Monday, 23 February 2009

Palmiers rustiques, 1868

M. le Dr Turrel, en remerciant des graines qu'il a reçues et donnant quelques détails sur leur culture, ajoute les détails suivants. « Après une interruption de neuf années, le comice agricole de Toulon a repris ses expositions annuelles agricoles, horticoles et forestières. J'ai à vous signaler parmi les produits qui ont attiré l'attention du jury et du public :
«... La collection de Palmiers rustiques exposée par moi et comprenant des Palmiers du Mexique, Brahea dulcis et nitida, de l'Australie Corypha australes, Cocos australis, du Chili Jubaea spectabilis, du Brésil Cocos Romanzosffi, C. flexuosa, de la Chine Chamaerops sinensis, de l'Hymalaya Chamaerops tomentosa, de la Nouvelle-Zélande Seaforthia robusta, S. elegans, Areca sapida, de l'Afrique Phoenix dactylifera, Sabal Adansonii, de la Louisiane Chamaerops Palmetto, tous cultivés ou prêts à être cultivés en pleine terre.»

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ IMPÉRIALE ZOOLOGIQUE D'ACCLIMATATION
FONDÉE LE 4 FÉVRIER 1854.
2" SÉRIE. — TOME V.
ANNÉE 1868
PARIS
AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ
HÔTEL LAURACUA1S, RUE DE LILLE, 19
1868 p. 612

LE PARC OLBIUS RIQUIER



Avenue Ambroise Thomas 83400 HYERES
Tél : 04 94 00 78 65 Fax : 04 94 57 74 92
Ce parc devint la propriété de la ville d’Hyères les Palmiers le 13 Avril 1868 en vertu du testament de Monsieur Olbius Hippolyte Antoine Riquier. Il fut une annexe du jardin d’Acclimatation de Paris.Situé au sud de la ville et d’une superficie de 7ha, il est à la fois un jardin d’agrément et un jardin botanique avec de nombreuses essences exotiques rares.Promenades ombragées, lac, zoo, serre exotique, jeux pour enfants (poneys, petit train, manège), buvette.Entrée gratuite. Ouvert l’été de 7h30 à 20h, l’hiver de 7h30 à 17h.
Olbius Hippolyte Antoine Riquier lègue le clos Riquier par testament à la ville d'Hyères le 13 avril 1868. Le 14 juillet 1872, sur une idée conjointe de la municipalité et d'Albert Geoffroy Saint-Hilaire, alors directeur du jardin d'acclimatation de Paris, une convention est signée donnant à bail pour vingt-six ans le terrain du clos Riquier afin d'y créer un établissement où l'on pourrait cultiver, étudier et créer des espèces tropicales susceptibles de s'acclimater dans nos régions. Cet endroit était une annexe du jardin d'acclimatation de Paris. De nos jours, ce parc de sept hectares est à la fois un jardin d'agrément et un jardin botanique avec de nombreuses essences exotiques rares.

Jardin zoologique et de naturalisation de végétaux exotiques

La Société impériale d'acclimatation n'apprendra peut-être pas, sans une certaine satisfaction, que la ville d'Hyères, grâce à un legs important qui vient de lui être fait, va créer un Jardin zoologique et de naturalisation de végétaux exotiques. Il s'agit d'un terrain d'une étendue de plus de 6 hectares parfaitement arrosable et dont le sol est excellent. Comme j'ai l'honneur de faire partie de la commission permanente chargée d'élucider la question et de la traduire en réalité, j'aurai le plaisir de vous entretenir avec plus de détails d'un plan qui remplit les vues du conseil général, lequel n'a pas cessé, depuis l'année 1792, d'émettre le vœu que le gouvernement voulût bien créer à Hyères un Jardin d'acclimatation. Il existait avant la Révolution, mais, comme il était censé appartenir au roi et non à la commune, il avait été vendu nationalement après que les plantes les plus rares en avaient été enlevées et transportées à Toulon. Le jardin actuel sera moins bien placé que l'ancien ; toutefois, au moyen d'abris factices, on pourra s'y livrer à toutes les cultures. Notre premier soin, aussitôt la permission d'accepter le legs accordée, sera, bien entendu, de nous mettre en rapport avec la Société centrale, et de lui demander la faveur de l'affiliation.

Bulletin de la Société impériale zoologique d'acclimatation
Por Société impériale zoologique d'acclimatation
Edição de Au Siége de la Société, 1868p.469

Février 1868

Je me contenterais, à la rigueur, du séjour de la charmante petite ville d'Hyères, sur les côtes de la Méditerranée, ou commence à fleurir aussi la science horticole.

On y trouve, en effet, le riche établissement des frères Huber, dans lequel les amis de l'horticulture peuvent trouver de quoi satisfaire leur innocente passion, pendant la saison des frimas parisiens. Favorisés par ce climat exceptionnel, MM. Huber cultivent particulièrement des plantes qui exigent chez nous des abris plus ou moins chauffés ; et le nombre en grand. D'après le catalogue que nous venons de recevoir, nous avons compté 57 espèces d'Acacia; le genre Eucalyptus, qui dans ce moment jouit des faveurs de la mode, n'en compte pas moins de 38 ; puis ce sont les Palmiers : Dattiers, Chamaerops, Latanier, Corypha, Cocos australis, etc. Nous y voyons que le majestueux Dahlia imperialis, magnifique espèce introduite il y a quelques années, atteint, dans cette région, en une seule pousse, la hauteur de4 m. 50, etc.

Mais les cultures des frères Huber sont plus encore affectées à la production des graines d'arbres et d'arbustes de la Nouvelle-Hollande particulièrement; d'espèces herbacées et vivaces, nouvelles et anciennes, aquatiques, grimpantes, etc. Parmi ces dernières se trouve une belle série d'Ipomea dont plusieurs nouveaux. Les graminées ornementales comprennent environ 240 espèces ; nous n'avous pas compté moins de 140 Canna; les Statice, charmantes plantes vivaces à floraison prolongée, figurent pour le chiffre 33 ; les Cucurbitacées, qui ont acquis une certaine renommée par le beau travail de notre collègue, M. Naudin, occupent aussi une large place dans les cultures des frères Huber. Nous n'en finirions pas si nous voulions énumérer toutes les richesses de leur bel établissement.

En parcourant ses catalogues, j'ai compris l'attraction que la petite ville d'Hyères exerce, depuis quelques années, sur les botanistes parisiens. M. Germain de Saint-Pierre un des auteurs de la Flore parisienne, y est Installé depuis longtemps; M. Tulasne, de l'Institut, va s'y reposer, chaque hiver, de ses savantes et minutieuses études cryptogamiques ; non loin de là, M. Thuret, savant algologue, a créé de magnifiques collections d'arbres de la Nouvelle-Hollande ; notre ami Naudin ne rêve qu'un petit coin de terre à Hyères, pour continuer ses intéressantes études sur l'hybridation des Cucurbitacées ; et moi je rêve aussi une chaumière et...., un bout de jardin dans l'Ile située en face, — l'Ile Port-Oos, — séjour des fées ; car là on voit des Bruyères de plus de 5 mètres de hauteur, formant des forêts ; le Romarin et la Sauge qui mêlent leurs parfums à celui de la mer ; j'y ai laissé des Anthemis frutescens, et des Pelargonium, qui avaient atteint en deux végétations, à l'air libre, plus de deux mètres de diamètre.

Cette année, Hyères a eu à subir la dure influence de l'hiver qui s'est fait sentir sur tout le littoral méditerranéen; pendant quatre nuits le thermomètre est descendu à 1 degré au-dessous de zéro, mais il remontait dans le jour à 7 et 8 degrés au-dessus.

Ces petites gelées n'ont pas été meurtrières; car, le 12 janvier, nous écrit une de nos honorées lectrices, on jouissait, à l'air libre, de la fleuraison des Rosiers Bengale et de la Malmaison, de celle des Jacinthes, Narcisses odorant et de Constantinople, Violette de Parme, Calycanthus praecox, Sparmannia africana, Habrotamnus, Abutilon,Eupatoire, Polygala cordata, Salvia coccinea, Mimosa dealbata et Farnesiana, Cassia, Cyclamen, Fabiana, Phytolacca dioica, Pittosporum undulatum ; des Magnolia, Cognassier du Japon, Œillets, Yucca, et naturellement des Orangers et Citronniers.

Mais détournons les yeux de ces lointains et doux rivages ; les souvenirs de quelques jours passés au milieu de la splendide végétation de l'île Port-Gros ne font que ranimer mes regrets, et rendre plus lourde la chaîne qui me retient à ce qu'il y a de plus avancé, en fait de civilisation, à la charmante ville de Paris.

L'Horticulteur français de mil huit cent cinquante et un: journal des amateurs et des intérêts horticoles
Por François Hérincq

Chronique Février 1868.
p.33-35

Latania borbonica Hyeres, 1846

Les palmiers cultivés jusqu'à présent à Hyères appartiennent à trois espèces : 1° le Dattier (Phoenix dactylifera) qui est le plus répandu ; 2° le Chamaerops humilis, palmier peu estimé et trop négligé en Provence , où il vient pour ainsi dire sans culture ; 3° le Latania Borbonica dont un échantillon planté en 1846 annonce devoir former avec le temps un arbre superbe. Nous ne mettons pas en doute, dit M. Naudin , que cet arbre ne se naturalise à Hyères et qu'il n'en puisse être de même de plusieurs autres espèces de palmiers encore plus rustiques, tels que le Chamaerops palmetto, le Chamaerops excelsa et le Jubaea spectabilis.

Climatologie des stations hivernales du midi de la France (Pau, Amélie-les-Bains, Hyères, Cannes, Nice, Menton).
Por Théophile Valcourt, Th de Valcourt
Edição de Germer Baillière, Libraire-Éditeur, 1865, p.106

DE LA CULTURE DES PALMIERS RUSTIQUES EN FRANCE, 1864

L'introduction des Palmiers dans la culture de pleine terre, en France, comptera parmi les plus notables progrès du jardinage d'agrément dans notre siècle, et c'est à la Revue horticole qu'en reviendra le principal honneur. C'est elle qui, la première, en a fait comprendre la possibilité, et qui, plus qu'aucune autre publication, a stimulé et dirigé le zèle des amateurs. Ses eflorts n'ont pas été vains, car, depuis une quinzaine d'années, de nombreux essais, la plupart heureux, ont eu lieu sur différents points de la France. Une expérience de cette nature ne doit pas être perdue de vue; aussi allons-nous, autant que nos informations nous le permettent, exposer les résultats qu'elle a déjà donnés.

Mais avant d'entrer dans ces détails, signalons aux lecteurs de la Revue horticole une note d'un grand intérêt touchant à la même question, publiée par un des amateurs les plus éclairés de la Belgique, M. de Puydt, et reproduite dans un des derniers numéros (celui de novembre 1863) du Journal de la Socíete impériale d'horticulture. Frappé, comme beaucoup d'autres, des nombreuses erreurs qui se commettent journellement dans la culture des plantes exotiques, entassées sans distinction de provenances et de tempéraments dans les mêmes serres, et surtout dans les serres chaudes, M. de Puydt s'efforce de rappeler aux horticulteurs qu'une plante, parce qu'elle a le faciès tropical, ou que la majorité de ses congénères se trouve entre les tropiques, n'est pas nécessairement pour cela de tempérament tropical; qu'il y a sous ce rapport d'assez nombreuses exceptions, et que, dans la famille des Palmiers, entre autres, beaucoup d'espèces, et non pas les moins belles, sont assez peu exigeantes pour se contenter de la serre froide, sous le climat de la Belgique. Gest une réforme importante qu'appelle M. de Puydt, réforme qui profitera surtout aux amateurs de fortune médiocre, qui, sans encourir le dispendieux entretien d'une serre chaude, jouiront de l'aspect de la végétation tropicale tout aussi bien que leurs confrères millionnaires. Pour notre part, nous nous associons pleinement à ce vœu, en y ajoutant celui de voir la culture des végétaux exotiques en pleine terre remplacer de plus en plus la culture en caisses, soit à l'air libre, soit sous des abris temporaires ou permanents.

C'est qu'aussi, au point de vue du climat, la France est autrement favorisée que la Belgique et que toute l'Europe centrale. Pour nous, le principal intérêt est dans la culture de pleine terre et de plein air, débarrassée de l'attirail des serres, des orangeries , des caisses et de tous les engins disgracieux que nécessite la rigueur du climat. De là, le grand intérêt qu'il y a pour nous à reconnaître, dans la végétation exotique, ce qui peut s'accommoder aux conditions météorologiques de nos diverses provinces; et comme les Palmiers sont tout à fait aux premiers rangs, et que, plus qu'aucune autre famille de plantes, ils impriment au paysage ce cachet de tropicalité qui manque à nos latitudes, il est naturel que nous cherchions à en tirer tout ce qu'ils peuvent rigoureusement nous donner. Leur contingent sera plus grand qu'on ne l'imaginerait à première vue, mais il faut ajouter que nos provinces méridionales seront presque seules à en profiter. Cependant, moyennant des abris passagers et quelques précautions indiquées par les circonstances, les provinces du nord n'en seront pas entièrement deshéritées. On peut, sans trop de témérité, porter à quinze ou à vingt le nombre des Palmiers capables de se naturaliser dans la région de l'Oranger, à sept ou huit ceux qui croîtront dans toute la zone des Oliviers; la lisière de l'Océan, de Bayonne à Cherbourg, pourra encore compter sur deux ou trois.

Quoi qu'il en soit, l'éveil est donné, et la palmiculture de pleine terre (car il faut bien lui donner un nom) a décidément pris droit de cité parmi nous. Ce qui manque aux amateurs, ce n'est plus la bonne volonté, ce sont ces Palmiers rustiques déjà vingt fois signalés, et dont la valeur, suivant la loi économique de offrе et de la demande, a décuplé depuis une dizaine d'années. Aujourd'hui, les Jubea spectabilis, Livistona australis, Areca sápida, Chamaerops excelsa, martiana, palmetto, Cocos australis, l'phoenix reclínata, etc., sont introuvables ou inabordables. Le Dattier et notre Chamaerops indigène (1 ) ont eux-mêmes beaucoup renchéri. Nous ne connaissons en France que l'Etablissement Huber frères et Cie, à Hyères, qui puisse livrer ces deux Palmiers à des prix raisonnables; il est vrai qu'il en est abondamment pourvu. Comme compensation à cette rareté générale, nous apprenons cependant qu'une nouvelle espèce de Palmier rustique fait son entrée sur la scène, au prix certainement modique de 2f.50

(1.) On ne peut guère douter que le Chamaerops humilis n'ait été jadis indigène sur les côtes de Provence et que ce soit la culture du sol qui l'en a banni. Au surplus, il en existait encore récemment quelques pieds aux alentours de Villefranche, près de Nice, et l'herbier du Muséum en possède un échantillon de cette localité. Aujourd'hui il en a entièrement disparu, grâce aux touristes anglais, qui, fidèles à leur habitude de tout saccager là où ils passent, ont extirpé jusqu'au dernier représentant de la Camille des Palmiers sur notre sol.

la pièce, c'est le Chamaerops tomentosa, de l'Himalaya, aux feuilles velues ou tomenteuses, dit-on, ce qui serait tout à fait une curiosité dans la famille. Il était en vente il y a peu de temps à la Pépinière centrale d'Alger ; mais qui sait ce qu'il peut en rester de disponibles en ce moment?
Une chose est certaine : c'est que le progrès de l'horticulture en Italie, en France et en Espagne, secondé par le développement incessant des voies ferrées, va donner une grande impulsion au commerce des plantes propres aux climats méridionaux et lui créer un immense débouché. Heureux alors les horticulteurs prévoyants qui auront su d'avance mettre à contribution la flore australienne, celle de la Chine, du Cap, du Mexique, de l'Amérique australe! Ce sera toute une nouvelle branche de l'horticulture qu'ils trouveront là à exploiter, et d'autant plus lucrative que ces pays, jusqu'ici presque déshérités du jardinage d'agrément, s'y lanceront avec l'ardeur qu'on met partout à poursuivre les nouveautés.

Une longue excursion horticole que nous avons faite au mois de septembre dernier dans le midi de la France, et qui s'est étendue d'Hyères à Bordeaux, nous a mis à même d'observer les progrès de la palmiculture dans ce pays, et nous l'y avons trouvée très-promettante. Outre le classique Dattier, qui prend sur la côte de Provence les plus belles proportions (2) et le Chamaerops humilis

(2) Dam la noie que nous avons signalée ci-dessus, M. de Puydl dit qu'on cultive le Dattier tant bien que mal à Nice. Cette phrase présente un double sens, et il n'est pas facile de savoir lequel choisir. Si par là M. de Puydl veut dire que la culture du Dattier est mal entendue à Nice, nous n'y ferons pas d'objection; les horticulteurs niçois, comme les autres provençaui, se contentent de. planter leurs Dattiers n'importe où et de les arroser quelquefois. Evidemment ce n'est pas là le dernier mot de la culture de cet arbre. Mais si M. de Puydl entend par ces mots que le Daliier vienl mal à Nice, nous ne serons plus de son avis : nous avons vu beaucoup de Dalliers en Afrique, cl nous ne les avons jamais Irourés plus grands, plus beaux ni mieux venus que ceui qu'on voit en Provence, de Toulon à Nice, où ils fleurissent et fruclinenl lous les ans, et dont les fruits, lorsqu'ils ont été fécondés, arrivent quelquefois à maturité. Un de ces arbres, âgé aujourd'hui de 425 ans, qui se trouve dans je jardin du comte de Beauregard, à Hyères, est de taille lout à fait colossale, et nous n'en avons pas vu d'aussi énorme en Afrique, dans le« deux voyages que nous y avons faits.
Quelques erreurs se sont aussi glissées dans la note de M. de Puydl, qui voudra bien nous permettre de les lui signaler. Il nous dit, par eiemple, que le Chamxrops Palmetto est nain, el que le Chamxrops hystrix esl plus élevé. C'esl le conlraire qui est vrai : le Palmetto esl un grand arbre, dont la principale sla- lion est le long du golfe du Mexique, mais qu'on trouve un peu plus au nord, à Savannall; le Chamxrops Ну- slnx ou Chamwrops hérisson, quoique caulescent, al- leinl rarcmenl plus d'un mètre de hauteur. Mais c'est probablement a un lapsus qu'csl due celle erreur, où l'un des deux Palmiere ligure a la place de l'autre. 11 n'en saurait être de même de celle qui concerne У Are f,a tapida, Palmier irès-caulescenl, quoique ne dépassant guère 3 mètres de hnuleur, cl non pus acaule, comme le pense M. de Puydl.



qui y devient énorme, à Hyères du moins (3), où on le prendrait facilement pour un Livistona, nous avons trouvé le Livistona sinensis fleurissant et fructifiant à Hyères, et déjà remarquable par la hauteur de sa tige et l'ampleur de sa tête, quoique sa plantation ne remonte pas encore à 20 ans. Le Livistona australis n'existe encore là qu'en très-jeunes échantillons, mais il y pousse avec vigueur, et traverse impunément tous les hivers. Le Jubaea spectabilis, plus rustique que le dattier, réussit dans tous les jardins de l'Olivier, et même jusque sur les bords l'Océan, à marennes, ainsi que nous l'écrit M. Lételié, ou il se contente d'un leger abri pour passer l'hiver.
C'est à peine s'il est moins endurant que notre robuste Chamaerops européen, qu'il semble accompagner dans les jardins du Sud-Ouest, où tous deux prospèrent encore. Mais le plus rustique de tous est encore le Chamaerops excelsa, si mal nommé, et comme genre et comme espèce (4). Nous l'avons trouvé partout florissant dans le Midi, notamment à Montpellier, dans le jardin de M. Planchón, où deux très-jeunes pieds, que nous y avons nous-même plantés en 1857, élèvent déjà leur stipe de 0m.18 à 0m.20 au-dessus du sol. Sans jamais avoir été abrités, ils se sont conservés intacts, malgré la rigueur des hivers dans cette localité. Le Chamaerops excelsa ne prospère pas moins bien à Bordeaux, et presque aussi bien sur les côtes de la Manche, à Morlaix et à Cherbourg. Mais le plus grand échantillon de l'espèce qui soit en pleine terre, en France, est toujours celui du Muséum d'histoire naturelle, où il est confié aux soins de M. Carrière. Là, il est vrai, on l'abrite tous les ans sous un toit de paille, pour lui faire passer l'hiver, et cette précaution est nécessaire à cause de la durée des grands froids, et certainement aussi à cause de l'insuffisance de la chaleur solaire et de l'abondance de pluies de l'été, double cause qui l'empêche d'acquérir cette dureté des tissus qui le rend si rustique sous des ciels plus secs et plus lumineux.

Ce que nous venons de dire des Palmiers s'applique à beaucoup d'autres végétaux, surtout Monocotylédonés, comme les Agaves, les Bambous, les Yuccas, les Dracaena,

(3.) Témoins ceux du jardin de Ы. Denis.
(4.) Les botanistes font parfois du singulières bévues dans la dénomination des espèces. Ils ont nommé humilis un Chamaerops qui s'élève presque à la hauteur du Dattier, et qui ne reste nain que dans les mauvais sols, el surtout lorsqu'il est sans cesse, comme cela lui arrive presque parlout, recepé ou mis en coupe réglée, et ils ont donné le nom d' excelsa à un autre Palmier qui atteint à peine à la moitié de la hauteur du premier. Le Chamaerops excelsa n'est d'ailleurs pas un vrai Chamaerops; il est plus éloigné de ce genre que ne l'est le Livistona, et c'est avec raison qu'on l'en a séparé tout récemment sous le nom de Trachycarpus. Il est assez probable que les Chamaerops martiana ei tomentosa rentreront aussi dans ce genre.

les Cordyline et autres Liliacées exotiques, dont la place est marquée dans les jardins de l'Europe méridionale. Prétendre copier, sous le soleil brûlant de cette région, les parterres du Nord, avec leurs pelouses gazonnées et émaillées de fleurs, c'est viser à l'impossible. La nature a voulu la variété sur ce globe, et elle a assigné à chaque climat un genre de végétation particulier. L'horticulture n'a donc rien de mieux à faire qu'à la suivre, en laissant aux contrées du Nord leurs frais gazons et les charmantes plantes annuelles de leurs plates-bandes, et en peuplant les jardins du Midi d'arbres et de végétaux ligneux plus recommandables par la beauté du feuillage et leur perpétuelle verdure que par leurs fleurs.


Naudin

Revue horticole: journal d'horticulture practique
Edição de Librairie Agricole de la Maison Rustique, 1864, p. 54-5

VÉGÉTAUX NATURALISÉS A HYÈRES

Aux plantes exotiques déjà si nombreuses qui ont été naturalisées à Hyères, par les soins des amateurs et des horticulteurs, une expérience qui date de plus de quinze ans [1862 - 15 = 1847]permet d'ajouter aujourd'hui le Palmier de la Chine méridionale (Livistona sinensis), beaucoup plus grand que celui de la Chine centrale ou de Chang-Haï (Chamaerops excelsa), et qu'on désigne encore très-improprement, dans beaucoup de catalogues, sous le nom de Latania borbónica. A notre connaissance, il en existe deux, déjà très-beaux, sur le territoire de la ville d'Hyères; l'un dans le jardin de M. Denys, l'autre dans celui de M. Rantonnet. Ce dernier, qui est le plus âgé, est aussi le plus grand. D'après une communication qui nous a été faite récemment par MM. Huber frères, horticulteurs à Hyères, il aurait en ce moment plus de 2 mètres de tige. Abrité par un mur, à l'exposition du midi, il a résisté à tous les hivers. Si l'on tient compte du fait que, sur la côte méridionale de la Chine, le thermomètre s'abaisse parfois en janvier, mais toujours momentanément, jusqu'à zéro, la naturalisation du Livistona de ce pays sur les points les plus abrités de la Provence n'a rien qui doive beaucoup surprendre. Il serait intéressant de multiplier les essais afin de reconnaître jusqu'à quelle limite cette culture peut s'étendre. A priori on peut conjecturer qu'elle ne s'écarterait guère du littoral. Cette espèce est, du reste, en pleine prospérité à Alger.

MM. Huber nous annoncent en même temps l'introduction, dans leurs cultures de quelques autres plantes exotiques, plus que la précédente à la portée du commun des amateurs. L'une d'elles est le Lotus australis, de la Nouvelle-Hollande. C'est un sous-arbuste de 0m.30 à 0m.40, à fleurs lilas pourpre, touffu, très-florifère, hautement ornemental sous le ciel lumineux du Midi, et également propre à la culture en pleine terre et en pots. Sa petite taille, qui permet de l'abriter sous un châssis, le fera certainement adopter par les amateurs du Nord. Il en sera de même du Cuphea Galeottiana, autre sous-arbuste du Mexique à corolle d'un pourpre si foncé qu'elle en paraitnoire. Ce joli buisson, qui s'élève à Om.50 ou un peu plus, est aussi de pleine terre en Provence. A plus forte raison en sera-t-il ainsi du Zinnia mexicana, qui garnit en ce moment de ses jolis capitules orangés les plates-bandes du même jardin, et que sa qualité de plante herbacée et annuelle ne tardera sans doute pas à faire entrer dans les nôtres.

Outre les exemplaires de ces trois plantes, MM. Huber nous ont encore envoyé de nombreux échantillons d'un nouvel Œillet, qu'ils nous disent avoir été obtenu par fécondation croisée dans leur établissement. Ce serait le produit du Dianthus superbus ' fécondé par l'Œillet du Japon (Dianthus ja- ponicus), ce que nous n'avons aucune raison de mettre en doute, quelques hybrides ayant déjà été signalés dans le genre des Œillets. Dans tous les cas, hybride ou non, la plante est fort belle et déjà riche en variétés, toutes dignes d'entrer dans la décoration de nos parterres. La corolle y est d'une bonne grandeur, sans lacune entre les pétales qui se joignent par leurs bords et qui sont laciniés à leur extrémité. Les teintes varient, suivant les individus, du blanc pur au pourpre foncé, auxquels s'ajoutent des macules ou mouchetures également variées de tons et d'étendue.

Enfin, il y a quelques jours seulement, nous avons reçu de MM. Huber un nouvel envoi, et, cette fois, d'une plante tout à fait hors ligne, le Jacaranda mimosxfoliat arbuste du Brésil bien connu des amateurs de plantes de serre chaude, et renommé pour l'élégance de son feuillage, comparable à celui des Mimosees les plus gracieuses, et plus encore pour la beauté de ses fleurs. Le Jacaranda tient une place d'honneur dans l'horticulture brésilienne, et il y est l'ornement obligé de tous les jardins. Sous nos tristes climats du Nord, il faut se - contenter de le voir en serre chaude, et encore fort rabougri et ne fleurissant qu'à de rares intervalles ; il en est tout autrement à Hyères, où il semble avoir trouvé l'équivalent de son'climat natal. Il y a six ans, un tout jeune pied de ce Jacaranda fut planté par MM. Huber en pleine terre et sans aucun abri; il prospéra si bien que déjà en 1861, il se mit à fleurir, quoique faiblement.

Cette année, dès le commencement de juin, il se couvrit de ses magnifiques fleurs bleu-violacé, et cette floraison, à en juger par le nombre des panicules sans cesse renaissantes, semble devoir durer encore un mois 'entier. En ce moment l'arbuste est haut de 3 mètres, et si beau de forme, de feuillage et de fleurs, qu'on regrette de le savoir si loin de nos amateurs parisiens.

Quoique inférieur au Jacaranda, comme arbre d'ornement, le Lophostemon australe, Myrtacée de la Nouvelle-Hollande, est bien digne encore des honneurs de la culture sous le ciel du Midi. Un jeune pied, planté il y a six ans par MM. Huber, est aujourd'hui un très-bel arbuste de 3 mètres, au feuillage épais et fleurissant avec luxe. Ses fleurs toutes blanches, et qui ne sont pas sans grâce, rappellent, par la forme et la grandeur, celles des Callistémons et des Mélaleucas; mais ce qui lui donne surtout du pris, sous un climat chaud et sec, c'est son feuillage d'un vert foncé, grand, ferme et touffu, presque semblable à celui du Laurier de Portugal. Dans le midi dt l'Europe, les arbres et arbustes de la Nouvelle-Hollande semblent devoir être, plus que tous
les autres, les ornements persistante des jardins ; ce seront les Evergreens de ces climats, où ils viennent du reste tout aussi bien que sous le leur.

Nous l'avons dit plus d'une fois et nous le répétons encore, le midi méditerranéen de la France deviendra, quand on le voudra sérieusement, le principal foyer de l'horticulture continentale ; mais pour que ses des tinées s'accomplissent, il faut qu'il renonce à copier servilement le jardinage de pays moins avantageusement situés. Son climat si différent à tant d'égards de celui de Paris, lui commande d'autres procédés et l'emploi d'autres plantes. Si la variété est une des principales conditions de l'agrément d'un simple parterre, la multiformité de l'horticulture prise dans son ensemble, c'est- à-dire sa diversité d'aspects et de caractères avec les lieux et les climats, devient aussi pour elle le principal élément de l'intérêt qu'elle inspire. Non omnis fert omnia tellus, a dit un ancien : à chaque climat et a chaque lieu ses plantes particulières et ses méthodes ; c'est une vérité de tous les temps et qui doit être la règle fondamentale de tout horticulteur.

Naudin.
Revue horticole: journal d'horticulture practique
Edição de Librairie Agricole de la Maison Rustique, 1862, p.272-3