, le mouvement de la sève s'arrête, les tissus se contractent et se déchirent par places. C'est, alors que la gomme apparaît à la surface de l'ècorce
Les Acacia Mi/teck, de l'Inde; A. Icbliwkoïdi:*, de Timor; .1. lucidfr, de l'Inde; .1. tini/to, de l'Uruguay; .1. proso- poï(/es, de la Nouvelle-Espagne, sont remarquables par leur élévation et le bois d'oeuvre qu'ils sont susceptibles de donner.
du Mexique, mérite, une mention particulière, par l'énorme dimension de ses épines blanches; VAaicia flmrni'd, de l'Inde, par l'étrange développement de ces mêmes appendices; Y A. .w/ imlidcns, de Madagascar, dont les aiguillons blancs, triangulaires, sont rangés symétriquement le long du pétiole, et simulent de petites dents de requin. Enfin, Ironie-cinq espèces d'.l'.w-///, à feuilles composées, originaires des régions intertropicales, sont représentées dans ce groupe.
Le Mimoea sensitiva, du Brésil, violacca et striyosa, de l'Orénoque, ont de longs rameaux flexibles sur lesquels s'éta- gent de nombreuses fleurs globuliformes; leurs feuilles sont sensibles et se replient sous le toucher.
Le groupe des Inya renferme des espèces qui, à l'extrême élégance de leur feuillage et de leur floraison, ajoutent, pour la plupart, un intérêt économique réel; telles sont les Imja vaga, de l'Amérique centrale ; Inr/n vern, du Brésil; /. a/ata, hœmatoxylon et ferntyinea, des régions chaudes de l'Amérique, qui donnent des gousses cbarnues, dont la pulpe est sucrée et employée à divers usager alimentaires.
Nous arrivons au dernier groupe installé dans ces derniers temps ; c'est celui des Euphorbiacées.
Les végétaux qui composent cette famille sont généralement considérés comme vénéneux. Cependant, il faut reconnaître qu'on a grandement exagéré sous ce rapport. Beaucoup d'espèces contiennent, il est vrai, un lait toxique ou une sève Irès- âcre; d'autres, dont la sève est inoffensive, renferment do? principes drastiques dans quelques-uns de leurs organes, el principalement dans leurs graines.
Les feuilles de quelques plantes de la famille des Euphoo biacées sont mangées sans inconvénient par les animaux, principalement par les insectes. Ainsi, le ver à soie Serirnria arrindia se nourrit des feuilles de Ricin. Les criquets mangent impunément toutes les Euphorbiacées.
Les représentants de la famille des Euphorbiacées appartiennent à peu prés à tous les climats; seulement, dans les régions septentrionales, ils ne Jîgnrent que par des herbes annuelles; ils deviennent vivaces, puis ligneux à mesure que l'on descend vers l'équaleur, et dans les régions tropicales ils atteignent la dimension des arbres les plus élevés.
Le Mancenillier est l'espèce de cette famille à laquelle on a accordé le plus de célébrité à cause des principes malfaisants qu'elle est réputée répandre autour d'elle. L'audition de l'opéra /"Africaine n'a pas peu contribué à accréditer cette
triste réputation dans lo public, qui n'est pas tenu, il est vrai, de connaître à fond l'histoire botanique des plantes. La vérité est que le Mancenillier ne répand pas d'émanations malfaisantes autour de lui, que l'ombre qu'il projette n'est pas plus pernicieuse que celle des autres arbres. 11 ne peut produire d'accidents que lorsque le suc qui est contenu dans ses vaisseaux est mis en contact avec nos organes sensibles, tels que les yeux et la bouche; sur la peau, il produit des ulcères, et le suc, ingéré en certaine proportion, occasionnerait infailliblement la mort; mais en cela son action n'est pas plus malfaisante que celle du lait de l'Euphorbe, réveille-matin de la flore française, qui est abondant partout dans nos champs et dont personne ne se préoccupe autrement que de laisser cette herbe tranquille.
Malgré les propriétés délétères de quelques-uns de ses membres, la famille des Euphorbiacées est cependant l'une de celles qui donnent le plus grand nombre de produits-utiles à l'homme, sous le rapport alimentaire, industriel et médical.
Ainsi, le Manioc, par l'énorme quantité d'excellente fécule que renferme ses racines, forme la base de la nourriture des habitants des régions intertropicales. La plus grande quantité et la meilleure qualité de caoutchouc employées dans notre industrie viennent du bassin de l'Amazone, et sont extraites d'une Euphorbiacée arborescente de première grandeur, le Siphonia elnxtica. Une autre Euphorbiacée de Ceylau, YAteit- rite.t Iftccifera, donne une gomme-laque très-estimée. Le Stillinyia sebifera donne un suif végétal que les Chinois savent utiliser en grand pour leur éclairage. UExcœcaria Agallocha, donne un bois très-odorant qui joue un grand rôle dans la parfumerie orientale. Les graines grosses de VOmphalea cor- ddtn et de l'Alettrites ambinux sont comestibles comme nos noix. Un grand nombre d'espèces donnent des graines dont on extrait des huiles comestibles, mais plus fréquemment et en plus grandes quantités, des huiles propres a l'éclairage, siccatives et utilisables de diverses manières dans l'industrie. Enfin, la majorité des espèces de cette famille est affectée, le plus souvent avec succès, à des usages médicinaux; mais il convient de ne s'en servir qu'avec les plus grandes procautions.
Nous nous sommes un peu (''tendu sur celte famille végétale cl nous essayons de la réhabiliter, parce qu'un grand nombre de ses représentants nous paraissent devoir acquérir une importance réelle pour l'agriculture et l'industrie algériennes.
Les espèces suivantes composent le groupe des Euphorhia- cées qui a été planté dans l'établissement.
lïEvphorlria splendens, de Madagascar; \'K. Jaeyuitup- flora, du Mexique, donnent des fleurs remarquables par leur éclat et par leur nombre. L'Eujihorbia sanguineti, d'Arabie, et l'E. viryi/ft, de Hongrie, se distinguent par l'ensemble de leurs formes. Les Euphorbes aphylles, à tiges et rameaux charnus, ne sont pas compris dans ce groupe, où les conditions d'exposition et de cullure ne pourraient leur convenir. Ils sont tenus en réserve pour être traités avec les Cactées, pour lesquelles un emplacement spécial est en voie de préparation.
La Polnsetlifi pulcJterrima, originaire du Mexique, étale ses brillantes bractées rouges, qui produisent un eflet si décoratif à l'automne. Cette plante a été largement vulgarisée par l'établissement; elle embellit aujourd'hui la plupart des jardins: nous avons deux variétés de cette plante : la Poinsettia sper- lalri/is, dont les bractées sont plus grandes et de couleur plu* vive, et la Poinsfttin fulescenx, dont les bractées sont jaunes. La Poinsettia cyathophore est une miniature de celle-ci, qui se reproduit très-facilement de graines.
Les Xylophyllti montant!, nrbuscula, nnyiisti/oliu, de la Jamaïque; A', latifolin, des Antilles; A^. lungifolia, de l'Inde, réussissent parfaitement et présentent de l'intérêt par leur organisation, en ce sens que ce sont des rameaux aplatis ou fasciés qui remplissent l'oflice de feuilles.
Les P/iyllanthiis yrandifoliit3,Ae Porto-Rico, et /'. jiiylaii- ilifolia, de Saint-Domingue, réussissent également. Le Ct>- rfiœum vnrifgntuin et, anyuxtifoliHHi, de l'Inde, sont des arbrisseaux qui frappeul les regards par les panachures de leur feuillage; ils résistent assez bien à nos abaissement dç température.
Le Croton tiylium réussit parfaitement et donnera probablement des graines prochainement. Ces graines, que l'on nomme, dans la droguerie, graines des Moluques, graines de Tilly, petit pignon de l'Inde, sont employées comme purgatives, et l'on en tire l'huile de croton, qui est appliquée en médecine comme révulsive. Le Croton balsamifemm, de l'Amérique méridionale, commence à donner des graines. Il découle de cet arbre une résine balsamique qui sert à aromatiser les liqueurs; on obtient également de ses feuilles, par distillation, des produits odorants qui sont diversement employés. Le Croton discolor, des îles Caraïbes, est une espèce d'ornement.
Le Stillingia sebifera de la Chine est un arbre de haute taille qui fructifie abondamment ici. De la substance sébacée qui recouvre les graines, les Chinois tirent les principaux éléments de leur éclairage. L'acclimatation de cet arbre ici est un fait qui pouvait être prévu d'avance à cause de la similitude des climats entre son pays d'origine et le pays d'introduction qui nous occupe.
Le Curcas purgans ou Jatropha cuiras de l'Inde, nommé, selon les contrées, M edicinier, pignon d'Inde, pignon de Barbarie, noix médicinale de l'Amérique, noix des Barbades, Ricinus amcricanus major seminv nigro de Bauhin; Ricinoï- des americana, gossypifolia de Tournefort, est un grand arbrisseau à feuillage épais d'un vert sombre, à odeur vireuse. Il donne en abondance de grosses semences, dont on tire aux colonies une huile qui est purgative et bonne à brûler ; les racines teignent en violet.
L'Adenoropium multifidum ou Jatropha multifida appelé Médicinier d'Espagne, ou noisette purgative, donne des graines plus grosses que l'espèce précédente, elles ont les mêmes propriétés ; mais cet arbrisseau est en môme temps une espèce décorative au premier chef. Ses larges feuilles palmatifides à divisions dentées sont très-élégantes, tandis que ses fleurs, petites, d'un rouge vif, sont portées sur des pédoncules qui prennent la même couleur avant l'épanouissement complet des fleurs; l'ensemble de cette inflorescence ressemble à une branche de corail en miniature. L'Adenoropium pandurœfoliwn V SÉrie, T. IV. — Septembre 1867. 33
est un arbrisseau d'ornement qui donne de. nombreuses fleurs du rouge le plus vif.
L'Aleurites moluccana, ou noyer de Bencoul, donne des graines grosses qui se mangent comme nos noix et qui peuvent donner de l'huile par expression ; malheureusement cet arbre est fréquemment attaqué ici par le Cocctts sylcestris qui lui cause le plus grand dommage.
\!Anda Gomexii est un arbre du Brésil qui a une grande importance par ses graines volumineuses qui donnent de l'huile en abondance. Au Brésil, cet arbre passe pour èlre l'espèce la plus avantageuse à exploiter sous ce rapport, quoique sa culture ne soit pas encore entreprise et que l'on se soit contenté jusqu'ici de recueillir les produits à l'état sauvage. La grande vigueur des sujets que nous avons plantés nous donne l'espoir d'une complète réussite.
Le Manihot utilissitna ou Manioc, qui a une si grande importance dans les contrées intertropicales, sous le rapport alimentaire, nous a donné d'excellents résultais, au moyen d'une culture appropriée. Chaque plante nous a donné, dans une saison, 3 kilogrammes, en moyenne, de tubercules, ou plutôt racines charnues. Les plantes sont espacées de 1 mètre en tous sens, ce qui donne 30000- kilogrammes de tubercules, en moyenne, par hectare. 11 faut à cette plante une terre abondamment fumée et de l'irrigation pendant l'été.
Nous terminerons ce qui nous reste à dire sur ce groupe par le Ricin.
Le Ricin, nicinus, originaire des pays chauds, est représenté par plusieurs espèces ou variétés qui peuvent s'adapter, en Algérie, aux diverses natures de sol et aux diverses expositions. Le Ricin est une plante ligneuse qui peut donner des récoltes successives pendant quatre à cinq ans sans exiger de travaux de renouvellement. Le poids de la graine qu'une plantation donne par an est plus élevé que celui de n'importe quelle plante annuelle oléifère que l'on cultive dans le Nord ; l'huile de ricin est excellente pour l'éclairage, et elle a un emploi avantageux pour la fabrication du savon. Marseille offre un débouché illimité à cette graine.
On doit s'étonner de voir ici préférer la culture du Colza à celle du Ricin. Le Colza est une plante trop avide d'engrais pour l'Algérie, où la production et l'emploi du fumier en proportion convenable ne sont pas encore passés dans les habitudes agricoles. Avec une pareille culture et dans de telles conditions, on aura vite épuisé la fertilité native des terres. Lo Ricin, au contraire, fait partie de la culture arbustive, qui doit être la culture caractéristique d'une région où la sécheresse est annuellement prolongée et intense, où les pluies, souvent très-abondantes pendant l'hiver, sont trop fréquemment un obstacle à ce que de grands ensemencements annuels puissent se faire dans de bonnes conditions. Enfin, le Ricin, par ses racines puissantes, va puiser profondément sa subsistance, ses larges feuilles empruntent beaucoup à l'atmosphère, ses débris organiques restituent sur place à peu près ce qu'il a enlevé au sol ; il n'y a que la graine qui est soustraite. On objecte que la séparation des graines d'avec la capsule présente des difficultés. Ces difficultés ne sont qu'apparentes et elles disparaissent en prenant pour auxiliaire, dans celte opération, un temps sec et chaud ; le siroco est éminemment favorable à ce travail. On peut aussi arriver à atténuer l'inconvénient signalé en choisissant de préférence, pour la reproduction, les variétés dont les valves des capsules se séparent avec le plus de facilité.
Ici se termine la revue des végétaux exotiques qui ont été soumis aux épreuves du climat algérien dans ces dernières campagnes. Le nombre des espèces qui ont réussi est beaucoup plus considérable qu'on ne pourrait le supposer d'abord, d'après les indications spéculatives de la géographie botanique. Ainsi que nous avons déjà eu l'occasion de le dire plusieurs fois, il n'y a que l'expérience directe qui puisse donner des indications exactes, en ce qui concerne l'acclimatation des végétaux en Algérie, dans les zones où l'abaissement de la température n'atteint jamais le point de congélation. Ces expériences amènent très-souvent les résultats les plus inattendus et qui démontrent une fois de plus que des espèces, en nombre assez considérable, ont «ne organisation particulière,
un tempérament flrxiblo qui leur permet, avec le secours de
l'homme, d'occuper des aires beaucoup plus étendues que celles qui paraissaient leur être assignées primitivement par la nature du climat où elles ont pris leur origine.
En suivant le plan de ce qui vient d'être commencé et qui a donné des résultats si encourageants, on se propose de soumettre successivement aux mêmes épreuves et, d'après la même méthode, toutes les familles végétales qui peuvent être cultivées el représentées par le plus grand nombre possible d'espèces intéressantes et utiles.
De celte vaste étude, si elle peut être conlinuée ainsi qu'elle est conçue, il sortira infailliblement de nombreux éléments qui serviront à constituer une agriculture propre à l'Algérie.
En eilet, chaque région culturale a un caractère qui lui est particulier, une physionomie qui la distingue.
L'agriculture algérienne, telle qu'elle existe, telle qu'elle se présente en ce moment, n'a encore aucun caractère ; elle se compose, en général, d'éléments empruntés aux régions situées plus au nord. On sait que l'immense majorité des végétaux sur lesquels s'exerce noire agriculture européenne sont originaires de contrées plus méridionales. Sous l'influence du travail de l'homme, ils onl remonté un nombre plus ou moins grand de degrés de latitude vers le nord.
Logiquement et en vertu des mêmes lois naturelles, l'agriculture algérienne doit s'enrichir de végétaux remontant du sud en plus grand nombre que de ceux que l'on ferait descendre du nord. L'Algérie, occupant sur le globe une zone intermédiaire où il est possible de réunir le plus grand nombre d'espèces végétales, est appelée à avoir une agriculture des plus variées en espèces et une agriculture qui s'exerce sur un grand nombre d'espèces végétales, multiplie ses chances de réussite et devient, partant, une des plus riches et des plus lucratives. Utiliser l'aptitude particulière du climat algérien à donner des produits nouveaux, voilà le problème posé et à résoudre.
Bulletin de la Société impériale zoologique d'acclimatation
Por Société impériale zoologique d'acclimatation
Edição de Au Siége de la Société, 1867
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